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le 5 juil. 2023
Suivrele 13 sept. 2026
Underground
Saison 1 :Dix mille personnes vivant dans un silo vertical de 144 étages, enterré dans le sol et coupé du monde – présenté par les autorités gérant le silo comme toxique, mortel -, dix mille...
Saison 1 :
Dix mille personnes vivant dans un silo vertical de 144 étages, enterré dans le sol et coupé du monde – présenté par les autorités gérant le silo comme toxique, mortel -, dix mille personnes qui n’ont aucun souvenir, aucune idée même de ce que la vie était avant, à l’extérieur : tout ce qui pourrait faire office de mémoire a été détruit lors d’une révolte écrasée dans le sang, et la loi est régie par un texte quasi religieux, qu’il est interdit de remettre en cause, « le Pacte ». Rompre le Pacte, défier les règles, c’est s’exposer à être expulsé, et donc condamné à une mort inévitable, rapide. Un jour, l’épouse du « shérif » (le patron de la police du silo) déclare vouloir quitter le silo, une demande qui la condamne immédiatement à l’exil pour « nettoyer » la vitre – et les capteurs – qui permet de voir le monde extérieur. Et la condamne donc à mort. Accablé par le chagrin, mais soupçonnant que la réalité n’est pas telle qu’on la décrit, le shérif mène l’enquête…
Ce résumé du sujet de la dystopie postapocalyptique Silo, adaptation de Wool (soit « la laine »), un roman en cinq parties de l’écrivain US de Science-fiction Hugh Howey, n’est que le point de départ des dix épisodes de la première saison d’une nouvelle série « de prestige » Apple TV+ (la seconde saison est déjà validée, grâce au succès rencontré par ces dix épisodes). Car, très vite – pas de spoilers ici – les protagonistes changent. Ce démarrage audacieux, ce basculement initial déconcertera sans doute les téléspectateurs peu habitués à de la SF ambitieuse. De la même manière, la minutie des recherches menées par Juliette Nichols (Rebecca Ferguson, excellente comme toujours, dans un rôle plus complexe qu’il ne semble), justifie la longueur de la saison, mais pourra sembler excessive à ceux qui préfèrent l’action à la réflexion.
C’est que Graham Yost, le show runner, a compris qu’’il était indispensable que le téléspectateur s’imprègne de la « culture » du silo, ou plutôt de son absence, – par exemple de l’ignorance totale des habitants vis-à-vis de choses qui nous semblent « naturelles », comme les étoiles, la mer… – pour pouvoir appréhender la difficulté de se libérer d’un gouvernement totalitaire qui a plongé la population dans l’ignorance complète de son passé. De la même manière, des technologies qui nous paraissent évidentes, comme le fait de filmer ou d’enregistrer, n’existent pas dans le Silo, ce qui crée une béance dans la société permettant un contrôle absolu de la part d’un Département de la Justice tout-puissant.
A l’image de nombreux chefs d’œuvre de la grande SF des années 70, Silo est avant tout une réflexion politique et sociale sur les mécanismes du totalitarisme, s’appuyant sur une annihilation de toute culture et de toute mémoire historique : réduite à de simples mécanismes de survie, l’humanité s’enfonce dans une médiocrité docile qui sert les desseins de ceux qui la contrôlent. L’une des grandes réussites de la série TV (qui devait être au départ un film de Ridley Scott, projet abandonné lors de la reprise de la 20th Century Fox par Disney !) est le réalisme de ce monde enterré, avec une esthétique mélangeant les codes du steampunk avec ceux d’une architecture orwello-soviétique : cet univers est profondément claustrophobique, sombre et déprimant (attention, Silo est tout sauf une série réjouissante, elle peut même s’avérer accablante…).
La mise en scène est au diapason, prenant son temps pour nous faire ressentir profondément le trouble profond de ses personnages : on regrette un moment que le Norvégien Morten Tyldum (Headhunters, Imitation Game, Passengers, Défendre Jacob) n’ait pas réalisé la totalité de la saison, tant ce qu’il fait au troisième épisode (Machine), peut-être le meilleur de tous, est remarquable, mais la conclusion de cette saison 1 est superbe de toute manière.
Silo est certes une série plus exigeante que la moyenne des « produits » SF qui encombrent désormais aussi bien les plateformes de streaming que les écrans de nos cinémas, mais c’est une belle réussite, bénéficiant en plus d’une conclusion remarquable, qui donne très envie de voir la suite. Un an à attendre, et pour une fois, c’est malheureux !
[Critique écrite en 2023]
https://www.benzinemag.net/2023/07/05/apple-tv-silo-les-mecanismes-du-totalitarisme/
Saison 2 :
La première saison de la série Apple TV+, Silo, a été un beau succès critique et apparemment même – ce qui n’est pas si fréquent chez Apple TV+ – commercial. Au point que la poursuite de la série a été, fait exceptionnel, confirmée pour un total de 4 saisons. On peut donc tranquillement réfléchir à la manière dont Graham Yost, le show runner, va déployer son adaptation d’une trilogie régulièrement qualifiée de « culte » (quoi que ce soit que ce terme galvaudé signifie de nos jours) de la littérature de Science-fiction, Wool, Silo – Origins et Silo – Generations, de l’écrivain US Hugh Howey. La première saison couvrait environ la moitié de Wool, et la seconde nous amène plus ou moins à la fin, avec quand même des modifications notables de l’intrigue, comme par exemple la création de personnages tels que Salvador Quinn ou Meadows, capitaux dans le scénario de la série, qui n’existent pas dans les livres ! Plus important, cette seconde saison dévoile, à la fin de son dernier épisode, Into The Fire, que la suite consistera en un retour en arrière, qui devrait nous permettre de comprendre le contexte de la construction des « silos » (donc, logiquement, être une adaptation de Silo – Origins).
Bien reçue en général par la critique, aussi bien aux USA que chez nous, cette seconde saison est pourtant, à notre humble avis, moins attrayante que la première… Même s’il est vrai que, comme le défendent ceux qui l’aiment sans retenue, elle réussit à ouvrir le monde « fermé » de la première saison sur de nouvelles perspectives, et à augmenter significativement la complexité de l’univers futuriste ou dystopique qui nous est présenté…
La saison 2 de Silo démarre donc de manière quelque peu chaotique, ou tout au moins frustrante : s’il est logique que nous allions et venions entre les deux silos que nous connaissons désormais, cette alternance entre les efforts de Juliette (Rebecca Ferguson, convaincante de bout en bout), prisonnière dans le silo 17 en compagnie d’un bien étrange individu (Steve Zahn, rarement dans la subtilité dans les scènes qui lui sont consacrées), pour retourner « chez elle », et ceux de la population ouvrière du silo 18 pour renverser de manière violente la tyrannie du maire (Tim Robbins, formidable d’ambigüité, tour à tour haïssable et bouleversant) et pouvoir « sortir » du silo comme Juliette, s’avèrent contre-productifs du point de vue tension. A mi-course de la saison, il y a des moments où l’on a le sentiment que, des deux « côtés » de la double histoire qu’elle raconte, on piétine : comme si, et c’est désormais fréquent dans la majorité des séries TV, les scénaristes s’ingéniaient à « tirer à la ligne », à rajouter du contenu inutile. En sachant que l’intégralité de la trilogie devrait être couverte dans les 4 saisons, il y a bien ici 3 ou 4 épisodes dont on aurait pu se passer.
A la fin de la saison 2, le téléspectateur a indéniablement progressé dans sa compréhension de cet univers étrange des silos, mais sa satisfaction est limitée par le fait que de nombreuses nouvelles énigmes sont venues remplacer les anciennes : comment fonctionne le dernier recours ? Quelle est la cause de la mort à l’extérieur de la population du silo 17 ? Et surtout, qui est « l’algorithme » et quel est son but ? On imagine qu’on en saura plus l’année prochaine.
Concluons quand même sur un point qui nous semble capital : la première saison racontait de manière finalement assez traditionnelle comment les mensonges d’un pouvoir totalitaire, basés sur la crainte d’un danger « extérieur », servent à maintenir un peuple dans la docilité ; la seconde saison diverge radicalement par rapport à cette narration "orwellienne", et adopte au contraire un commentaire beaucoup plus contemporain, en illustrant la façon dont des idées réellement dangereuses (complotistes...) se diffusent au sein d'une population et ravagent la société. Ce n'est pas rien.
[Critique écrite en 2025]
https://www.benzinemag.net/2025/01/28/apple-tv-silo-saison-2-le-ventre-mou-de-la-serie/
Saison 3 :
Peut-être est-ce parce qu’il s’écoule un peu trop de temps entre la mise en ligne de deux saisons de Silo, ou parce que la faiblesse (relative) de la seconde saison a cassé l’enthousiasme qu’avait généré la première. Ou parce que, plus la série avance, moins le rôle de Rebecca Ferguson est passionnant… Mais toujours est-il que Silo ne figure plus parmi « la crème de la crème » des séries actuelles. Pire, on regarde presque certains épisodes avec un soupçon d’ennui, en particulier ceux qui répètent les mêmes intrigues au sein du silo 18, qui semblent toujours suivre les mêmes mécanismes, et qui nous perdent parfois du fait de la multitude de personnages dont les rôles et les comportements semblent varier sans trop de logique au fil du récit, et qui nous laissent de plus en plus indifférents.
En essayant de ne pas spoiler les points les plus intéressants de cette saison, qui marque une nette rupture – au moins sur une bonne moitié du récit – avec les deux saisons précédentes, il faut souligner que nous suivons cette fois deux temporalités. En effet, pour ceux qui ont lu les romans de Hugh Howey, celui-ci abandonnait largement dans le second tome Juliette pour raconter l’origine des silos ; Graham Yost et son équipe de scénaristes ont choisis quant à eux de ne pas faire cette coupure – probablement pour ne pas courir le risque de briser l’attachement du téléspectateur à Juliette -, et de plutôt entremêler les deux récits.
Il y a donc d’un côté la poursuite de l’histoire située dans le futur, où les « rebelles » du silo 18, toujours « moralement » menés par une Juliette dont la mémoire a été largement effacée, cherchent à détruire le piège mortel tendu par le « silo 1 ». De l’autre, nous sommes dans notre présent – un présent plus moins uchronique – et on nous raconte la construction des silos, leur but (apparent), et la mise en place des mécanismes dont nous avons vu les conséquences dans les saisons 1 et 2. Les sauts entre ces deux fils narratifs (trop rapides, trop fréquents, sans doute) sont l’une des grandes caractéristiques polémiques de la saison, qui irritera certains et plaira à d’autres…
On a de plus affaire à une saison de transition, qui lève le voile sur un bon nombre de mystères, grâce à leur convergence dans les deux derniers épisodes (de loin les meilleurs des dix), mettant fin aux mécanismes frustrants de rétention d’information qui caractérisaient Silo… Mais sans pour autant déboucher sur une véritable progression de l’histoire, progression visiblement laissée pour la quatrième saison, qui sera la dernière ! Ce qui soulève une autre question : une série fondamentalement construite sur une énigme – et sans doute pas assez sur d’autres choses intéressantes – peut-elle continuer à nous passionner autant, une fois que l’énigme commence à être résolue ?
Il y a néanmoins, dans cette troisième saison, un thème fascinant, qui justifie sans doute à lui seul que l’on continue de s’y intéresser, celui de la mémoire – individuelle, mais surtout collective – et de l’importance de son contrôle, voire de sa destruction dans les sociétés totalitaires : l’effacement de la mémoire n’est pas une conséquence d’un tel système, mais l’un de ses instruments fondamentaux. Silo nous décrit une civilisation « carcérale » qui ne peut survivre qu’à condition d’oublier pourquoi elle existe, mais également son Histoire, que ce soit celle de ses créateurs ou celle des hommes et des femmes qui ont un jour tenté de renverser le « système ». A l’heure où Trump et sa clique détruisent au bulldozer l’histoire des peuples indigènes exterminés et celle des afro-américains, où les néo-nazis qui viennent de gagner une élection dans un land allemand ont pour premier but de réécrire l’histoire apprise aux écoliers, Silo trouve dans ce thème qui devient central une pertinence nouvelle.
On ajoutera, pour rester dans le domaine de la politique, même si c’est là un autre sujet, que le personnage du milliardaire Per Stenson (Colin Hanks) fait clairement écho au bien réel Elon Musk, avec sa vision excentrique et autocratique du futur de l’humanité.
Pour conclure de manière plus légère, admettons que le moment le plus fascinant de ces dix nouveaux épisodes est celui, bien trop bref, où l’on voit et entend Peter Gabriel – guest star de luxe inattendue – interpréter une version solo, rapidement bouleversante, de son célèbre Here Comes The Flood, une chanson de 1977 racontant la fin de l’humanité. D’autres surprises de ce calibre dans la saison 4 ? On est partants !
[Critique écrite en 2026]
https://www.benzinemag.net/2026/09/13/apple-tv-silo-saison-3-here-comes-the-flood/
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Créée
le 5 juil. 2023
Modifiée
le 13 sept. 2026
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7
le 5 juil. 2023
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