Sirens
5.9
Sirens

Série Netflix (2025)

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Beaucoup de ceux qui critiquent Sirens, ou qui livrent un avis rapide semblent passer à côté de ce que la série met en jeu. Le titre Sirens peut faire penser à une série fantastique, alors qu’il s’agit d’un récit psychologique centré sur le pouvoir, la perception et les rapports de force dans les relations. Très vite, la série pose une question simple : qui influence qui ? Qui orchestre, qui subit, qui décide et à partir de quoi ?
Au départ Michaëla apparaît comme une figure dominante. Elle fixe les règles, teste les limites, emploie des méthodes discutables. On la voit manipuler Simone, imposer par le détournement et parfois sans considération. Mais au fil des épisodes, cette posture de manipulatrice devient moins évidente pour le spectateur. Elle apparaît sincère par moment, ne manipule pas pour avoir de l’argent mais au contraire aide d’une certaine manière. Ce qu’on prenait pour une stratégie s’avère être une manière de tenir debout. Michaëla ne cherche ni à nuire, ni à contrôler pour le plaisir de dominer, elle tente de garder une place. Ce qui l’anime, ce sont des peurs, des manques d’amour, des pertes de consideration. Ce n’est pas une justification, mais un changement de regard : la manipulation n’est pas ici un calcul froid, c’est une manière d'exister dans un système qui n’offre pas beaucoup d’alternatives à une femme comme elle. Et à travers elle la série montre et rappel que personne n’échappe au jeu des apparences, à la mise en scène, au rôle que l’on choisit ou que l’on subit pour être toléré. Il n’y a pas de neutralité sociale, et encore moins dans les relations.

Il y a Jocelyn, la première femme de Peter, celle qu’on n’aperçoit presque pas, parce qu’elle a disparu du cadre. Elle n’est pas morte, mais elle s’est retirée sur une île , recluse, défigurée par une opération de chirurgie esthétique ratée après s’être fait quitté. Ce détail montre ce que peuvent devenir certaine femme et la détresse par laquelle elles passent quant elles tentent de rester malgres tout désirable par un homme qui les a déjà oubliées.

Dans le dernier épisode tout se retourne. L’histoire ne tourne plus autour de Michaëla, mais autour de Peter. Lui qui parait si élégant, si cool, si sympathique est en réalité passif, il se contente d’attendre, de glisser sur les choses sans prendre de décision ou faire de choix. Il ne dit pas à Michaëla qu’il a embrassé une autre. Il invite ses enfants sans l’en avertir. Il écoute à peine quand elle lui parle. Et quand il décide de partir avec une autres, il se sert de la photo garder par Michaela pour la quitter alors qu’il s’était désengager bien avant … alors il s’en sert comme un prétexte pour retourner la scène : il ne fuit pas, il « se libère ». Il n’abandonne pas, il « avance ». Il fait porter à l’autre le poids de ce qu’il ne veut pas assumer. Il choisit une autre femme, plus jeune en détresse, plus malléable et reconnaisante en somme plus conforme et acceptable. Pas seulement parce qu’elle lui plaît, mais parce qu’elle reste agréable et le valorise .

Ce n’est pas la première fois . On peut supposer qu’il a écarter Jocelyn quand elle ne correspondait plus. Il fait de même avec Michaëla. Et il recommence avec Simone. Ce qu’il cherche, ce n’est pas une vrais relation ou un échange . C’est une personne qui reste légère, lisse, disponible. Dès qu’une femme devient entière, c’est à dire qui se montre en colère, vulnérable ou qui n’est plus facile à vivre, joyeuse et valorisante, alors il se détourne, fui dans le silence et s’efface. Il trouve une nouvelle issue plus paisible et solaire, et laisse derrière lui le désordre qu’il refuse de regarder.

Sirens n’est pas ce que son résumé laisse entendre. Ce n’est pas l’histoire d’une femme manipulatrice qui pousse les hommes à la faute. Ce n’est pas non plus le récit d’un homme brisé par une épouse trop dure. C’est une série sur la manière dont certaines femmes deviennent les boucs émissaires d’hommes qui ne veulent pas être dérangés. Michaëla est présentée comme une menace. Mais elle dit la vérité dans le ferry : elle n’est pas un monstre. Elle est ce que les hommes comme Peter fabriquent quand ils ne supportent plus d’être regardés de trop près.

Ce n’est donc pas une série sur la manipulation. C’est une série sur ce qu’on fait aux femmes qui cessent d’être agréables, simples, conciliantes. Sur ce qu’on leur reproche dès qu’elles demandent autre chose que l’admiration ou le silence. Sur ce qu’on invente pour ne pas voir ce qu’elles deviennent, ni ce qu’on leur fait.

Marion-Vinot95
8
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le 4 août 2025

Critique lue 337 fois

Marion-Vinot95

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4

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