Song of Samurai réussit un exploit rare : prendre un concept déjà absurde : des hommes adultes qui passent leur temps à vouloir devenir "le plus fort", et le traiter avec un sérieux quasi religieux.
Pendant deux heures, des personnages au charisme variable se regardent intensément dans les yeux avant de déclarer qu'ils doivent absolument vaincre un autre type qui, lui aussi, a consacré sa vie entière à devenir le plus fort. Pourquoi ? On ne sait pas vraiment. Parce qu'il faut être plus fort que le précédent plus fort, qui lui-même voulait dépasser l'ancien plus fort. Une sorte de pyramide de l'ego où tout le monde porte un sabre.
Les enjeux semblent gigantesques pour les protagonistes, mais vus de l'extérieur, cela ressemble surtout à une compétition de cour de récréation qui aurait bénéficié d'un budget costumes conséquent. Chaque duel est présenté comme une quête existentielle alors qu'il revient souvent à : « Mon niveau de force imaginaire est supérieur au tien. »
Le film multiplie les regards graves, les monologues sur l'honneur, la destinée et la voie du guerrier, comme si personne n'osait admettre que tout ce drame repose sur une question fondamentalement puérile : et si on arrêtait simplement de vouloir être le plus fort ?
Visuellement, c'est parfois superbe. Narrativement, c'est un concours permanent de testostérone métaphysique où des hommes sacrifient tout : amis, famille, bonheur, parfois leur vie... pour gagner un classement qui n'existe que dans leur tête.
Une œuvre qui pose finalement une question essentielle : combien de poésie peut-on injecter dans une dispute de cour d'école avant que quelqu'un remarque que ça reste une dispute de cour d'école ?