Lettonie soviétique, 1979. Renars, jeune costumier de théâtre (magnifique Karlis Arnolds !) irrévérencieux, qui manie l’art de la contrebande avec brio, s’éprend de la belle dramaturge Tina (non moins magnifique Aamu Milonoff !) venue mettre en scène Hamlet à Riga. C’était sans compter Maris, bureaucrate zélé du KGB, frère ennemi de Renars.
A l’effervescence du coup de foudre amoureux succède l’internement de Renars, officiellement pour antisoviétisme, mais révélant en réalité l’aboutissement d’une rivalité entre anciens amis devenus ennemis. L’asile psychiatrique devient le miroir de la société soviétique, où l’opposition politique est pathologisée (qualifiée tantôt de schizophrénie, tantôt de trouble obsessionnel…) non sans nourrir les plaisanteries kafkaïennes des patients, lucides de l’absurdité de leur situation. La série équilibre habilement la démonstration des stratagèmes des contrebandiers et le développement des personnages, dont le rapport de forces fluctue tout au long de la série. Renars, confronté à un dilemme entre amour et intégrité, en ressort grandi, incarnant avec humilité les aspirations de sa génération. Maris, après les humiliations successives qu’il essuie, parviendra à ouvrir une brèche et retourner les mécanismes bureaucratiques du système à son avantage.
Le virevoltant premier épisode pose les enjeux avec soin et rend immédiatement les personnages attachants. Le rythme ne sera pas toujours aussi soutenu par la suite. La photographie restitue bien l’ambiance des années 70s, sans être trop poussive, et contribue à la légèreté de ton qui dominera durant les 8 épisodes malgré la gravité de la situation. Ce mélange de registres est assurément la grande force de la série, qui touche juste sans tomber dans un réalisme didactique. On pourra regretter quelques longueurs mais l’écriture reste très fine et la mise en scène efficace par sa sobriété.
Si la série fait la satire d’une URSS sur le déclin, à travers la médiocrité et l’opportunisme des dirigeants ou la veulerie des sous-fifres, elle ne tombe pas pour autant dans la défense béate d’un capitalisme dont elle parvient à montrer les failles, comme en témoignent les cadences de travail nocturne exténuantes que Renars impose aux patients de la chambre 6 - sorte de taylorisme à petite échelle - qui n’ont rien à envier au plan quinquennal soviétique. L’irruption illicite de la télévision couleur au sein du foyer du directeur de l’hôpital, hypnotisant sa femme, révèle également l’influence pernicieuse d’un certain soft power. Mais il s’agit bien d’une ode délicate à la liberté. L’émancipation de ce petit pays-satellite, qui « vainc la peur et par conséquent devient libre », transcende les frontières et devient universelle. A l’échelle individuelle cependant, l’avènement de cette liberté auparavant inconnue a un prix : l’amour.