Kijin Gentōshō est une fresque qui retrace la vie et l’évolution d’un homme à travers plusieurs époques.
Je pourrais écrire que c’est l'histoire d'un guerrier torturé dont le destin a été brisé et qui cherche à se venger des démons comme de l’humanité dans ce qu’elle a de pire. Je pourrais écrire que c’est celle d’un homme qui cherche à comprendre pourquoi le sort s'est acharné et qui tente de donner un nouveau sens à son existence. Ou bien encore que c’est le récit d’un jeune homme perdu, porté par le vent, dont le destin se dessine au gré des rencontres.
En fait, Kijin Gentōshō, c’est tout cela à la fois.
C’est un héros qui, plutôt que de tergiverser sur la nature de sa technique, dégaine son katana pour se lancer dans un bref combat à mort. On est loin de JJK ou de Bleach. Ici, pas de discours interminables, pas de power-up miraculeux après une ellipse, ni d’armure scénaristique.
Les relations y sont froides… et pourtant si touchantes. La rudesse de l’époque et la menace des démons pourraient laisser croire que les cœurs sont de marbre, mais c’est l’inverse qui se produit. Jinta choisit peu à peu de fendre l’armure pour ne pas perdre son humanité. Ce faisant, il accepte la souffrance en accueillant l’inévitable deuil de ses proches.
Parfois, on se surprend à vouloir secouer tel ou tel personnage, mais après un long silence, on comprend que ce n’est pas ainsi que ce monde fonctionne. C’est alors que survient l’émotion — celle que l’on ne trouve plus forcément dans les productions actuelles. On se résigne alors à n'être qu'un simple spectateur, mais un spectateur profondément ému.
Contrairement aux standards d'aujourd'hui, cet anime prend son temps. Il relève davantage de la "tranche de vie" que du Shōnen classique. Les saisons passent, les gens vieillissent, les mœurs changent, mais Jinta demeure : témoin malgré lui de l’érosion et du renouveau.
Finalement, Kijin Gentōshō ne nous raconte pas comment on devient le plus fort, mais comment on reste humain quand tout nous pousse à l'inhumanité. C'est une œuvre contemplative, parfois cruelle, qui préfère la poésie d'un instant fugace au fracas des batailles épiques. Une plongée mélancolique dans le folklore japonais où la véritable menace n'est pas tant le démon qui rôde, mais l'oubli et la solitude qui guettent celui qui survit à tout.