L'idée des coulisses de la diplomatie est toujours un bon parti pris. Malheureusement, la série semble répondre à un cahier des charges qui vicie son réalisme et sa pertinence, et laisse s'échapper la tension qu'elle entend créer:
1/ De nombreux dialogues "sonnent faux" dans l'espoir de créer leur petit moment à punchline.
2/ Surtout, la représentation du déroulement des négociations est confuse et partiale:
- The Deal laisse entendre que les US président aux négociations, alors qu'ils sont partie. Dans les faits, la Suisse accueillait et c'est l'UE qui coordonnait.
- Les grandes puissances, hormis les US (et un peu la Russie), sont tout bonnement absentes des négociations. Dans les 2 premiers épisodes, on entrevoit à peine la délégation chinoise; les représentations française, allemande et britannique sont portées disparues, alors que l'accord sur le nucléaire iranien prend sa source au début des années 2000 avec des négos engagées justement par ces 3 pays européens.
L'accord de 2015 est le produit des négociations des grandes puissances (les membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU + l'Allemagne); pourtant la série fait penser à un trouple Iran-US-UE avec la Russie qui de temps en temps se glisse sous la couette pour faire des messes basses. Cela laisse l'impression d'un choix, légitime mais trompeur, de présenter ce moment de diplomatie comme une confrontation entre "blocs civilisationnels": l'Iran vs des Occidentaux eux-mêmes divisés entre Américains, Européens et la Russie. Et de temps en temps en arrière-plan, les Chinois prennent un café. Les faits ont tendance à être bien plus subtils que ça.
- Dans cet oubli des Etats, le rôle de l'UE est largement exagéré, ce qui semble révéler une grosse ficelle europhile de la part d'une série Arte. Cette intention un peu propagandiste se fait au prix de le précision historique et du sentiment d'immersion. Dommage.