La vérité est ailleurs...
SAISON 1 > J’ai eu un peu de mal, je l’avoue, à être séduit par cette mini-série (5 épisodes d’environ 1 heure) au bout du premier épisode : même si l’atmosphère particulière de Belfast fait en grande partie l’originalité de cette fiction. Je ne sais pas si cela venait du rythme lent (voulu je pense) du manque d’humour ou bien de la pesanteur psychologique provoquée par les meurtres commis par un père de famille pas vraiment très net.
Par contre on ne peut que saluer la performance des acteurs surtout celle de Gillian Anderson, en inspecteur de police à la relative froideur. C’est que sa présence crève l’écran, on en oublie même son personnage de la série X-files. Ici son jeu est plus subtil : comment provoquer une certaine empathie vis à vis du spectateur en conservant le côté énigmatique et faussement insensible du personnage ? Et bien Anderson y parvient très bien : elle porte la série sur ses épaules, on a envie de connaître mieux cette femme. Son antagoniste – le tueur - est bien campé aussi, même si Jamie Dornan joue un peu trop sur le « regard noir » et le « froncement de sourcils ». En tout cas il casse son image de mannequin pour interpréter un psy (tient donc, encore un !) de la classe moyenne qui a une vie somme toute banale de père attentionné, de mari plus ou moins aimant et de voisin ambigu vis à vis de sa baby-sitter de 15 ans. Ce qui m’a le plus remué c’est la façon dont le réalisateur s’attarde sur le modus operandi du tueur ; un vrai malaise s’installe tant « le meurtre » ritualisé a d'évidentes connotations sexuelles et pire, artistiques.
La mise en parallèle des rituels du tueur – Paul Spector – et de ceux de son chasseur – Stella Gibson - est souvent captivante et provoque souvent le malaise. La série ne fait pas dans le glamour, son côté chirurgical dû à la musique oppressante, à la photo désaturée et au rythme presque mortifère en fait un objet à la fois envoûtant et repoussant. Comme je le disais « The Fall » ne se fait pas aimer facilement.
Cette série irlandaise de qualité devrait marquer les esprits si elle ne dure pas trop. Car oui le « trop » de saisons est parfois l’ennemi de l’originalité.
SAISON 2 > 6 épisodes pour clore (?) l'enquête de Stella Gibson dont un de près d'une heure trente... et bien je m'avoue un peu déçu par le tournant qu'a pris la série, en effet même si on avance dans l'enquête il faut attendre l'épisode 5 de cette saison pour que le piège se referme sur Paul Spector... le rythme était déjà lent dans la saison 1 lui conférant une certaine aura de mystère et de malaise mais ici on est plus proche de la léthargie. Le scénariste/réalisateur fait dans le délayage par moments (comment de nos jours, avec tous les moyens de surveillance dont dispose le Royaume-Uni, sa Police ne trouve-t-elle pas plus vite la cache du tueur ou sa voiture brûlée en plein jour ? cela me semble peu crédible...L'Irlande du Nord ce n'est pas la Sibérie !) de plus il parasite le duel psychologique Spector/Gibson par des histoires parallèles peu convaincantes... l'ado - tête à claques - amoureuse du tueur - une femme battue recherchée par son loulou de mari etc. La confrontation en plans rapprochés entre la femme-flic et le tueur est le sommet de cette saison: l'interrogatoire qui dure plus de 15 minutes est prenant, les personnages se dévoilent... il est dommage que toute la saison n'ait pas été de cette intensité !
Je ne vous parlerai pas du pseudo "cliffhanger" malvenu avec le journaleux fouineur aidé par le mari "loulou", on attendrait mieux pour une série qui laissait beaucoup espérer. La fin est donc bancale, aurai-je envie de voir une suite? pas sûr.
PS: sur la jaquette du blu-ray il est écrit: l'étau se ressert autour de Paul Spector. SIC! "se ressert" !!! (en frites sans aucun doute). Se resserre (de "resserrer" et pas le verbe "se resservir")... la France pays de l'Académie...
Sinon ma note serait de 8 pour les 15 minutes de l'interrogatoire et pour Gillian Anderson mais de 5 pour l'ensemble de cette SAISON 2...