Deux ans après avoir fait irruption sur Netflix avec son savoureux mélange de noblesse terrienne et de pègre britannique, la série The Gentlemen revient pour une deuxième saison qui élargit considérablement ses horizons. Guy Ritchie reprend sa recette signature, mais insuffle cette fois une noirceur inattendue et des enjeux nettement plus dramatiques à son univers baroque.
Là où le premier chapitre voyait Eddie Horniman (Theo James) tenter de se dépatouiller des affaires douteuses héritées de son père, cette suite le montre embrassant pleinement sa nature de chef de clan. Désormais associé de plein droit à la redoutable Susie Glass (Kaya Scodelario), Eddie ne cherche plus à fuir le crime : il veut étendre son empire de la marijuana vers l'Italie et les élites politiques britanniques. Theo James excelle dans cette métamorphose, incarnant un duc tiré à quatre épingles dont la façade impassible dissimule un machiavélisme grandissant. Sa dérive psychologique et morale est magistralement interprétée, le voyant peu à peu abandonner son humanité au profit de la pure quête de pouvoir.
Cette évolution modifie le ton de la série. Tout en conservant ses dialogues fusants, son humour noir absurde et son esthétique soignée jusqu'au moindre bouton de manchette, l'intrigue prend un virage plus sombre. Le récit s'apparente désormais davantage à une tragédie criminelle sur l'engrenage de la trahison et la corruption de l'âme qu'à une simple farce d'action. L'atmosphère s'alourdit de menaces croissantes, culminant dans une deuxième moitié de saison haletante qui rappelle l'intensité narrative des grands drames mafieux.
Ce changement de cap n'est pourtant pas sans heurt. La narration souffre par moments d'un scénario surchargé et d'un rythme légèrement inégal en première partie de saison. En voulant tout embrasser à la fois — entre complots politiques à la Chambre des Lords, faucons de collection indispensables pour soudoyer des pairs et rivalités mafieuses italiennes —, le récit s'éparpille. L'intrigue éloigne parfois trop longtemps l'un de l'autre Eddie et Susie, mettant momentanément entre parenthèses la chimie électrique entre Theo James et Kaya Scodelario, qui reste pourtant l'un des plus grands moteurs du show. De même, la mise en retrait de certains personnages secondaires adorés du public, comme l'inestimable frère idiot Freddie (Daniel Ings), peut laisser un léger sentiment de manque.
Cependant, la série retrouve toute sa superbe dès lors qu'elle resserre son objectif. La mise en scène brille par ses trouvailles visuelles, ses incrustations de texte décalées et ses séquences d'action remarquablement chorégraphiées. L'ensemble est porté par une galerie de seconds rôles savoureux, parmi lesquels un Vinnie Jones magistral en homme de main fidèle et un Ray Winstone toujours aussi truculent en parrain omnipotent depuis sa piscine thermale.
Bien que plus chaotique et parfois au bord de l'overdose visuelle ou narrative, cette saison 2 confirme que The Gentlemen a su grandir. En troquant un peu de sa légèreté initiale contre une vraie profondeur psychologique et des affrontements impitoyables, Guy Ritchie livre un divertissement haut de gamme, furieusement élégant et diablement captivant.