Guy Ritchie est capable du meilleur (la série de films Sherlock Holmes, The gentleman) comme du pire (Opération fortune). À mon sens il se présente ici au mieux de sa forme avec les atouts qui le caractérisent : un sens du rythme, un dosage subtil d’humour et de tension, la capacité à convoquer une galerie de personnages marquants et folkloriques.
Bien sûr, dans une série qui se prolonge, il reste difficile d’échapper à quelques stéréotypes. Les mini quêtes successives ont quelque chose d’un peu répétitif, les émotions et attitudes des acteurs évoluent peu. Chacun, le garde-chasse, l’aristocrate, le frère, la fille du malfrat, etc., se coule dans un moule, un pattern, qui malgré toutes les péripéties et les retournements, semble immuable. Je laisse volontairement de côté la conversion progressive de Horniman (incarné par Theo James) aux impératifs du trafic du cannabis. Sa reconversion n’a finalement que peu d’impact sur sa façon de voir le monde.
Mais cet aspect prévisible a quelque chose d’addictif pour le spectateur. On sait à quoi s’attendre et on en redemande ! Un peu comme les enfants qui ne se lassent jamais d’entendre le même conte. Ritchie nous embarque dans un manège magique ou une sorte de train fantôme. Un véhicule, en tout cas, assez rapide pour que notre cerveau néglige toutes les incohérences, savoure le voyage et réclame la suite.
L’une des originalités de la série est de nous donner à voir différentes strates ou classes de la société. Elles se croisent, coopèrent ou s’affrontent afin de préserver leur territoire ou, plus important, leur permanence. On croise en effet dans la série des malfrats, des lords, des gitans, des boxeurs, des cultivateurs de cannabis, des psychopathes … mais leur rencontre, parfois violente et saignante, se produit dans une forme d’allégresse un peu foutraque. Malgré ce sous-texte social, vous l’aurez deviné, on est loin de Robert Guédiguian ou de Ken Loach. Mais est-ce rédhibitoire ?
Ritchie nous propose un pur divertissement. Il le fait bien, avec une constance louable au fil des épisodes et, cerise sur le gâteau, élégamment.