Pour apprécier pleinement cette série, un prérequis indispensable s’impose : avoir au moins un petit manuel de survie sur la culture coréenne à portée de main. Sans ça, on risque d’être régulièrement décontenancé — voire franchement agacé — par la psychologie des personnages et certains choix scénaristiques qui semblent sortir d’un chapeau. Ici, tout est régi par les codes sociaux : l’image, la réussite, la hiérarchie, le respect des puissants… et tant pis pour la morale ou l’humanité.
Le point de départ est pourtant solide : une jeune lycéenne, harcelée avec une violence glaçante par un groupe d’élèves richissimes, tente de trouver de l’aide. Mauvaise pioche. Les professeurs regardent ailleurs, la mère — plus intéressée par l’argent que par la détresse de sa fille — s’écrase avec une souplesse admirable devant les puissants, et la société valide l’impunité. Résultat : une adolescente brisée jusqu’à l’os, qui décide d’attendre… une bonne dizaine d’années avant de mettre en place sa vengeance.
Le problème, c’est que la série est beaucoup trop longue pour une vengeance qui met une éternité à se dessiner. On étire, on étale, on ralentit, parfois jusqu’à l’exaspération. Et quand enfin les pièces commencent à bouger, on se demande si on n’a pas vieilli plus vite que l’héroïne.
Justement, parlons d’elle. L’héroïne adulte manque cruellement d’aura. Là où son incarnation jeune était poignante, habitée, presque magnétique, la version adulte paraît fade, figée, comme si toute sa profondeur avait été abandonnée sur le banc du lycée. Ironiquement, c’est le personnage plus jeune qui possède le plus de charisme et d’émotion — ce qui pose un petit souci pour une série censée reposer sur sa froide détermination d’adulte.
L’autre héros ? Accrochez-vous. Personnage torturé, hanté par le meurtre de son père, harcelé par le meurtrier à coups de lettres (oui, des lettres, parce que la cruauté prend parfois la forme d’un club de correspondance), il incarne le martyr émotionnel par excellence. Intéressant sur le papier, épuisant sur la durée.
Côté personnages secondaires, la série fonctionne par archétypes XXL, et là, on frôle parfois la caricature assumée :
l’hôtesse dont le principal atout semble être une poitrine généreuse (et rien d’autre, vraiment rien),
la présentatrice météo, antagoniste de l’héroïne, au passé de psychopathe soigneusement enfoui sous un sourire télévisuel,
l’artiste droguée, cliché ambulant,
le PDG colérique,
et son chauffeur, frustré de service, seul membre de la bande à ne pas être né avec une cuillère en or dans la bouche.
Tout ce petit monde incarne des profils très précis, parfois si exagérés qu’un certain humour involontaire s’en dégage. Les émotions sont surjouées, les regards durent trois plombes, les silences sont pesants… au point que cela devient presque comique. On est dans le mélodrame pur jus, où chaque sentiment est amplifié comme s’il passait par un mégaphone émotionnel.
Au final, oui, c’est long. Très long. Mais ça se regarde — à condition d’avoir conscience des codes coréens qui sous-tendent chaque décision, chaque injustice, chaque lenteur. Sans ce filtre culturel, le scénario peut vite paraître agaçant, confus, voire incohérent par moments. Avec, on comprend mieux… même si on soupire quand même souvent.