Cette série n’en est pas vraiment une. On adapte chaque pièce des « henriades » de Shakespeare fidèlement pour ne pas dire religieusement l’une après l’autre.
L’avantage d’une adaptation filmée est ici est très limité et se limite aux décors, costumes, scènes de batailles… C’est assez superficiel et dans le genre The Hollow Crown est loin d’être la meilleure de par sa réalisation trop banale.
Donc à part le visuel, très peu de travail d’adaptation a été fait, auteur classique oblige, et ce au détriment de l’immersion :
- Transitions trop abruptes d’une pièce/épisode à l’autre, par exemple
le futur Richard III bascule trop rapidement du côté obscur, de façon
théâtrale via un monologue… Il aurait fallu boucher les trous, et
faire en sorte que l'ensemble ressemble à une série. - Beaucoup de détails incompréhensibles pour ceux qui ne connaissent
pas bien l’histoire médiévale britannique. Pourquoi Hotspur se
révolte contre Henri IV ? Pourquoi les anglais gagnent la bataille
d’Agincourt alors qu’ils étaient très désavantagés, presque sûrs de
perdre ? C’est confus et mal expliqué, alors on regarde tout ça de
très loin. - Pas de corrections des « erreurs » de Shakespeare concernant les
faits historiques, que ce soient pour les détails ou les éléments
clé. Par exemple, dans les faits, les nobles anglais parlaient
français à l’époque, si on est au courant il est difficile de ne pas
être consterné par certains passages de Henri V. - Les personnages qui monologuent face à la caméra.
Le blackwashing est vraiment ridicule. Un duc anglais noir au moyen-âge, c’est juste grotesque. D'autant plus que le duc d’York en question est joué par Paterson Joseph dans Henri V, et que ce personnage apparaissait sous le nom de duc d’Aumerle dans Richard II, mais incarné par Tom Hughes qui est blanc…
Sophie Okonedo aurait pu être acceptable en Marguerite d'Anjou au théâtre, Shakespeare aurait probablement donné le rôle à un homme, mais là c’est trop distrayant. Personne n’accuse la BBC de racisme, alors qu’on arrête de mettre de la politique dans les films et séries. Surtout que là, ça s'apparente à une sorte de révisionnisme historique où le racisme n'aurait jamais existé puisque les noirs dans la série semblent parfaitement acceptés à tous les échelons de la société...
L’authenticité est importante, on se souvient de Kubrick qui filme son Barry Lyndon avec une caméra de la NASA parce qu’il voulait que les scènes d’intérieur soient éclairées à la bougie. On se souvient aussi de Jean-Jacques Annaud qui peint les porcs roses en brun car ils n’avaient pas encore cette couleur au moyen-âge, alors que la plupart des gens ne l’auraient pas remarqué s’il ne l’avait pas fait. Un bon film, une bonne série est un moment d’évasion qui doit nous faire oublier qu’il s’agit d’une fiction, c’est bien là où le bât blesse si la crédibilité est ouvertement sabotée.
Les meubles sont sauvés par les acteurs. Se borner à changer l’origine ethnique des personages sans avoir le cran de toucher au texte, c'est se contenter d'une version superficielle et désincarnée.