Veneno est une mini-série de 8 épisodes qui s’inspire de la vie de Cristina "La Veneno" Ortiz Rodríguez, et dans une moindre mesure, de celle de sa biographe Valeria Vegas.


Née en 1964 dans une province en Andalousie, Cristina Ortiz Rodríguez est une femme trans. Elle est travailleuse du sexe à Madrid lorsqu’elle est découverte au milieu des années 1990 par une journaliste d’une émission trash populaire. Elle passe rapidement au statut de vedette, puis à celui de jouet dont on n'a plus besoin, qu’on jette au fond d’une malle, et qu’on ressort de temps en temps.


Par le biais d’habiles flashbacks fantasmés et/ou réels, on découvre les moments marquants de son parcours. Ils seront parfois flamboyants, drôles et poétiques, parfois tragiques (le mot est faible).


Cristina est d’une force inouïe. Elle se relève des préjugés, des violences, de ce manque d’amour qu’elle passera sa vie à tenter de combler. Elle est authentique, outrancière, sans filtre, menteuse, drôle (mais tellement), exubérante, forte, incontrôlable, touchante. Oui, tout ça à la fois.


Valeria Vegas, la future biographe de Cristina, est aussi une femme trans, mais d’une autre époque et évoluant dans un entourage accompagnant et bienveillant. 


C’est intéressant de voir ainsi les deux parcours transidentitaires. Ils se rejoignent parfois, mais ne sont pas toujours confrontés aux mêmes défis et résistances. Le principe souvent éprouvé d’une génération qui se bat, ne profitant pas forcément du fruit de son activisme, mais qui aide les générations qui suivent.


Veneno est l'une de mes séries « coup de cœur » de ces dernières années. 


Les personnages sont complexes et très bien écrits. Le jeu des actrices et acteurs est formidable.
Je me permets d’insister sur ce point, aucune tête d’affiche connue pour une bonne distribution de claques au final. Impressionnant.


On est emporté par la bienveillance et l’humour de la famille choisie par Cristina. Vous savez, pas celle que l'on vous assigne, celle que l'on se choisit. Je donne une mention spéciale à Paca la Piraña (qui joue son propre rôle). Je pense qu'on rêve toutes et tous d’avoir une amie comme Paca.


Chaque rôle de femme trans est interprété par une actrice trans et non par des femmes cisgenre. La diversité des corps est totale. Les scènes de sexe sont justifiées et sans voile de fausse pudeur. Elles ne sont pas tournées pour satisfaire le regard de l’hétéro mâle


Aussi, la série ne juge pas son héroïne, elle l’accompagne juste dans son récit. 


L'ascenseur émotionnel quasi permanent ne laissera pas indemne, mais ça vaut le coup de le prendre.

Gil-les
8
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Créée

le 23 juin 2021

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Gilles Rammant

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