Liste de 38 films créée il y a 8 mois · modifiée il y a 10 jours
Soudain
7.6
1.

Soudain (2026)

3 h 16 min. Sortie : 12 août 2026. Drame

Film de Ryusuke Hamaguchi

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Avec Le Journal d'une femme de chambre, et Minotaure ainsi que Paper Tiger (spoilers !), Soudain est l'un de mes grands coups de cœur du Festival de Cannes 2026. Tous comme les deux films précédents, il aurait pu ou dû remporter la Palme d'Or (j'ai beaucoup aimé Fjord, mais il me semble un cran en-dessous de ces 3 films de la compétition officielle).

Pourtant, à la base je ne suis pas fan du tout de Ryusuke Hamaguchi. J'ai très moyennement aimé Le Mal n'existe pas et Drive my car, considérés comme de très grands films, notamment le second. La froideur et la distance vis-à-vis des personnages dans ces deux longs métrages m'ont tenu à l'écart de ce qui s'y trame, ressentant peu d'émotion envers les protagonistes.

Avec Soudain, c'est l'inverse. C'est un film extrêmement sensible et empathique, porté par deux merveilleuses actrices, Virginie Efira et Tao Okamoto, qui ont complètement mérité leur prix d'interprétation remporté à Cannes. C'est bien simple, j'ai pleuré quasiment du début à la fin de Soudain, et je n'ai pas vu passer les 3h16, et même, j'en redemandais encore.

Il s'agit d'un long métrage profondément intelligent et humaniste, qui déploie une pensée construite sur la relation aux être humains dans les EHPAD, une réflexion et une attention aux patients qui parfois fait bien défaut dans ce type d'établissements, hélas.

Une fois de plus, Ryusuke Hamaguchi entremêle l'art, et notamment le théâtre, à son récit, et c'est magnifique. Soudain est un film d'une très grande richesse sur le fond et la forme. Car si la mise en scène est d'un aspect plutôt simple, vous vous souviendrez pour toujours de certains plans, notamment ceux sur les visages des deux actrices principales.

Le Journal d’une femme de chambre
7
2.

Le Journal d’une femme de chambre (2027)

1 h 34 min. Sortie : 20 janvier 2027. Drame

Film de Radu Jude

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

J’ose le dire, Le Journal d’une femme de chambre est peut-être le meilleur film réalisé par Radu Jude, l’un des plus brillants et des plus audacieux cinéastes européens d’aujourd’hui. Il adapte magistralement le roman d’Octave Mirbeau, restituant toute sa force politique. Mais il crée également un film à la fois profondément français et profondément roumain, à la croisée de la culture et de l’histoire de ces deux pays. Qu’un cinéaste étranger parvienne à mettre le doigt exactement là où ça fait le plus mal dans un pays tel que la France, en refusant toute complaisance, c’est un tour de force absolument ahurissant. Hilarant, profond et parfois émouvant, c’est un long métrage brillant qui force le respect et l’admiration.

Paper Tiger
6.6
3.

Paper Tiger (2026)

1 h 55 min. Sortie : 25 novembre 2026 (France). Drame, Thriller

Film de James Gray

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Paper Tiger signe le retour de James Gray au meilleur de son cinéma, avec ce thriller et ce film de gangsters dont la famille est au coeur du récit, dans le New York en plein boom des années 1970.

Il est question de deux frères, l'un architecte et l'autre ex-gloire de la police, qui tentent de faire affaire avec les Russes. A leurs risques et périls...

Le trio d'acteurs principaux Miles Teller, Adam Driver et Scarlett Johansson est absolument extraordinaire. La mise en scène de James Gray est quant à elle magnifique, ample et généreuse, servie par une très belle photographie pellicule.

Paper Tiger est un excellent film, d'une grande force. Incompréhensible qu'il n'ait reçu aucune récompense à Cannes, c'est honteux... Alors qu'il aurait pu en obtenir plusieurs ! En vrac : Prix de la mise en scène, Prix d'interprétation masculine pour Miles Teller, révélation du film... et Palme d'Or, oui oui ! C'était à mon sens un candidat très sérieux à la récompense suprême, tant c'est un grand film. J'espère que James Gray pourra se consoler avec un beau succès en salle à sa sortie, il le mérite complètement.

Silent Friend
7.2
4.

Silent Friend (2025)

Stille Freundin

2 h 27 min. Sortie : 1 avril 2026 (France). Drame

Film de Ildikó Enyedi

Arthur Debussy a mis 8/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Ildikó Enyedi revient au cinéma avec un grand et beau film, humaniste, contemplatif, méditatif, rendant hommage à la fois à la science et au monde du vivant, avec de surcroît une pincée de féminisme.

Silent Friend se déroule sur trois époques : 1908, les années 1970, et les années 2020, avant et pendant le Covid. A chaque époque, Ildikó Enyedi suit des personnages qui tentent de grandir en humanité et en connaissances, repoussant leurs limites et celles de notre monde.

Grete en 1908 est une jeune aspirante scientifique, qui se retrouve bien seule dans un monde d'hommes. Hannes, dans les années 1970, tente de trouver sa place à l'université, et tombe amoureux d'une jeune étudiante qui analyse le comportement des plantes. Tony, enfin, est un grand neuroscientifique, qui tire parti de la grande pause du Covid pour réorienter ses recherches, en trouvant un parallèle entre le cerveau humain et les connexions innombrables entre les plantes et les arbres.

Silent Friend est un film profondément original et esthétiquement magnifique. Il est travaillé aussi bien du point de vue de la mise en scène que de la photographie, de la bande son, ou du montage, qui est impressionnant de maîtrise, les différentes époques se répondant en écho et se déployant avec un rythme naturel et organique.

Silent Friend est un film stimulant et inspirant, apaisant même, qui figure parmi les grandes réussites du cinéma mondial des années 2020, rien que ça. Je gage que l'on se souviendra encore longtemps de ce film pas comme les autres et vraiment attachant.

Fjord
6.7
5.

Fjord (2026)

2 h 26 min. Sortie : 19 août 2026 (France). Drame

Film de Cristian Mungiu

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Allez voir ce film, ne vous arrêtez pas à la polémique stérile lancée par des médias malhonnêtes en mal d'audimat qui ont déformé le propos et les intentions de Cristian Mungiu. Fjord est un beau film, fort qui plus est, qui pose une question essentielle aujourd'hui : est-on capable de discuter avec quelqu'un qui n'est pas de son avis, et a fortiori qui n'est pas du même camp politique ? La polémique alimentée par une partie de la presse française tend à démontrer que cette capacité de dialogue n'existe plus qu'à la marge (voire plus du tout), et après on s'étonne que l'extrême droite soit au plus haut.

Comme le dit Mungiu : dialogue ne veut pas dire acceptation. Mais cela permet par la discussion d'amener l'autre à changer de regard et peut-être même de position sur le monde, pour le conduire vers des valeurs plus progressistes. Mais si le dialogue est rompu, il n'y a aucune chance pour que ces valeurs soit adoptées par le camp d'en face... Il est donc urgent de se remettre autour de la table.

Toutefois, Fjord n'est pas qu'un film à thèse. C'est aussi une œuvre intéressante sur l'immigration et sur la perception des immigrés roumains en Europe occidentale, non dénuée de racisme et de xénophobie. Et comme si cela ne suffisait pas, Fjord sonde aussi l'intériorité de nos contemporains, et leur rapport à la transcendance, à la vie et à la mort, à travers quelques séquences magnifiques.

J'ai vu Fjord deux fois, et la seconde fois je l'ai encore plus apprécié, signe de ses grandes mais discrètes qualités. Au point que bien que ce n'était pas le film présent en compétition à Cannes auquel j'aurais décerné la Palme d'Or (j'aurais plutôt choisi Minotaure de Zviaguintsev, Soudain d'Hamaguchi ou Paper Tiger de James Gray), petit à petit je suis de plus en plus d'accord avec ce choix effectué par le jury de Park Chan-wook. Vraiment, allez voir Fjord. Je ne garantis pas que vous allez aimer ce film, mais il pose de bonnes questions à mon sens, et en ces temps bien sombres, cela me semble nécessaire.

Nuestra Tierra
7
6.

Nuestra Tierra (2025)

2 h 02 min. Sortie : 1 avril 2026 (France). Historique, Société

Documentaire de Lucrecia Martel

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Nuestra Tierra est le premier film que je vois de Lucrecia Martel, réalisatrice argentine dont j'ai entendu parler pour la première fois à l'occasion de sa grande rétrospective organisée en novembre 2024 au Centre Pompidou, mais que j'avais ratée, faute de temps.

Avec ce premier long métrage documentaire (elle a une longue carrière dans la fiction derrière elle), Lucrecia Martel frappe très fort. Déjà esthétiquement, c'est un film magnifique, qui nous saisit dès les premières images. Dans ce long métrage, elle raconte le combat de la communauté autochtone des Chuschagasta, après l'assassinat de leur chef Javier Chocobar, pour obtenir justice. Et on peut dire qu'elle rend hommage à ces personnes, en magnifiant leurs visages et leur terre, si précieuse pour eux et convoitée par des gens malhonnêtes.

Le film raconte comment des descendants de colons se sont appropriés les terres des Chuschagasta, et lors d'un énième litige, ont tué Javier Chocobar. Nuestra Tierra est donc à la fois un film de procès, sur la justice en train de se rendre, et une oeuvre de mémoire, qui permet à la communauté Chuschagasta de témoigner de son histoire, de sa culture, de ses traditions et de ses combats, qui remontent au moins jusqu'à la colonisation par les Espagnols au 16e siècle.

Nuestra Tierra est un très beau documentaire, avec un propos fort, mais aussi très travaillé esthétiquement, au niveau des images et du son. C'est donc un beau coup de coeur pour moi et une belle découverte, qui m'incite à creuser davantage la filmographie de Lucrecia Martel.

L'Odyssée
7.2
7.

L'Odyssée (2026)

The Odyssey

2 h 52 min. Sortie : 15 juillet 2026 (France). Aventure, Drame, Fantasy

Film de Christopher Nolan

Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Réellement l'un des films événements de 2026. Une vaste fresque avec pas mal de défauts, mais aussi de grandes et belles qualités, des idées brillantes et un souffle épique de bout en bout. L'émotion vient même nous cueillir vers la fin, avec des séquences dévastatrices, qui font à mon sens de cette Odyssée version Nolan l'un de ses tous meilleurs films, et une adaptation de cette épopée mythique qui fera date. Je ne peux que vous conseiller d'aller voir ce film.

Le Gâteau du Président
7.2
8.

Le Gâteau du Président (2025)

Mamlaket Al-Qasab

1 h 45 min. Sortie : 4 février 2026 (France). Drame

Film de Hasan Hadi

Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Voilà un film magnifique, drôle, touchant, passionnant. Une véritable réussite, impressionnante de maîtrise, pour un premier long métrage. Hasan Hadi livre un récit picaresque et enlevé, avec pour toile de fond l’Irak de Saddam Hussein, dans les années 1990. Une période où la vie des Irakiens était particulièrement difficile, notamment pour les femmes et les enfants. Néanmoins, nul misérabilisme ici, au contraire. Avec beaucoup d’humour et d’ironie, mais filmé avec un réalisme quasi documentaire, Hasan Hadi construit des personnages principaux attachants, qui vont devoir redoubler d’ingéniosité pour s’en sortir dans un pays dévasté par la guerre avec les Etats-Unis. Si l’on ajoute à cela une esthétique sublime, que ce soit par la superbe photographie ou la merveilleuse musique, où l’oud est très présent, nous obtenons un film à voir absolument, qui nous fait redécouvrir ou plutôt découvrir l’Irak, avec des yeux nouveaux. Une très belle surprise.

Pillion
6.8
9.

Pillion (2025)

1 h 46 min. Sortie : 4 mars 2026 (France). Drame, Comédie, Romance

Film de Harry Lighton

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Pour un premier long métrage, Harry Lighton frappe fort avec Pillion. C'est un film étonnant et un peu trash, mais aussi d'une grande sensibilité et d'une grande beauté. L'esthétique est superbe, qu'il s'agisse de la photographie ou de la musique. Et les acteurs Alexander Skarsgård et Harry Melling sont parfaits, sans parler des autres rôles secondaires, tous excellents, notamment les parents, trop mignons. Mais décidément, cette relation ultra toxique, je ne peux pas. Ça m'a régulièrement sorti du film. Ça et les scènes assez crues parfois. Harry Lighton traite bien un sujet complexe et casse gueule. Mais la relation profondément malsaine au cœur du film m'empêche de m'enthousiasmer autant que le font certains pour ce long métrage. Ce qui ne m'a pas empêché d'écraser quelques larmes, signe que Pillion est malgré tout réussi dans son genre.

Les Dimanches
6.9
10.

Les Dimanches (2025)

Los domingos

1 h 57 min. Sortie : 11 février 2026 (France). Drame

Film de Alauda Ruíz de Azúa

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Les Dimanches est un très beau film, fort et subtil. Il s'agit du deuxième long métrage de fiction de la réalisatrice espagnole et basque Alauda Ruiz de Azúa, et c'est une oeuvre très maîtrisée.

Je craignais, vu le sujet complexe et casse-gueule, que la cinéaste livre un film à charge ou au contraire éthéré et gentillet. Il n'en est rien. Les Dimanches raconte le choix d'une adolescente de 17 ans, Ainara, qui souhaite potentiellement rentrer dans les ordres, a priori chez les Carmélites, un ordre cloîtré. Ce choix surprend et divise les membres de sa famille.

Alauda Ruiz de Azúa opte pour un film qui épouse la complexité de ce genre de situations et de la vie en général, en permettant à chaque point de vue de s'exprimer. Elle brosse ainsi un tableau relativement complet des problématiques qui se posent à Ainara et à ses proches.

Mais Les Dimanches n'est aucunement un film à thèse. C'est un film qui vit, où les personnages ont une vraie consistance. D'ailleurs, malgré leur point de vue parfois opposés, on s'attache à beaucoup d'entre eux, entre Ainara et les autres membres de sa famille.

Par ailleurs l'esthétique du film est très belle, entre une magnifique photographie, de beaux cadrages, et une musique choisie avec soin, qui donne du relief et de la profondeur aux images et au récit.

En somme, Les Dimanches est un film équilibré sur un sujet complexe et qui divise, en Espagne, en France et un peu partout dans le monde, à savoir la religion. La cinéaste Alauda Ruiz de Azúa a beaucoup travaillé son sujet et ça se ressent. Elle qui est athée, est franche dans ses critiques de la religion, mais elle laisse aussi la place à l'expression de la foi, en ne jugeant pas ses personnages, mais en cherchant plutôt à les comprendre. C'est donc une belle surprise et un long métrage hautement recommandable.

Fatherland
6.3
11.

Fatherland (2026)

1 h 22 min. Sortie : 2 décembre 2026 (France). Biopic, Drame

Film de Paweł Pawlikowski

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Avec Fatherland, ça y est, j'ai enfin été réellement embarqué par un film de Paweł Pawlikowski. Les deux autres longs métrages que j'ai vus de lui sont les célébrés Ida et Cold War. Deux films intéressants et plutôt beaux, mais avec des défauts qui m'ont empêché d'adhérer complètement à ces propositions de cinéma, trop léchées et artificielles pour prétendre atteindre à la profondeur recherchée par le cinéaste polonais. Dans Fatherland, je me suis pris de plein fouet la force de sa mise en scène, enfin accomplie, et très justement récompensée d'un prix à Cannes.

J'étais assez circonspect quant à l'aspect visuel des deux précédents longs métrages de Paweł Pawlikowski, pourtant loués comme magistraux. La composition des plans me semblait problématique, mal cadrés et académiques, dévitalisés de toute force. Or dans Fatherland, les plans sont magnifiques, la composition des plans est puissante et majestueuse. C'est un film vraiment impressionnant visuellement.

Mais à cette grande maîtrise esthétique, s'ajoute également un fond d'une grande profondeur, puisque Paweł Pawlikowski s'intéresse à la vie du grand écrivain Thomas Mann dans l'Allemagne d'après-guerre, dévastée physiquement et moralement, alors qu'il rencontre des difficultés relationnelles avec son fils et sa fille, magistralement interprétés par August Diehl et Sandra Hüller. L'acteur qui incarne Thomas Mann, Hanns Zischler, réussit même à se hisser à leur hauteur.

Fatherland est donc un film en tous points réussi, à l'esthétique et au propos d'une grande force, et qui en même temps vient questionner notre époque, alors que le fascisme ressurgit partout dans le monde. Si la brièveté de ce film l'empêche de prendre une ampleur considérable, cela lui confère une sécheresse et une efficacité implacables. A l'heure où beaucoup de cinéastes réalisent des films de 2h30, 3h ou plus sans que cela soit justifié, voici un grand film, particulièrement maîtrisé et percutant, qui en 1h22 nous plonge dans le meilleur du cinéma et de la littérature. Une belle réussite.

Dua
6.2
12.

Dua (2026)

1 h 40 min. Sortie : 3 février 2027 (France). Drame

Film de Blerta Basholli

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Un magnifique film sur une jeune adolescente durant la guerre au Kosovo, dans les années 1990. La cinéaste kosovare Blerta Basholli signe un film équilibré, montrant la violence de l'époque avec retenue, sans aucune complaisance, tout en réalisant en même temps un film d'apprentissage pour la jeune Dua, qui a les mêmes rêves que les adolescentes de son âge ailleurs dans le monde. Une très belle réussite. Sélectionné à la Semaine de la Critique lors du Festival de Cannes 2026, Dua a remporté le Prix SACD pour Blerta Basholli et Nicole Borgeat (co-scénariste), et c'est amplement mérité.

Dao
7.3
13.

Dao (2025)

3 h 04 min. Sortie : 29 avril 2026. Drame

Film de Alain Gomis

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Voilà un film intelligent, humain, plein de vie, qui joue avec finesse de la frontière ténue entre documentaire et fiction, avec un fort arrière-plan sociologique, politique et historique, et même quelques judicieuses expérimentations formelles, qui font parfaitement sens. Premier film que je découvre d'Alain Gomis et je ne compte pas m'arrêter là. Seul bémol : Dao est un poil trop long, le cinéaste aurait pu facilement retirer 20 à 30 minutes sans compromettre l'intérêt et l'intégrité du film. Pour le reste, c'est un excellent long métrage.

La Vie d'une femme
6.4
14.

La Vie d'une femme (2026)

1 h 39 min. Sortie : 9 septembre 2026. Comédie dramatique

Film de Charline Bourgeois-Tacquet

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Dans son nouveau film présenté à Cannes en Compétition officielle, la cinéaste Charline Bourgeois-Taquet développe son intention à la suite de ce titre simple et explicite : filmer la vie d'une femme, sans chercher à être exhaustive, mais en donnant un bon aperçu de la condition féminine.

Là où Charline Bourgeois-Tacquet frappe fort, c'est qu'elle ne réalise pas un film mécanique, qui se contenterait de dérouler un programme. Elle réussit à donner vie à des personnages vrais et crédibles, très joliment écrits, grâce à un scénario d'une grande qualité. On le doit aussi, bien sûr, à Léa Drucker, qui incarne l'héroïne de ce film avec un talent fou, mêlant naturel et justesse du jeu à une forme de panache.

Elle joue une chirurgienne expérimentée qui doit gérer 36 000 choses en même temps, palliant les manquement de son entourage : mari, enfants, collègues soignants, associations, ordre des médecins... Son personnage est une femme forte et responsable, une battante sur qui beaucoup de monde se repose. Au point de s'oublier : oublier qui elle est, son corps, ses désirs, sa vie...

En une douzaine de chapitres, Charline Bourgeois-Tacquet dépeint la vie d'une femme ordinaire, victime de la discrimination des hommes et épuisée par une charge mentale insensée. La cinéaste rend compte à la fois du particulier et de l'universel, avec ce très beau portrait de femme, qui questionne nos sociétés toujours beaucoup trop partriarcales, encore en 2026.

La mise en scène a beau être simple, elle est belle et réussie : la réalisatrice française livre un film accompli, très bien monté, photographié et interprété, qui réserve en plus de sympathiques moments d'humour, alternant entre gravité et légèreté de façon équilibrée. Une très belle surprise !

The Mastermind
6.3
15.

The Mastermind (2025)

1 h 50 min. Sortie : 4 février 2026 (France). Drame, Policier

Film de Kelly Reichardt

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Kelly Reichardt poursuit dans sa veine d'un cinéma lo-fi et minimaliste. Après Showing Up, elle continue également à questionner le monde de l'art, à travers cet amateur de peinture qui devient voleur de tableaux, issu d'un milieu très aisé, chose inhabituelle chez la réalisatrice américaine, qui s'intéresse d'habitude aux gens modestes et aux laissés pour compte.

Ce qui est intéressant, c'est que la Kelly Reichardt déjoue les attentes du film de braquage en se plaçant d'un point de vue féminin. James (excellent Josh O'Connor) est un mari et père oisif, tandis que sa femme (tout aussi excellente Alana Haim) bosse dur pour nourrir leur famille, qui comprend aussi deux enfants. James est donc un anti-héros, qui s'improvise cambrioleur machiavélique... à ses risques et péril.

Même si le personnage de sa femme est beaucoup moins présent, on sent qu'elle est nettement plus courageuse et perspicace que son époux, égoïste et inconséquent. C'est peut-être elle d'ailleurs l'héroïne véritable de cette histoire.

Le film est très drôle, par une multitude de détails bien vus et décalés, avec parfois des séquences qui font rire aux éclats. Même si dans l'ensemble il s'agit d'un long métrage sobre et simple, tout en finesse et en sous-entendus.

Si l'on ajoute à cela une musique jazzy très cool et entraînante, et une belle photographie numérique qui ressemble à de l'argentique, de beaux plans urbains ou d'une Amérique plus rurale, on obtient un film très sympathique, qui se regarde avec beaucoup de plaisir, pour peu qu'on ne soit pas allergique à son rythme lent.

N'oublions pas non plus l'arrière-plan politique et social des années 1970 aux États-Unis, sous Nixon, qui fait directement écho à l'Amérique de Trump. The Mastermind n'est donc pas juste un film amusant, c'est aussi une oeuvre qui provoque la réflexion, mine de rien, et qui comporte plusieurs niveaux de lecture. C'est un film plus profond et plus riche qu'il n'y paraît, une petite pépite cinématographique enthousiasmante.

Orwell: 2+2=5
6.5
16.

Orwell: 2+2=5 (2025)

1 h 59 min. Sortie : 25 février 2026. Portrait, Littérature, Société

Documentaire de Raoul Peck

Arthur Debussy a mis 7/10.

Annotation :

Orwell : 2+2=5 est un documentaire important, surtout à notre époque actuelle, qui montre que George Orwell était un prophète et qu'il avait annoncé notre monde dystopique. Il est donc toujours bon de revenir aux écrits et à la pensée d'Orwell pour mieux appréhender notre époque et résister face au fascisme et au totalitarisme.

En revanche, le film de Raoul Peck ne brille pas par son efficacité. Déjà, il ne convaincra que les déjà convaincus tant le réalisateur confronte la pensée d'Orwell à notre monde d'aujourd'hui sans creuser la situation que nous vivons. Et son film est long, très long... En 2 heures il se répète beaucoup, il aurait pu supprimer au moins 30 minutes.

Malgré tout, il est louable qu'un tel film existe. A minima, il redonnera de l'énergie aux démocrates et aux humanistes pour lutter. Et il fait office d'avertissement : on ne peut pas rester immobiles et laisser faire, sinon ce sont les forces actives du fascisme qui vont l'emporter. Il est donc plus que temps de s'engager.

Woman and Child
6.8
17.

Woman and Child (2025)

Zan va bache

2 h 11 min. Sortie : 25 février 2026 (France). Drame

Film de Saeed Roustaee

Arthur Debussy a mis 7/10.

Annotation :

Saeed Roustaee livre encore une fois un film coup de poing. Il confirme après Leila et ses frères qu'il est loin d'être uniquement un réalisateur de films d'action. C'est avant tout un chroniqueur de deux entités complémentaires à deux échelles différentes : la famille et la société (iraniennes). Les deux sont intrinsèquement liées, Roustaee nous en fait la démonstration.

Mais avant tout, Woman and Child est une dénonciation de la masculinité toxique en Iran. Le film commence avec une légèreté trompeuse. Progressivement, d'événements en événements, toujours plus tragiques, il devient un thriller et un drame social bouleversant.

On retient son souffle pendant longtemps, le suspense étant insoutenable et le scénario tortueux à souhait, dépeignant un Iran où l'homme écrase femmes et enfants, au sens propre comme figuré. Les institutions, quant à elles, paraissent complètement dépassées, qu'il s'agisse de l'école ou de la justice...

Mais surtout, cette société est malade d'un patriarcat hypocrite et néfaste qui détruit les familles et les vies des Iraniens et des Iraniennes. Dommage qu'une fois de plus Roustaee se perde dans des tunnels de dialogues à n'en plus finir. Car pour le reste, il est toujours un brillant scénariste et directeurs d'acteurs.

Si ce film a fait polémique à Cannes, Roustaee étant accusé de collusion avec le régime des Mollahs, le résultat montre plutôt l'inverse : une fois de plus, avec ce film le cinéaste iranien signe une charge au vitriol contre la société et les institutions de son pays... et donc contre son régime.

Quelques mots d'amour
7
18.

Quelques mots d'amour (2026)

1 h 37 min. Sortie : 28 octobre 2026. Comédie dramatique

Film de Rudi Rosenberg

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Quelques mots d'amour fait partie de ces pépites cannoises, ces petits films qui se révèlent être de très bonnes surprises inattendues (du moins pour moi, qui n'avait presque pas entendu parler de ce long métrage avant de le découvrir).

Rudi Rosenberg tisse la trame d'une comédie dramatique familiale, autour d'une mère (formidable Hafzia Herzi) dont la fille aînée veut à tout prix rencontrer son père qu'elle n'a jamais connu, séparé de sa mère quand elle était très jeune. Le cinéaste parvient à rendre cette histoire vraiment émouvante, nous faisant écraser quelques larmes à plusieurs reprises. Mais en plus les dialogues et les situations sont régulièrement très drôles !

Le film est porté par d'excellents acteurs et actrices, notamment les plus jeunes, enfants et adolescents. Quelques mots d'amour est à la fois un film sentimental, qui s'attarde sur les relations entre parents et enfants, mais c'est également une œuvre sociale, qui montre les difficultés quotidiennes des populations défavorisées.

Et puis la toute fin vient nous toucher en plein cœur, confirmant l'excellence de ce long métrage modeste mais fort réussi, à la fois d'une grande fraîcheur et d'une grande spontanéité, mais aussi plus profond qu'il n'en a l'air.

Le Mage du Kremlin
5.9
19.

Le Mage du Kremlin (2025)

2 h 25 min. Sortie : 21 janvier 2026. Drame, Historique, Thriller

Film de Olivier Assayas

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Je n'ai pas lu le livre de Giuliano da Empoli, donc je serais bien en peine de savoir si cette adaptation est fidèle. Toujours est-il que le film d'Olivier Assayas est très intéressant, même s'il est loin d'être parfait. La mise en scène, quoique ample et ambitieuse, est impersonnelle et n'est pas des plus mémorables.

Mais le récit est bien mené, à un rythme trépidant, suffisamment pour nous tenir en haleine pendant 2h30. Il fallait bien ce temps-là pour balayer les 30 dernières années en Russie, qui ont vu l'URSS s'effondrer puis l'ascension fulgurante du nouveau tsar Vladimir Poutine, jusqu'à 2022 et l'invasion russe de l'Ukraine à grande échelle, qui n'est pas traitée dans ce long métrage, l'intrigue s'arrêtant vers 2020-2021.

Aidé d'Emmanuel Carrère au scénario, Olivier Assayas réussit à brosser un portrait saisissant de la Russie et de certains de ses protagonistes les plus puissants, qui ont conduit à l'autodestruction de ce pays dans une guerre absurde, qui a déstabilisé le monde entier. Le film montre bien comment Poutine a été sous-estimé. Les oligarques pensaient qu'il serait un homme de paille facilement manipulable, or tout comme Hitler en son temps, leur créature leur a échappé, donnant naissance à un monstre que rien ne semble pouvoir arrêter...

Dans le même temps, Poutine semble bien dérisoire, c'est un opportuniste qui a été au bon endroit au bon moment, porté dans son ascension par toute une clique d'arrivistes, dont ce fameux "mage", Vadim Baranov (énigmatique Paul Dano), personnage fictif inspiré de Vladislav Sourkov, qui l'a conseillé pour soigner son image et bâtir son idéologie ultra nationaliste et impérialiste.

Il semble que dans son roman, Giuliano da Empoli se place du point de vue de Baranov, laissant au lecteur le soin de distinguer le vrai du faux. Assayas et Carrère ont repris ce principe, et le film peut parfois sembler fasciné par Baranov (nettement moins par Poutine). Mais le personnage de Ksenia, sa compagne, y est davantage développé que dans le livre et sert de contrepoint explicite, comme si elle était sa (mauvaise) conscience.

Pour tous ceux qui s'intéressent à notre monde actuel, Le Mage du Kremlin est un film passionnant et éclairant, qui nous permet de mieux comprendre comment on en est arrivé à la guerre en Ukraine, et ce qui se passe dans la tête de Vladimir Poutine, joué par un Jude Law convaincant.

Mister Nobody contre Poutine
7
20.

Mister Nobody contre Poutine (2025)

Mr. Nobody Against Putin

1 h 29 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Politique, Société

Documentaire de David Borenstein et Pavel Ilyich Talankin

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Un excellent documentaire, qui montre la Russie de ces dernières années de l'intérieur, grâce à un vidéaste russe qui a filmé l'endoctrinement et la militarisation progressive de son établissement scolaire, à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. C'est terrifiant de voir à quel point la propagande de Poutine s'est infiltrée partout et corrompt la société russe, les familles et les individus, dès leurs plus jeune âge... Quelques citoyens et citoyennes tentent de résister, mais ils sont bien seules face à une majorité de Russes qui soutiennent Poutine et sa politique dictatoriale et sanguinaire...
A noter que ce documentaire est disponible gratuitement sur Arte ici :
https://www.arte.tv/fr/videos/116712-000-A/mister-nobody-contre-poutine/

Juste une illusion
6.7
21.

Juste une illusion (2026)

1 h 56 min. Sortie : 15 avril 2026. Comédie dramatique

Film de Eric Toledano et Olivier Nakache

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Une comédie très sympathique, qui joue un peu trop la carte du fan service rétro, mais qui se révèle bien vite attachante et très drôle, portée par un excellent casting. Juste une illusion figure clairement dans le haut du panier de la filmographie de Nakache et Toledano, ce qui n'est pas rien.

Adieu monde cruel
6.5
22.

Adieu monde cruel (2026)

1 h 33 min. Sortie : 9 septembre 2026. Drame, Romance

Film de Félix de Givry

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Dès le générique de début, nous sommes happés par l’univers doux, sombre et mélancolique de ce long métrage. Félix de Givry livre un bel hommage, vivant et actuel, à la Nouvelle Vague et à son héritage, de François Truffaut à Jacques Demy en passant par Agnès Varda. Le thème central est celui du harcèlement scolaire, qui imprègne tout le film et son personnage principal, Otto Vidal (excellent Milo Machado-Graner).

Mais il est question également de fuite de la société, de disparition et d’errance, tout comme dans les grands films de la Nouvelle Vague. Adieu monde cruel est un beau film, très simple, au scénario limpide.

Il est serti dans une esthétique magnifique, entre la photographie en pellicule avec un très beau grain, épais, faisant la part belle à l’obscurité dans des plans qui évoquent la psyché tourmentée du jeune héros, et une musique ample et romantique, qui nous serre le cœur. Voilà un très joli premier film.

Bouchra
7.1
23.

Bouchra (2025)

1 h 22 min. Sortie : 3 juin 2026 (France). Animation, Portrait

Documentaire d'animation de Orian Barki et Meriem Bennani

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Bouchra est un véritable OVNI cinématographique. Visuellement, ce film est étonnant et singulier : c'est du jamais vu. Les personnages sont des animaux anthropomorphes, filmés en 3D dans des environnements mêlant rotoscopie (prises de vues réelles transformées en animation) et images de synthèse.

A l'image du personnage principal, Bouchra, ce film est multiple par ses influences culturelles et esthétiques. Bouchra est une jeune femme queer d'origine marocaine, qui vit et travaille à New York. Le long métrage alterne donc les dialogues en arabe, en anglais et en français. La musique, elle, signée entre autres par Flavien Berger, est d'inspiration arabe, mêlant musique traditionnelle et électro, avec beaucoup d'énergie.

Par ailleurs, le film est autobiographique et introspectif, Bouchra étant l'alter ego de la co-réalisatrice Meriem Bennani, artiste pluridisciplinaire elle aussi marocaine. Bouchra se remémore lorsqu'elle a fait son coming out à ses parents, et échange régulièrement avec sa mère aussi bien pour renouer le lien malgré la distance (ses parents vivent à Casablanca) que pour alimenter la trame du film sur lequel elle travaille, dans une belle et multiple mise en abîme.

Bouchra est ainsi un long métrage qui joue avec la frontière entre documentaire et fiction, même s'il penche davantage du côté fictif, un peu comme une autofiction, pour citer un autre cinéaste queer, à savoir Pedro Almodóvar.

Le duo de cinéastes Orian Barki et Meriem Bennani parvient à livrer une vraie proposition de cinéma, hautement intéressante. Dommage que le récit s'enlise un peu dans la deuxième partie, pour autant c'est un film vraiment stimulant et fascinant, dont j'ai entendu parler par un ami et le bouche à oreille, et qui mériterait de faire davantage parler de lui. Une belle surprise.

In Waves
7.3
24.

In Waves (2026)

1 h 31 min. Sortie : 1 juillet 2026. Animation, Drame, Romance

Long-métrage d'animation de Phuong Mai Nguyen

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

In Waves est un film beau et bouleversant. Là où le bât blesse, c'est que la narration est très "à l'américaine" et attendue. Et que l'esthétique luxuriante veut trop nous en mettre plein la vue. C'est comme si la réalisatrice Phuong Mai Nguyen mettait le paquet sur les textures visuelles, et moins sur la poésie et l'inventivité des dessins et de l'animation... j'ai donc été un peu déçu par ce film, même s'il m'a quand même plu et ému. Finalement, les passages que j'ai le plus aimés sont ceux - en 2D - de la légende hawaïenne, qui étaient vraiment magnifiques. Pour autant, In Waves est un bon film, allez le voir !

Father Mother Sister Brother
5.7
25.

Father Mother Sister Brother (2025)

1 h 50 min. Sortie : 7 janvier 2026 (France). Comédie dramatique, Sketches

Film de Jim Jarmusch

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film de Jim Jarmusch, qui plus est parmi ses récents. J'ai vu peu de films de lui à vrai dire, et je connais surtout ceux qu'il a réalisés dans les années 1980-1990. Father Mother Sister Brother bénéficiait de bons échos dans mon entourage et d'une bonne presse, et puis il a quand même gagné le Lion d'Or à la Mostra de Venise, autant d'arguments pour m'inciter à le voir.

Et j'ai bien apprécié ce film. Autant le dire tout de suite, c'est un long métrage mineur. A ce titre, je suis surpris qu'il ait gagné la récompense suprême à Venise, j'espère qu'il y avait quand même des films plus ambitieux et plus réussis.

Toutefois, là où ce film à sketchs marque des points, c'est dans sa finesse et dans la façon douce-amère avec laquelle il retranscrit les relations familiales. Jarmusch nous montre des familles dysfonctionnelles, surtout du fait de parents absents, hypocrites ou misanthropes... Avec trois segments nettement différents mais comportant certains points communs (on s'amuse à tenter de déceler les similitudes), le cinéaste américain brosse différentes situations, dans trois pays : les États-Unis, l'Irlande et la France.

Le dernier segment, qui se déroule à Paris, est le plus chaleureux et le plus humain. Après deux premiers segments montrant un père puis une mère très défaillants, ça fait du bien de suivre une fratrie soudée, avec de vrais sentiments humains. Et puis Paris est magnifiquement filmée par Jarmusch, même si on n'en voit qu'une toute petite partie, principalement à travers des trajets en voiture.

Au total, je pense qu'il faut raison garder et ne pas avoir des attentes démesurées envers ce film, qu'il serait bien en peine de satisfaire. Mais si on le prend pour ce qu'il est, à savoir un film fin et délicat sur les relations familiales, on peut passer un bon moment en le regardant, aussi bien par son esthétique travaillée que par son propos, qui nous amène à réfléchir sur nos propres liens avec notre famille et nos proches.

La Vénus électrique
6.6
26.

La Vénus électrique (2026)

2 h 03 min. Sortie : 12 mai 2026. Comédie romantique

Film de Pierre Salvadori

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Premier film que je découvre de Pierre Salvadori. Il paraît que ce n'est pas son meilleur, et de fait c'est un long métrage assez bancal, avec de belles qualités mais aussi de vrais défauts.

Je salue le scénario amusant et touchant, l'écriture des personnages qui sont très beaux, avec une psychologie complexe et une personnalité attachante. Et l'aspect visuel est très réussi. La direction artistique fait la part belle au monde du cirque et des forains, ou encore au monde des artistes (-peintres), en nous offrant des décors, des objets et des images aux couleurs magnifiques et chatoyantes.

Côté bémols, tout d'abord la direction des acteurs est assez mauvaise : les comédiens du films ne jouent pas bien et sont assez peu crédibles, sauf peut-être Gilles Lellouche (ce qui m'a positivement surpris) ou dans une moindre mesure Pio Marmaï, dont j'apprécie beaucoup le personnage. Anaïs Demoustier joue Anaïs Demoustier, mais on lui pardonne volontiers. C'est surtout Vimala Pons, dont j'ai beaucoup entendu parler en bien et que je découvre pour la première fois dans un film, qui m'a déçu. Son jeu est terne et plat, mais je pense que ça vient aussi du fait que son rôle est moins bien écrit, d'autant que son ostensible perruque blonde n'aide pas à la rendre crédible...

Malgré tout, La Vénus électrique est un film éminemment sympathique, dont la fraîcheur est réjouissante. En cela, sans être parfait, loin de là, c'est un bon film d'ouverture pour le Festival de Cannes : un long métrage fédérateur et enjoué, soit une bonne entrée en la matière. On reste un peu sur notre faim, mais on n'a qu'une hâte : se plonger entièrement dans ces deux semaines de folie consacrées au cinéma.

Laguna
6.7
27.

Laguna (2025)

1 h 42 min. Sortie : 14 janvier 2026. Portrait

Documentaire de Sharunas Bartas

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Mon expérience avec le cinéma de Sharunas Bartas est particulière. Grand (et récent) admirateur du cinéma documentaire poétique balte, dont le cinéaste lituanien est l'un des illustres représentants des années 1990 à aujourd'hui, j'ai découvert sa filmographie il y a quelques jours seulement par le tout début, son film de fin d'études En souvenir des jours passés, puis par sa toute fin, son dernier film Laguna, sorti en janvier 2026 en France. Clairement, j'aborde ce long métrage en complet néophyte. Néanmoins, j'ai quelques repères esthétiques et biographiques qui me permettent de l'appréhender un minimum.

Film documentaire autobiographique, Laguna est une œuvre mausolée érigée par Sharunas Bartas en mémoire de sa fille aînée défunte, Ina Marija Bartaitė, décédée bien trop jeune, à 24 ans, d'un accident de la route due à un chauffard. Cet événement a dévasté le cinéaste lituanien, qui a décidé de partir sur les traces de sa fille, au Mexique, un pays qu'elle a tant aimé, avec son autre fille, la jeune Una Marija, qui doit avoir 8-10 ans.

On suit donc ce père et sa fille aux abords de la jungle mexicaine, tour à tour dans la forêt, dans leur petite cabane ou sur leur pirogue, navigant dans la mangrove. Non croyant, Sharunas Bartas livre comme un film-prière, une prière laïque, où il tente de retrouver goût à la vie en se souvenant de sa fille, en s'immergeant dans cette nature sauvage, et en côtoyant son autre fille Una, qui porte un regard émerveillé et juvénile sur les choses de ce monde.

Toutefois, la tristesse est très présente, aussi bien chez le père et la fille, et il leur est bien difficile de tourner la page. Sharunas Bartas filme le cycle de la vie, des tortues qui viennent mettre au monde leurs petits, dans des séquences étonnantes, ou des tortues mortes. Ou encore, du côté des humains, des rites funéraires mexicains d'une grande beauté, où l'on voit un jeune homme chanter dans un cimetière, auprès de tombes recouvertes de bougies. Et Sharunas et sa fille se recueillir dans une petite église, tentant de se raccorder à un rite plurimillénaire pour mieux faire leur travail de deuil.

C'est un film assez spécial, à la fois très beau et très triste, plein de vie et un peu morbide, d'une certaine poésie, tout en étant parfois un peu gênant, tant on l'impression de s'immiscer dans l'intimité de Sharunas Bartas et de sa fille, même si la caméra du cinéaste est toujours pudique. Cela dit, Laguna est quand même une belle oeuvre, le cinéaste lituan

Marty Supreme
6.9
28.

Marty Supreme (2025)

2 h 29 min. Sortie : 18 février 2026 (France). Drame, Biopic, Sport

Film de Josh Safdie

Arthur Debussy a mis 6/10.

Annotation :

Un film entouré d'une hype invraisemblable, construite autour d'un plan marketing machiavélique. Autant dire que les attentes envers ce long métrage de bon nombre de personnes sont très élevées, ce qui était aussi mon cas. Comme je m'y attendais, le film remplit en partie ses promesses, mais pas tout à fait.

Marty Supreme n'est clairement pas un chef-d’œuvre absolu. C'est un bon film bourré d'énergie, à la fois galvanisant et fatiguant, avec un anti-héros égoïste et très sûr de lui-même qui recherche la gloire à travers le tennis de table, sport regardé de haut dans les Etats-Unis des années 1950. En fait, Marty Supreme est un film méta sur l'ambition : celle du personnage principal Marty Mauser, mais aussi celle du réalisateur Josh Safdie, qui livre un film maximaliste qui veut en mettre plein la vue, et l'ambition évidente de Timothée Chalamet, qui se livre corps et âme dans son rôle frénétique pour obtenir son Oscar.

Josh Safdie se place dans le sillage de réalisateurs new-yorkais tels que Martin Scorsese ou Abel Ferrara, qui fait une apparition mémorable ici. On retrouve donc la traditionnelle ascension puis chute du personnage principal, au point que le long métrage, même s’il est parcouru de péripéties WTF, suit un parcours assez attendu. Et puis la somptueuse BO de Daniel Lopatin, artiste de musique électro plus connu sous le pseudo d’Oneohtrix Point Never, donne le ton : dans un style synthétique façon années 1980, elle colle à cette trajectoire de golden boy tout droit sorti des films américains des années 80-90.

Le frangin Safdie revisite le rêve américain, et semble encore y croire. De notre côté, quand on regarde l’Amérique trumpiste de 2026 et quand on voit comment le mode de vie américain a perdu de sa superbe, on peut être plus que dubitatif… Sur le fond, je n’ai donc pas accroché outre mesure à ce long métrage prétentieux et puéril, avec des relents quelque peu sexistes.

Pour autant, j’ai été happé par cette histoire mouvementée et tout de même bien divertissante. Et même si je n’ai jamais été fan de Timothée Chalamet, je reconnais que là il fait (bien) le job, avec un personnage à la fois horripilant et attachant. De là à remporter un Oscar, pourquoi pas, mais ce n’est pas non plus la « performance » du siècle. Un peu trop too much et artificielle à mon goût, à l’image de ce film qui est inoubliable visuellement (magnifique photographie en 70 mm de Darius Khondji) et auditivement, mais qui ne marque pas durablement, du fait de la prof

Jim Queen
7.5
29.

Jim Queen (2026)

1 h 25 min. Sortie : 17 juin 2026. Animation, Comédie, Fantastique

Long-métrage d'animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Jim Queen est un film très fun et totalement délirant sur l'univers queer, notamment gay. Le scénario et l'esthétique du film sont très imaginatifs, même si l'intrigue comporte quelques passages obligés un peu trop attendus. Et parfois c'est quand même assez trash, donc si j'ai bien aimé dans l'ensemble, je n'ai pas adhéré à tout. A contrario, certains passages sont touchants, même si un des revers du film est que sa dérision constante l'empêche de nous émouvoir complètement. Après, les réalisateurs Nicolas Athané et Marco Nguyen affichent clairement leur ambition : réaliser un film ultra divertissant, bourré de clins d'œil et de références réjouissantes. Et leur pari est réussi : c'est un film qui plaira aussi bien aux néophytes qu'aux connaisseurs, ce qui n'est pas si facile. Bien joué !

Dry Leaf
7.2
30.

Dry Leaf (2025)

Khmeli potoli

3 h 06 min. Sortie : 8 juillet 2026 (France). Comédie dramatique

Film de Alexandre Koberidze

Arthur Debussy a mis 5/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Un film très décevant, qui nous fait endurer 3 longues heures d'ennui et de quasi néant artistique... Alexandre Koberidze part de deux bonnes idées : un scénario intriguant et une image originale, filmée avec un vieux téléphone portable et donc pixelisée. Mais il n'en fait rien... Son scénario est minimal au possible... et il ne nous récompensera même pas à la fin. Malgré tout, le film peut compter sur une très belle musique de Giorgi Koberidze, le frère du cinéaste, et l'image est de temps en temps appréciable, grâce à des cadrages maîtrisés. Mais pour le reste, sans que ce soit radicalement mauvais, c'est très moyen. Je ne comprends donc pas les louages démesurées envers ce film entendues par exemple chez Les Cahiers du Cinéma et Critikat, on est sur de la bonne supercherie et de la posture bien snob...