Beaucoup d’humour (noir), peu de réflexion…

Première grosse déception de l'année. Je pensais que Park Chan-wook s'était un peu calmé et qu'il était enfin arrivé à une maturité artistique pleine de promesses de bons, voire de grands films à venir, après un « Decision to leave » magistral, que j'avais beaucoup aimé. Il n'en est rien. Le cinéaste coréen retombe dans ses travers et nous livre un film boursouflé et grand-guignolesque avec « Aucun autre choix ». La satire virulente contre le capitalisme, poussant les travailleurs à lutter les uns contre les autres plutôt qu'à s'allier, et détruisant les vies humaines, les villes et la nature, part d'une bonne intention. Mais le traitement est beaucoup trop outré pour convaincre. Park Chan-wook ne sait jamais sur quel pied danser, entre film politique et social (ce qu'il n'est pas assez), comédie délirante à l'humour noir, ou chronique d'une famille dysfonctionnelle, sujet récurrent dans le cinéma coréen.


Certes, le réalisateur prend le temps de montrer à quel point la quête de Man-soo (impeccable Lee Byung-hun) est insensée et dérisoire. Ce dernier, licencié d’une entreprise qui fabrique du papier, tente de postuler pour une entreprise concurrente. Problème : il y a déjà plusieurs candidats très expérimentés en lice. Man-soo décide donc de les éliminer un à un pour obtenir le poste. « Aucun autre choix » va suivre l’anti-héros dans ses différentes tentatives, et l’on va vite se rendre compte qu’il est un bien piètre assassin. D’autant que ses victimes lui ressemblent beaucoup par leur situation personnelle et sociale, c’est donc terriblement ironique de le voir tuer ses semblables alors qu’ils pourraient ensemble trouver un moyen de gagner leur vie de façon honnête, décente, en mettant en œuvre leurs qualités et leurs compétences. Bien sûr, c’est un moyen pour Park Chan-wook de montrer à quel point le capitalisme dévore les travailleurs, dans une Corée du Sud où la société et le monde économique sont particulièrement violents et sans pitié.


Mais pour cela, le cinéaste passe par plein de circonvolutions et appuie le propos sans grande subtilité, alors qu’on comprend très rapidement les enjeux. Ainsi, le film s'enlise dans des longueurs rédhibitoires et épuisantes, Park Chan-wook se perdant dans des sous-intrigues sans grand intérêt. Aucun autre choix souffre d'un manque criant d'efficacité, il y a au moins 30-45 minutes, voire même 1h en trop sur les 2h20 que dure le long métrage. Et ce qui est décevant, c’est que le réalisateur ne développe pas outre mesure son propos. Il préfère passer du temps sur des scènes tragi-comiques drôles et improbables plutôt que de développer une réflexion qui amènerait ses concitoyens à remettre en cause le système économique en place. Oui, il montre un homme et sa famille déclassés, qui risquent de tout perdre, mais il s’attarde sur des conséquences fantasques plutôt que de réfléchir aux causes et à comment y remédier.


Alors certes, le film est souvent drôle, ce qui fait qu'il est divertissant, mais il est beaucoup trop long pour ce qu'il a à dire, si bien que la séance m'a été pénible, ne voyant pas ou le cinéaste coréen voulait en venir, d'autant que sa mise en scène kitsch n'aide pas à savourer le temps qui passe... Les mouvements de caméra sont particulièrement voyants et grossiers, et la photographie, virant sur le rose à plusieurs reprises, avec des effets visuels outranciers, est à l’opposé de la finesse de celle de « Decision to leave ». Bref, « Aucun autre choix » est un gros plantage qui me fait relativiser l'engouement que j'avais éprouvé pour le cinéma de Park Chan-wook après avoir découvert ces dernières années les deux pépites que sont « JSA » et « Decision to leave ». Deux grands films qui surnagent dans une filmographie très inégale...


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ArthurDebussy
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le 9 févr. 2026

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Arthur Debussy

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