Cover Les meilleurs films de David Lynch

Les meilleurs films de David Lynch selon Marius Jouanny

Liste de 9 films créée il y a presque 11 ans · modifiée il y a 5 jours
Twin Peaks - Les 7 derniers jours de Laura Palmer
7.6
1.

Twin Peaks - Les 7 derniers jours de Laura Palmer (1992)

Twin Peaks: Fire Walk with Me

2 h 15 min. Sortie : 3 juin 1992. Policier, Drame, Fantastique

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Relatant les prémices de la série, autrement dit les derniers jours de Laura Palmer avant qu’elle ne se fasse assassiner, cette déclinaison de l’univers de Twin Peaks en long-métrage synthétise toutes les qualités de sa version initiale sur petit écran, sans les défauts. C’est bien simple : Lynch est aux commandes de bout en bout, et accouche d’une œuvre métaphysique, terriblement émouvante et dont l’abstraction est rarement insensée, bien au contraire. Jusque-là, je reprochais aux films surréalistes de Lynch comme « Eraserhead » et « Blue Velvet » un éparpillement narratif et un rythme parfois grippé qui les empêchaient de déployer tout leur potentiel. Grâce à son passage à la télévision, Lynch a acquis une rigueur d’écriture qui donne un sens profond à ses délires visuels et qui lui permet surtout de garder une ligne d’horizon tangible.

Résultat : « Twin Peaks : Fire walk with me » fascine à chaque seconde, prend son temps d’installer les enjeux sans pour autant jamais décélérer un rythme et une narration proche de la perfection. Le film renvoie évidemment aux personnages et événements de la série, de telle manière qu’il ne faut surtout pas le voir en premier. Sorte de note d’intentions de la série, ces deux heures permettent au cinéaste de déambuler le plus loin possible dans ses expérimentations visuelles, sans jamais perdre le spectateur. La folie incestueuse de Leland, son alter-ego maléfique, les apparitions réjouissantes de l’agent Cooper et David Bowie en début de métrage, et puis surtout l’ambiguïté foudroyante de Laura Palmer, et son regard qui fait l’effet d’une abîme sans fond… Tant de scènes et de personnages marquent au fer rouge ! Lynch accomplit ici plus de tours de force en deux heures qu’en trente épisodes de quarante-cinq minutes, et accouche d’un aboutissement cinématographique admirable, qui laisse sans voix.

Elephant Man
8
2.

Elephant Man (1980)

The Elephant Man

2 h 04 min. Sortie : 8 avril 1981 (France). Biopic, Drame

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Avec "Dumbo", l'un des meilleurs films que j'ai pu voir sur l'altérité, l'acceptation de l'autre. Avec son noir et blanc picturalement maîtrisé, sa bande-son grandiose, ses performances d'acteurs remarquables et ses moments de purs poésie, "Elephant Man" s'impose comme un film majeur de David Lynch.

Il questionne notre rapport à l'individu, et même à la mort, avec une grande justesse, et surtout avec force d'émotions. La fin est dans cette optique sidérante.

Sailor & Lula
7.2
3.

Sailor & Lula (1990)

Wild at Heart

2 h 05 min. Sortie : 24 octobre 1990 (France). Road movie, Romance, Film noir

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Ce second visionnage de "Wild at Heart" me conforte dans ma position. Définitivement, je n'ai pas les mêmes goûts que tout le monde concernant Lynch. Je trouve l'ardeur cinématographique de celui-ci ébouriffante et délectable. Mélangeant sans la moindre hésitation le registre du conte avec une esthétique saturée de couleurs et d'effets parfois proche du ridicule, il assume complètement l'excentricité et la violence de son univers pour proposer un road-movie en roue libre, porté par cet irrésistible couple Nicolas Cage/Laura Dern. La folie et l'aspect malsain de l'environnement est amené par petites touches, mais au fond ce qui compte c'est bien la relation qui les lie, fusionnelle et adolescente, mais paradoxalement très mature. M'est avis qu'on a affaire à la plus belle histoire d'amour de tout le cinéma de Lynch.

Blue Velvet
7.5
4.

Blue Velvet (1986)

2 h. Sortie : 21 janvier 1987 (France). Drame, Thriller, Film noir

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Qu'il est difficile de parler d'un film comme "Blue Velvet" ! Son intrigue, sa mise en scène et ses personnages sont nettement moins opaques que "Eraserhead", mais Lynch a encore une fois cette volonté de mystifier sa démarche filmique pour la rendre troublante, difficilement interprétable (la fin dans cette optique est vraiment très étrange, d'ailleurs). Techniquement, la couleur est d'ailleurs lourde de sens, là ou le noir et blanc l'est tout autant pour un "Elephant Man". Certaines scènes sont éblouissantes d'inventivité, souvent portés par une bande-son de choix et des partis-pris visuels, effets de transitions et de montages audacieux. Deux nouveaux thèmes lynchien font d'ailleurs leur première apparition dans ce "Blue Velvet". La violence tout d'abord, même s'il la traitera bien plus frontalement dans "Sailor et Lula". La tension sexuelle et pulsionnelle ensuite, générée ici par la pulpeuse Isabella Rossellini : l'aspect le plus intéressant du film, sans aucun doute.

Mais pour ce qui est de l'interprétation générale des acteurs, du vecteur émotionnel du film, on reste au stade embryonnaire : "Blue Velvet" fascine, mais ne se transcende pas. Il reste un objet filmique passionnant, bien orchestré, mais un exercice de style encore bien perfectible. Dans sa veine mystérieuse et fascinante, Lynch me surprendra certainement plus avec "Lost Highway" et "Mulholland Drive". J'ai hâte.

Lost Highway
7.7
5.

Lost Highway (1997)

2 h 14 min. Sortie : 15 janvier 1997. Drame, Thriller, Film noir

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 8/10.

Annotation :

Alors là, je suis vraiment embêté pour juger ce film. Des fulgurances avec "Lost Highway", Lynch en a à revendre : son exercice fascinatoire trouve dans certaines scènes un paroxysme dépassant quasiment tout le reste de sa filmographie, même les sommets de "Twin Peaks : Fire Walk with me". C'est noir, crade, défriche avec préciosité le potentiel pictural du cinéma tout entier... Seulement, j'ai rien compris au film. Même dans ses métrages les plus obscurs ("Eraserhead", et le film Twin Peaks cité plus haut) on peut se raccrocher à quelques indices, quelques éléments narratifs parsemés permettant d'atteindre l'essentiel de la signification du film sans verser dans la surinterprétation ou le retournage de cervelle absolu. Ici, la division du film en deux parties distinctes, les jeux d'échos entre certains endroits marquants du film, les dualité de personnages, puis surtout cette mystérieuse dégénérescence physique... sont des bribes trop glissantes pour faire naître une émotion continue. Cela manque clairement de liant, et c'est dommage tellement Lynch est à deux doigts de pondre un chef-d'oeuvre absolu. Reste quelques instants de pure foudre cinématographique, comme cette plongée dans l'obscurité d'un couloir d'appartement : une obscurité qui enveloppe pour le coup tout le film. Inutile de dire qu'un revisionnage s'impose pour ma pomme.

Une histoire vraie
7.4
6.

Une histoire vraie (1999)

The Straight Story

1 h 52 min. Sortie : 3 novembre 1999 (France). Drame, Road movie

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 7/10.

Mulholland Drive
7.7
7.

Mulholland Drive (2001)

Mulholland Dr.

2 h 26 min. Sortie : 21 novembre 2001 (France). Drame, Thriller, Romance

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Loin de moi l’idée de vouloir profaner l’un des monuments cinématographiques de ces dernières décennies pour tout bon cinéphile qui se respecte, mais « Mulholland Drive », décrit par tous comme le firmament du cinéma de Lynch, est à mon sens surtout celui qui concentre le plus son maniérisme dissonant qui embrume la narration comme la réflexion. Certes, un tel film nécessite un lâcher-prise sur ce qu’il représente pour une appréciation avant tout émotionnelle, et c’est pour cela que tout comme « Lost Higwhay », il me faudra plusieurs visionnages pour m’en faire un avis définitif. Pour l’instant, je reste frustré par la capacité du cinéaste ici à développer ses thèmes habituels, pour le coup tous réunis en un seul film (le sexe, l’onirisme, la dégénérescence perceptive, l’humour étrange, l’impression diffuse du mal…), et ses mimiques visuels comme narratifs (le coup de téléphone mystérieux, les rideaux rouge, le nain troublant, les intérieurs sombres…) sans que tout cela m’accroche physiquement, car un tel étalage est tout de même foutrement digressif.

Le projet était au départ celui d’une série télévisée : sa manière de décliner les pistes narratives et les situations avec différents personnages pour établir des parallèles entre eux auraient effectivement mieux convenus à ce format. En l’état, le sommet esthétique de Lynch reste pour moi « Lost Highway », son sommet émotionnel et intimiste le très sous-estimé « Twin Peaks : Fire Walk with me », et entre les deux une multitude de films qui développent particulièrement certains thèmes lynchiens (le désir dans « Blue Velvet », le sexe dans « Sailor et Lula », etc.) tandis que « Mulholland Drive » mêle tout cela en ne trouvant de cohérence propre que dans sa déréalisation continuelle, où les personnages changent d’acteurs en court de métrage, pour signifier le passage du rêve à la réalité (ou l’inverse ?), où leurs dilemmes existentiels amène à la dissolution de leur propre identité, dans un mouvement en roue libre qui ne trouve pas de prise salvatrice. On peut trouver une foule de qualité au film, à commencer par son excellente bande-son, mais en polissant et perfectionnant la dimension visuelle de son cinéma, David Lynch en oublie la portée et la force du récit quand il explicite les rapports humains pour mieux les déconstruire (l’exemple du père de Laura Palmer dans « Twin Peaks » en est l’exemple le plus frappant). Ici, Lynch n’explicite rien, et perd ainsi en pouvoir d’évocation.

Eraserhead
7.1
8.

Eraserhead (1977)

1 h 29 min. Sortie : 17 décembre 1980 (France). Épouvante-Horreur, Fantastique, Expérimental

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Un film austèrement hallucinant. Pour un premier film, David Lynch fait fort : sans musique, en noir et blanc, procédant avec une unité de lieu angoissante, il fait d'Eraserhead une expérience filmique dérangeante et obscure, d'une lenteur cadavérique et d'une inventivité visuelle remarquable. Cette chair en décomposition, qui suinte de partout, ce radiateur qui cache un monde à lui tout seul, ce nouveau-né monstrueux... Lynch décrit toute la névrose de la condition sociale, de la sexualité à grand renfort d'images torturés et éprouvantes. On en ressort interdit, dans un certain état d'incompréhension et d'ennui indéniable, mais avec la certitude d'avoir assisté une vision du cinéma certes perfectible, mais surtout fascinante et exploratrice.

Dune
6
9.

Dune (1984)

2 h 17 min. Sortie : 6 février 1985 (France). Fantastique, Science-fiction

Film de David Lynch

Marius Jouanny a mis 5/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

On sent bien que Lynch fut dépassé par l'ouvrage qui s'offrait à lui : le travail d'adaptation en un seul film était perdu d'avance. Du coup, le récit avance avec peine, à coup de voix-off, explications continuelles, répétition des mêmes phrases... Les personnages en sont désincarnés, peu marquants pour la plupart. Il réside pourtant un charme indéniable dans l'esthétique du film : c'est tellement kitsch qu'on pense à "Doctor Who". Il y a dans ces monstres, décors, gadgets, l'ambition de créer un univers propre. Si le climax est à moitié raté tellement il manque de suspens, j'en suis sorti tellement halluciné qu'il est difficile de ne pas avoir de la sympathie pour ce film, à travers cette écriture vraiment mal foutue.