Décidément, on n'est entourés que de faux

Knock off n'a de sens dans la carrière de Tsui Hark qu'en le considérant comme un métrage de milieu de trilogie. Il faut en effet avoir vu la première escapade du réalisateur hong-kongais en Amérique, Double Team, et son retour en terres natales, Time and Tide, pour mesurer toute l'étendue du bras d'honneur qu'il a lancé au système hollywoodien, voir au cinéma en général, au travers d'une oeuvre qu'on pourrait qualifier de volontairement idiote au propos des plus intelligents.


Se servant de la bêtise de ses personnages et de la banalité de son scénario comme principal argument de vente (avec la présence d'un Van Damme rendu, sûrement volontairement, complètement écervelé), Tsui Hark emploie un belge et un américain pour jouer les deux rôles principaux, occidentaux montrés comme hilares, simplets, incapables de piner le scénario qui se profile à l'horizon.


Le rôle explicatif, de découverte des éléments importants de l'intrigue reviendra la plupart du temps aux natifs d'Hong Kong, essentiels à la bonne compréhension et, forcément, conclusion de l'intrigue. Nos amis américains (notamment interprété par un belge en plein surjeu, comme à l'accoutumée) serviront seulement de prétexte pour nous livrer des scènes de combats excellentes (avec une extraordinaire gestion des décors, en témoigne la superbe séquence du cargo à container, gérée de main de maître par un Tsui Hark revenu du désastre Double Team) et des coupures humoristiques pas toujours très fines (la course en pousse-pousse reste un sacré moment de vannes lourdes), à l'image de leur personnalité de magouilleurs.


Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le film se nomme Knock Off : terme signifiant contre-façon en anglais, Piège à Hong Kong (de son titre français à côté de la plaque) se base, premièrement, sur les pastiches de marques célèbres, entre le mal défini et le mal orthographié, nos deux comparses américains tentant de rendre l'arnaque prolifique. On pourrait y voir une sorte d'amusement de la part de Tsui Hark, réalisateur révolutionnaire de nombreux films de sabres et de kung-fu devenus, dès leur sortie, des pierres angulaires du genre, qui va filmer un Jean Claude Van Damme la carrière en chute libre, et qu'il pourrait considérer, à juste titre, comme une contre-façon des grandes stars du combat et des films d'action qu'à pu livrer au monde le cinéma Hong-Kongais.


Ce n'est peut-être pas pour rien si le film décide de le rendre béat, seulement bon à se battre : n'est-ce pas là tout ce que l'on demande à l'interprète, de se battre sans jouer? Van Damme n'étant pas connu à l'époque pour ses prouesses d'acteur (ni même maintenant), le recul de Tsui Hark sur la carrière et la personnalité de son acteur principal imposent le respect, au point qu'il ira jusqu'à le tacler, à mainte reprise, sur sa personnalité d'actioner à toute épreuve.


A ce sujet, c'est au moment de l'indépendance de la ville natale de Tsui Hark que vient s'ajouter un deuxième axe d'analyse : Knock Off, s'il critique le cinéma américain, les cinéastes hong-kongais qui se vendent à l'Oncle Sam et son acteur principal, se situe également à une période charnière de la carrière de son réalisateur. Dégoûté de son expérience en Amérique avec Double Team, il livrera ici son testament outre-atlantique, avant de retourner dans son pays pour réaliser Time and Tide, et donner une nouvelle leçon de cinéma aux nouvelles générations.


On pourrait donc considérer Knock Off comme le film de l'indépendance pour son réalisateur : livré à un monde occidental étranger, malmené par des studios incapables de baisser leur contrôle pour laisser s'exprimer toute sa personnalité de metteur en scène, il livre ici une critique fantastique d'un système de production reproduisant des pastiches de ses anciens succès, avec toujours la même recette copiant les maîtres étalons du genre, sans rien apporter d'autre au spectateur qu'un divertissement porté par une star qui leur est chère, avec un quota d'explosion écrasant le peu d'enjeux qu'on pourrait y trouver.


Le plus dans tout ça, c'est Tsui Hark qui déclare son indépendance comme en introduction de film, se barre aux chants d'honneur pour faire, directement ensuite, l'un des meilleurs films d'action de sa carrière. Prodigieux !

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le 12 août 2019

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FloBerne

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