Arnaques, crimes et bottes à nique

Avis sur Time and Tide

Avatar FloBerne
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Time and Tide commence comme un Guy Ritchie en moins idiot et largement plus cinglé, sous cocaïne et marijuana, avant de partir, passées ses quarante premières minutes, en film d'action typé Tsui Hark dopé à la déception en Amérique de son réalisateur. Complètement perchée, sa première partie, longue introduction des personnages, des enjeux et du duo de héros qui dynamitera les deuxième et troisième partie, est menée tambour battant par un montage à la rapidité au départ exaspérante, tant il donne l'impression de ne s'attarder sur aucune scène.

Une fois habitué à ce rythme désarçonnant, on se rendra finalement compte que les rires remplaceront, peu à peu, l'effet saoulé trop plein d'images en pleines gueules, avec couleurs flashs et effets visuels pétaradants. Dès ses premières minutes, Tsui Hark nous lance donc en plein visage qu'il compte bien innover pour son retour à Hong Kong, et déterminé comme jamais à inventer, il part dans tous les sens pour nous livrer un film généreux et somptueux dans son combat final d'environ une heure (avec certes deux décors différents et quelques pauses de rythme très courtes).

Présentant ses personnages de main de maître, il nous pose une intrigue hasardeuse durant toute sa première partie, pour laquelle il adopte un ton décalé, et dans laquelle il développe des personnages hauts en couleurs, pathétiques ou simplement idiots, avec des running gags malins (ceux du briquet et de l'histoire racontée sont mémorables). On a au départ du mal à s'y retrouver, tant il laisse une première impression de bordel ambulant, avec quelques effets de mauvais goût, pour ne pas avancer qu'il nous laisse en plein chaos visuel.

Si l'on se souvient du Snatch de Guy Ritchie, on pense surtout à la manière que Tsui Hark avait de représenter l'anarchie visuelle, l'enfer sur Terre dans son chef-d'oeuvre The Blade; Time and Tide y fait penser, dans le sens où il suit la vie désorganisée d'un homme amoureux d'une femme qui le rejette constamment, à ce point ennuyeux et ennuyé que son activité première consiste à voler de petites choses, comme un réflexe, une action inconsciente.

Quel ne sera pas son plaisir quand Tsui Hark décidera d'incruster un nouveau personnage dans l'intrigue, porté par le charisme froid d'un Wu Bai qui trouvait là le rôle de sa carrière (et l'un des seuls), tempérant admirablement avec la jeunesse fougueuse du héros campé par un Nicholas Tse complètement immature et puérile, talentueux et crédible en beau gosse grotesque, où la superficialité de sa beauté s'oppose à la technique de son art martial.

Le grand talent de Time and Tide (et par extension de Tsui Hark) se résume en sa montée progressive dans l'action à outrance, qu'il actera en passant d'une longue première partie d'exposition comique et désarçonnante pour un spectateur surprise d'à quel point l'Amérique l'aura changé, à un retour aux sources, une réinvention de son art à partir d'une scène prodigieuse de descente en rappel d'un immeuble populaire, défi visuel qu'il reproduira plusieurs fois, comme pour laisser le spectateur ébahi devant la beauté fluide d'une patte de réalisation unique.

Si ses comparses réalisateurs l'auront abandonné en restant en Amérique, Tsui Hark prouve une fois pour toutes qu'il a été, est et restera le patron des polars et films d'action hong kongais, et qu'il n'existe pas, de son temps, de réalisateur aussi inventifs en terme de technique, d'émotion, de plans séquences et de gestion des décors, de création de personnages et de gimmicks de mise en scène, de montage et de manière de narrer une histoire pourtant très simple.

S'il est un peu confus par moment (c'était à prévoir avec sa narration décousue à l'excès), Time and Tide se finit superbement, offrant au spectateur l'une des plus belles heures de combat qu'il aura pu voir au cinéma. Si l'Amérique aura bridé son talent sur deux films (un qui lui aura au moins servi à régler des comptes), il laisse exploser ici toute son imagination, sa générosité, son génie rythmique. Ce n'est plus à prouver, Tsui Hark est un grand parmi les grands, Time and Tide une référence intemporelle d'un cinéma qui fait, aujourd'hui encore, des émules outre-Atlantique.

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