72 Seasons
5.7
72 Seasons

Album de Metallica (2023)

72 saisons, la durée ressentie à l'écoute

J'écoute Metallica depuis la deuxième moitié de mes années collège, en gros 2009. Ce groupe qui a été la porte d'entrée pour bien des métalleux est rapidement devenu l'un de mes préférés, tout en étant conscient des limites du groupe et de toutes les critiques complètement légitimes qui lui sont adressées.


Je sais que ce n'est pas top pour l'objectivité de donner une impression "à chaud", que la musique ça se digère avec le temps et qu'on peut aussi se laver le cerveau en écoutant un mauvais disque deux fois par jour au point de l'adorer. Mais cette fois je tiens à noter mon premier avis sur cet album parce que j'ai l'espoir que ça change avec les années. En effet, si je mets 5/10 au moment où j'écris ces lignes, il faut bien avoir en tête que pour moi c'est la note la plus basse que j'ai pu donner à ce jour dans la discographie de Metallica. Il n'y a que pour Lulu où j'ai mis moins, mais pour moi c'est un album de Lou Reed.


Suite à la sortie des singles, j'imaginais déjà que j'allais revenir sur ce disque morceau par morceau, parce qu'avec une nouvelle fournée de 77 minutes ça paraissait évident qu'il y aurait énormément de choses à dire sur chaque titre.


Or toutes les qualités et surtout tous les défauts de ce disque s'appliquent pour moi à tout l'album. Il n'y a pas quelques morceaux qui sortent du lot et qui m'ont chopé en plein cœur dès la première écoute, alors que même sur Hardwired... to Self-Destruct dont pas mal de gens se fichent aujourd'hui, j'ai eu quelques coups de cœur instantanés (Moth into Flame, Halo on Fire ou encore Spit Out the Bone par exemple). Je vais plutôt y aller plus ou moins membre par membre, car il y a des soucis avec la partition de chacun des quatre musiciens pour moi.


Le premier problème de l'album c'est sa répétitivité. Il y a toujours eu de la répétition dans la musique de Metallica mais jusqu'à ce que St. Anger finisse par sortir, ça suivait une certaine logique. Lorsqu'on avait un bon riff il fallait le répéter 2 fois, peut-être quatre avec une variation à la batterie ou une harmonie de guitare qui venait s'ajouter à l'ensemble, mais ça servait toujours le morceau. Couper un titre de Metallica pour en faire une version taillée pour la radio il y a 30 ans, c'était un crime de lèse-majesté. Pour les compositions de 72 Seasons, ça les amélioreraient largement. Pourquoi s'être obstiné à faire un album de 77 minutes alors qu'en 45 minutes, au vu de la qualité des compositions, c'était torché ? C'est déjà infernal sur les singles, mais ça touche tous les titres de l'album sans exception. On parle d'un groupe qui est habitué à pondre des intros d'1 min 40, mais qui autrefois ne donnaient pas envie d'arrêter le morceau avant que ça ne commence à chanter. Là même sur scène c'est injouable sans devoir couper un tiers de chaque morceau, le public s'ennuiera avant la moitié de chaque titre.


Le son et le jeu de batterie m'embêtent aussi. Sur l'album précédent, on avait un son de batterie proche d'une batterie programmée. Y'avait pas un coup un peu à côté, quasiment chaque note était donnée avec la même intensité, c'était étrange mais le jeu de batterie était suffisamment propre pour que ça ne choque pas à l'oreille. Et dans le monde du Metal, le groupe n'était clairement pas le premier à retaper le son de batterie à ce point. Sur 72 Seasons la batterie est trop forte et Lars est dans les choux du côté de la composition. Et vas-y que ça tape sur une cymbale ou sur la grosse caisse à la noire quand y'a un simple riff de guitare qui se joue, c'est tout simplement pénible. Je veux bien qu'en Live pour rester calé avec ses camarades on "compte" à la batterie, mais là les morceaux ne respirent jamais alors que plein de passages s'y prêtaient. Entre ça et la caisse claire sur laquelle il tape à tout bout de champ alors qu'il y a pas mal de passages où des nuances avec les toms ou un peu de charley auraient amélioré les morceaux, c'est super triste d'être passé à côté de ça.


J'ai eu du mal avec la voix de James et les choix d'arrangements qui vont avec. Il vieillit et c'est humain, mais sa voix éraillée sur certains passages c'est plus douloureux qu'autre chose. Je ne sais pas pourquoi il s'obstine à chercher des notes aussi hautes. En Live même accordé plus bas il va galérer et les mélodies sont quand même fades. Dans les albums précédents ça ne demandait pas forcément des capacités vocales de malade, mais on avait de belles lignes de chant, bien chantées. Sur 72 Seasons les chœurs ont ces arrangements faussement old school qui les rendent fades, on est loin d'un Through the Never même s'il y a un morceau qui tente de refaire la même chose.


Je trouve aussi le son des guitares un peu trop sec. On est habitué au son pachydermique de Kirk Hammett, d'ailleurs je vais forcément parler de son jeu dans le paragraphe suivant. Mais là il y a un contraste entre la batterie qui a un son de stade, très propre, et le son de guitare qui ne trempe même pas dans de la reverb ou quelque chose qui rendrait ça un peu massif. Là on a vraiment deux guitares rythmiques dans chaque oreille, quasiment brut de pomme avec la distorsion de l'ampli. Ce côté brut est d'ailleurs amplifié par un truc qui n'est pas du tout lié au son de guitare et que le groupe a très rarement fait dans le passé : les fins de morceaux où on les entend parler pour dire que "Ok cette prise-là est bonne". 72 Seasons a été promu comme un album-concept sur les 18 premières années de la vie, sur la souffrance de James qui a refait une cure de désintox depuis le dernier album et pour moi ces petites incursions qui viennent bien nous dire dans le creux de l'oreille "Hey on est en studio", ça casse tout. C'est juste fabriqué, faussement authentique.


On y vient enfin : Kirk Hammett qui n'a plus grand chose à proposer. Sur Crown of Barbed Wire ou You Must Burn! ça passe encore, mais sur le reste du disque franchement c'est souvent lourdingue. Toujours les mêmes plans, les mêmes descentes d'abrutis sur le manche ou les gros coups de Floyd Rose en fin de solo parce que c'est trop Rock 'n' Roll, c'est hyper triste. Il a déclaré en interview y'a pas longtemps qu'il préférait les soli qui captaient l'instant et servaient le morceau. Mais là il fait juste n'importe quoi sur une gamme pentatonique au pif avec la Cry Baby enclenchée pendant 1 minute sur chaque titre en espérant que ça passe. On pourrait mettre le solo d'un titre de l'album sur un autre, on ne sentirait même pas la différence.


J'aurais pu parler de la basse aussi parce que Robert Trujillo est un super bassiste, mais comme d'habitude au sein de Metallica il n'a tout simplement pas l'espace pour s'exprimer avec son instrument. Il y a bien l'intro de Sleepwalk My Life Away et sur la fin de You Must Burn! où ça slide bien où il se passe quelque chose à la basse c'est vrai, des titres sur lesquels il est crédité d'ailleurs. Mais c'est tout. Pour le reste de l'album la basse n'a qu'une fonction et c'est souvent le cas chez Metallica : faire le pont entre les guitares et la batterie.


Il y a quand même quelques points positifs évidemment au milieu de tous ces problèmes. Il y a tout d'abord les quelques passages harmonisés à la tierce malheureusement trop rares et qui ne débouchent sur rien. Ils sont trop rares parce que sur You Must Burn! ou If Darkness Had a Son, y'avait moyen d'en placer ici et là, ça aurait rendu les lignes mélodiques à la guitare plus accrocheuses. On a par exemple Inamorata où il y a un passage harmonisé sympathique à la fin, mais le groupe le répète bêtement au lieu de l'emmener vers une résolution. C'est très frustrant parce que le groupe savait très bien le faire avant. Il y avait par exemple Atlas, Rise sur l'album précédent où quand on avait des passages harmonisés, cela menait vers une conclusion logique, on ne répétait pas le même passage en permanence.


Ensuite, je trouve Lux Æterna vraiment pas mal, même si on a l'impression que le groupe ne sait pas comment terminer son morceau et que le solo n'est pas foufou. C'est le morceau le plus lumineux de l'album et c'est dommage car ça change des sempiternels riffs en mi qui exploitent la même gamme encore et encore.


Vous l'aurez compris, pour moi cet album est une douche froide. Et j'espère que comme une bonne douche froide de temps en temps, je m'y habituerai et que ça finira par me faire du bien. J'espère évidemment ajouter un ou deux paragraphes à cet avis à chaud dans plusieurs semaines/mois/années pour me rendre compte que je me suis trompé sur cet opus, mais pour l'instant c'est tout ce que j'en pense et malheureusement ce n'est pas un bilan très positif.

GuillaumeL666
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le 15 avr. 2023

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Guillaume L.

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