Anxiety
6.8
Anxiety

Album de Ladyhawke (2012)

Anxiety : l’audace sans l’étincelle

Avec Anxiety, Ladyhawke tente un virage rock affirmé, mais livre un album qui s’agite plus qu’il ne s’impose.


Il y a des albums qui intriguent, d’autres qui marquent — Anxiety fait partie des premiers. C’est un disque qui veut dire beaucoup, qui veut montrer une évolution, un état d’esprit, une cassure. Mais à force de vouloir trop en dire, il finit par tourner en rond, prisonnier d’une direction artistique plus confuse qu’ambitieuse. Ma note de 6/10 reflète un respect pour l’intention, mais aussi une vraie frustration face au résultat.


Ladyhawke laisse derrière elle les synthés pop de son premier album pour explorer une ambiance plus grunge, plus brute, plus “authentique”. Sur le papier, le pari est excitant. Dans les faits, il manque de mordant. Le son est rugueux, les guitares sont présentes, mais tout cela reste étonnamment sage. À vouloir faire du rock sans trop déranger, l’album finit par ressembler à une coquille pleine de bruit mais pas de fureur.


Des morceaux comme “Black White & Blue” ou “Girl Like Me” parviennent à capter quelque chose — un groove, une tension, un relief. Mais ces moments sont trop rares. Le reste de l’album s’installe dans une monotonie sonore, où l’intensité promise ne vient jamais vraiment.


C’est peut-être là que le bât blesse le plus : Ladyhawke semble souvent absente de son propre disque. La voix, trop souvent noyée dans les arrangements, manque de présence et de conviction. L’anxiété évoquée reste théorique, jamais viscérale. On sent une volonté de pudeur, mais elle vire trop vite à la fadeur. Là où il aurait fallu du désespoir brut ou une colère sourde, on trouve surtout une distance polie.


Il y avait matière à quelque chose de fort, mais le disque reste coincé entre deux intentions : dire sans trop montrer, expérimenter sans assumer.


Anxiety est un album qui passe sans faire trop de vagues. Il ne choque pas, ne surprend que rarement, et peine à laisser une trace durable. On comprend la démarche, on voit l’artiste en mouvement, en recherche, en transition. Mais l’ensemble reste trop flou, trop tiède pour convaincre pleinement.


Anxiety aurait pu être un disque de rupture, de feu ou de chaos. Il n’est finalement qu’un pas hésitant dans une nouvelle direction, un album plus intéressant pour ce qu’il essaye que pour ce qu’il réussit. Un virage mal négocié, mais pas sans valeur.

CriticMaster
6
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le 15 avr. 2025

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