L'incompréhension

Avis sur Born in the U.S.A.

Avatar Docteur_Jivago
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Born in the U.S.A.
I Was born in the U.S.A.

Surement le titre le plus connu du Boss et pourtant Born in the USA représente une énorme incompréhension, celle d'une chanson utilisée par Reagan lors de sa campagne 1984 et comprise par beaucoup, du moins à l'époque, comme une apologie du système américain alors que c'est finalement tout le contraire. Véritable ode contre cette foutue guerre du Vietnam, et guerre tout court ainsi qu'un pays déçu par les années Reagan, Bruce évoque un natif américain à qui on a "mis un fusils entre les mains pour aller tuer l'homme jaune dans un pays lointain". Lorsqu'on connaît Springsteen et qu'on écoute ce qu'il a joué et chanté précédemment, il est impossible de croire à l'hypothèse utilisée par le président yankee de 1980 à 1988.

Passé ce point-là, l'album Born in the USA représente une cassure dans la carrière du Boss, un changement vis-à-vis des dix années précédentes et pour ma part une première déception, chronologiquement parlant, dans sa carrière. Alors qu'il brassait jusque-là une bonne partie de la musique populaire américaine, notamment du folk, rock ou encore ballade avec émotion, talent et souvent justesse, il semble ici surtout inspiré par les modes de son époque, livrant une floppée de gros titres, du rock "de stade" mais sans grande émotion. Les Stones, Neil Young, Lou Reed ou encore Eric "God" Clapton, beaucoup de géants ont trébuché dans ces maudites années 1980, et malheureusement le boss n'y a pas échappé, bien que pour lui ce soit moins préjudiciable que d'autres. Il avait pourtant si bien commencé cette décennie avec l'immense Nebraska, voyage intimiste, folk et sombre au coeur de l'Amérique des paumés...

Bien évidemment, l'ensemble reste un minimum correct, quelques chansons sont vraiment sympas mais rarement transcendantes. Une ou deux fois ça va, mais là l'album semble rempli d'hymnes de stade, bien lourds et, sur la durée, ça commence un peu à devenir lassant. Il a perdu ce qui faisait sa force, à savoir une musique variée, des ambiances prenantes, sachant alterner entre les tons, que ce soit dans l'émotion, la noirceur, la mélancolie, le rock'n roll ou l'évocation de son Amérique en étant jamais lourd, bien au contraire même, avec un E. Street Band où chacun avait de la place pour s'exprimer, et ce avec une vraie inventivité. Tout cela manque, l'album s'oublie assez vite, le clavier est bien trop omniprésent sans être utilisé à bon escient et certaines chansons frôlent même la faute de gout, à l'image d'I'm on Fire ou même de Dancing in the Dark, qui deviendra un hymne et qui bénéficiera d'un clip réalisé par Brian De Palma avec la toute jeune Courtney Cox.

Quelques chansons restent, évidemment, de bonne factures, à l'image des rocks Darlington Country, Glory Day et surtout Downbound Train, mais c'est bien trop peu pour un Boss qui, jusque-là, nous avait habitués à l'excellence. Il reste aussi un ton assez énergétique, où là il semble vraiment sincère, plutôt contagieux, donnant par moments une vraie envie de bouger. L'album est à prédominance pop-rock, et les rares ballades sont souvent mineures et manque de sensations, de passions et d'émotions. C'est dommage car dans un registre individuel, le groupe montre qu'il est encore brillant, notamment le fidèle Clarence Clemons au sax, tout comme Springsteen et sa voix rauque et cassée reconnaisable parmi tant d'autres. Il partira ensuite dans une longue tournée, avec un succès immense et rejouera, parfois en les sublimant, quelques-uns de ses hymnes, comme le fameux, et bien gras, Born in the U.S.A, ou Cover Me, autre tube, un peu plus funky celui-là (et à nouveau, au risque de me répéter, bien ancré dans son époque, plutôt délicate musicalement parlant).

Après six albums tout simplement somptueux, le Boss livre un Born in the USA incompris vis-à-vis de ses propos mais aussi trop faible musicalement parlant, sans l'inspiration et le style qui lui étaient propres jusque-là. Sans émotion particulière, il reste tout de même correct (et bénéficiera d'un succès monstrueux) mais assez lassant, où il empile les hymnes de stades avec énergie mais en étant bien trop proche des modes, souvent bien lourdes, de son temps.

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