Outside the street's on fire, in a real death waltz

Avis sur Born to Run

Avatar Docteur_Jivago
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J'ai vu le futur du rock, et il a pour nom Bruce Springsteen.

Signé Jon Landau, critique et producteur, en 1974. Il s'occupera dès lors du Boss et ensemble, accoucheront de Born To Run.

Si les deux premiers albums de Bruce Springsteen sont immenses, ils ont néanmoins connu un succès assez limité et il a fallu attendre son troisième, Born to Run pour qu'il devienne enfin The Boss aux yeux du public. Album bien rock et d'une importance capitale, il modifie un peu son E. Street Band, avec notamment l'arrivée de Steve Van Zandt à la guitare et d'un groupe qui l'accompagnera pendant de longues années.

On retrouve toutes les influences de Springsteen, à savoir la musique populaire américaine (rock, folk ou encore country) tournée à sa sauce pour créer son style unique, avec ici une production plus propre et même pharaonique, rappelant un peu Phil Spector, usant de nombreux artifices de studio qu'il avait alors à sa disposition. De même pour les textes, où le Boss évoque sa ville de New York, l'Amérique des paumés, des loubards ou encore des dealers, ainsi que du rêve américain, comme le symbolise la chanson qui donne son nom à l'album. Le résultat est tout simplement immense, aucune fausse note et un ensemble fluide où lui et son groupe se montrent inspirés comme rarement. L'album est rock à souhait mais surtout émouvant, un disque sincère où Springsteen chante, hurle, conteste ou encore murmure et trouve toujours le bon équilibre et l'osmose parfaite avec son groupe, où la diversité des instruments fait encore son effet, surtout lorsque c'est si bien utilisé.

L'émotion vient dès les premières secondes avec une belle mélodie au piano, accompagné d'un harmonica puis la voix du Boss. Thunder Road monte peu à peu en puissance avec l'intervention d'un fantastique sax de Clarence Clemons et ouvre l'album de fort belles manières, comme c'était déjà le cas dans Greetings from Asbury Park, N.J. et The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle. À l'image de Tenth Avenue Freeze-Out, les chansons sont souvent accrocheuses, avec des musiciens qui n'hésitent pas à se lancer dans des petits numéros, chacun existant sans prendre trop de place, à l'image du duo saxophone/piano sur celle-ci. Sans être honteuse, et même très correcte, Night est l'unique petit point faible si on prend les chansons une par une, énergétique mais plutôt banal, avec une production légèrement trop lourde. La face A se termine par un des sommets du Boss, Backstreets et sa magnifique mélodie au piano, ainsi que son ambiance mélancolique assez émouvante, sans tomber dans un excès de mièvrerie. Une longue et très belle chanson comme il savait si bien les faire, avec un minimum de rythme grâce à une rythmique impeccable, sur laquelle il évoque la reconstruction, les souvenirs ou encore les ruines.

Peut-être LA chanson du Boss, Born to Run ouvre cette magistrale seconde face avec une production immense mais qui ne fait que sublimer cette chanson bien rock, positive, emblématique et entrainante. Un classique mémorable de Springsteen, qu'il sublimera en live avec son solo de sax et sa coupure puis le "one, two, three, four" éternel et que j'aurais répété à de bien nombreuses reprises dans ma tête. Bien que très riche vis-à-vis de sa production, She's The One n'en reste pas moins efficace, avec un pianiste fort inspiré et enchaîne bien après l'immense Born to Run. Par contre Meeting Across The River détonne un peu, très calme, assez courte, il y évoque à nouveau les paumés de New York, avec une ambiance crépusculaire dans laquelle il est facile de se laisser transporter. Et enfin, quel final ! Avec Jungleland, il nous offre un peu moins de dix minutes de bonheur, où il alterne les différentes ambiances (poétique, rock, envoutante etc) avec une montée en puissance, puis redescente, y évoquant tout New York avec sincérité, et accompagné par des musiciens, au risque de me répéter, tout simplement formidables. Les paroles sont magistrales, d'ailleurs son dernier couplet servira d'ouverture à Stephen King pour son roman Le Fléau ("Outside the street's on fire, in a real death waltz [...]").

Malgré une production très riche et massive, elle ne freine jamais l'ambition, la qualité et les propos de Born to Run, l'un des sommets du Boss avec ses deux premiers disques et Nebraska. Il évoque ici l'Amérique des paumés, dans différents styles, avec cohérence et une ambiance oscillant entre mélancolie, énergie et lyrisme, accompagné par un E. Street Band tout simplement formidable, comme ça a été si souvent le cas, tant en concert qu'en studio. Ha oui et une magnifique pochette en prime, à la fois classe et rock'n roll où le Boss, perfecto et guitare en mains, s'appuie sur Clarence Clemons.

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