Red Red Meat, c'est un groupe qui a tendance à faire joyeusement beaucoup de bruit et à s'en foutre de si c'est écoutable ou pas, mais aussi et surtout des seuls qui me fait ressentir autant d'émotions, et à un tel niveau d'intensité.
Même à travers les grosses Danelectro saturées dégueulasses au bottleneck, les percus à l'arrache et la voix de Tim Rutili (Futur leader de Califone) qui chante comme si on venait de le tirer du lit (d'une manière d'ailleurs encore plus plaintive et marmonnée que J Mascis à ses heures de gloire) on retrouve une tristesse et une nostalgie indéniable. Il s'agit aussi d'ailleurs d'un album qu'on ne peut pas forcément réellement "comprendre" du premier coup, mais il mérite réellement d'avoir toute l'attention de l'auditeur.
Certaines chansons peuvent être perçues un peu comme une sorte de journal intime pour un ivrogne dépressif incohérent (si on se penche sur les paroles, franchement, on a plus affaire à des mots délibérément sélectionnés, parce qu'ils sont bizarres et qu'ils riment, qu'à une véritable signification) mais au niveau des sonorités, le groupe a vraiment atteint un pic de beauté chaotique, qu'il n'a pas pu retrouver ou recréer, que ce soit avant ou après cet album.
"Gauze", "Oxtail", "There's Always Tomorrow" et le magnifique hymne larvaire "Buttered" sont selon moi les morceaux à faire écouter à quelqu'un qui souhaiterait découvrir le groupe. En petit bonus, le cover de "Words", un son par le groupe de slowcore Low (sur la version deluxe de Bunny Gets Paid) est absolument génial.
Bunny Gets Paid, c'est un album à écouter en marchant dans la rue à 2h du mat après avoir abusé de l'alcool, coincé quelque part entre nausée et tristesse, en s'apitoyant semi-ironiquement sur son sort.