Chaconnes
8.8
Chaconnes

Album de Le Coq (2012)

critique écrite en 2012


Thierry Lecoq a peut-être un défaut (mais est-ce un défaut ?) celui de ne pas être grande-gueule et d’être introverti voire pétrifié de timidité. Le Breton est en cela un vrai artiste, ne s’exprimant véritablement qu’à travers sa musique. Ceci expliquant aussi le fait qu’en dépit de quatre albums n’ayant pas à rougir d’une comparaison avec Dominique A., Lecoq soit resté à ce point confidentiel. Dommage car l’homme a du talent et façonne une musique bien à lui.
Chaconnes, ne va pas manquer de surprendre mais dans la douceur. Il est calme, tranquille et serein ”Aujourd’hui, je positive” sussure-t-il sur avec douceur dans une invitation musicale à prendre un bain de soleil (Je positive) avec un Lecoq semblant abandonner une certaine idée de la noirceur. Pourtant, on aurait tort de croire que le Breton, ait succombé à la tentation de faire un album lisse. Car, même s’il n’utilise plus la dissonance (un petit pont Sonic Youth sur Les oiseaux sont Presque mort quand même) comme moyen d’affirmation, ce nouvel opus opte pour une direction étonnante – un parti pris plus subtil d’ailleurs.
Chaconnes est un album facile d’écoute, un disque de la sensation ; des marines dessinées à l’aquarelle (pensez à Holden). Un disque classique mais qui n’est pas classiquement joué. L’album rappelle le blues des origines (Chaconnes), un aria de Bach (des pierres des eaux), une danse baroque (autant d’amants), un petit air de bossa (les oiseaux sont presque morts), un slowcore finalement solaire (depuis longtemps)… mais ceux-ci ne sont pas joués dans leur instrumentation, leur tonalité ou leur énergie habituelle. On est toujours dans une instrumentation de folkeux avec guitares et parfois harmonica, contrebasse ou banjo. Le tout chanté avec une musicalité et un phrasé, renvoyant plus à un Michel Legrand ou au Katerine du début qu’à un Bonnie Prince Billy. Chaconnes est une sorte de relecture fine d’appropriation de la part d’un chanteur hors des modes et même hors du monde (le disque a été conçu dans une cabane en hiver en Canada). Pour un blues classiquement troussé dans une nonchalance d’après sieste, rappelant JP Nataf (Le Martyre), Chaconnes, sur une base pourtant similaire, opte pour une couleur sensiblement différente, toute en résonance et en répétitivité. Les rythmiques sont parfois bien celles de chaconnes dans le sens 18e siècle du terme, et elles peuvent être présentes aussi sur la mer est basse devant nous, un morceau qui adopte pourtant une léthargie mélancolique de slowcore. C’est avec tous ces petits détails, ces petites libertés prisent ça et là que Lecoq tisse un album personnel et finalement original. Ajoutez à cela une production de dentelles de Bruno Green et vous obtenez un disque merveilleux.

denizor
9
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le 7 mars 2021

Critique lue 62 fois

denizor

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