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Definitely forever

Avis sur Definitely Maybe

Avatar A boy is No one
Critique publiée par le

Faisons une petite expérience avant de nous lancer dans le vif du sujet:
Vous êtes avec un groupe d'amis et vous lancez le sujet "Oasis". Vraisemblablement, vous avez 99% de chances qu'un type vous balance "Mouais...de toute façon, j'ai toujours préféré Blur!".
Evidemmment, en général le type en question n'est pas foutu de vous citer plus de 2 titres de Blur, mais le constat est là.
Pour reprendre les mots employés par un journaliste (dont le nom m'échappe), "Oasis est autant décrié et méprisé au pays de Johnny Hallyday et de Cloclo qu'ils sont admirés et reconnus dans la patrie des Beatles et des Stones."

A titre personnel, je reconnais beaucoup de qualités à Blur d'ailleurs; il faut juste se dire que les deux groupes n'ont pas grand chose de comparable si ce n'est d'être apparu à la même époque, du pain béni pour les médias qui pouvaient revivre par procuration le vieil antagonisme entre le groupe de Lennon et celui de Mick Jagger.

Recentrons-nous sur l'album des mancuniens à présent.
Pour comprendre a posteriori l'impact de Definitely Maybe outre-Manche, commençons par nous pencher froidement sur quelques chiffres et autres statistiques:
_Il devient le premier album le plus rapidement vendu au Royaume-Uni (150 000 exemplaires écoulés en un week-end), avant d'être certifié 7 fois disque de platine. Au final, c'est 5% de la population britannique qui aura acheté ce disque.
L'album sera évidemment propulsé N°1 des ventes (ce qui sera le cas pour l'intégralité des albums studios du groupe, soit dit en passant.)
Fort logiquement, les récompenses et reconnaissances tombent aussi régulièrement que la pluie sur le Nord de l'Angleterre. La page glorieuse des ainés de Liverpool semble pouvoir enfin être tourné et le terme d'Oasismania fait son apparition.

Et moi dans tout ça?
A cette époque (1994) je passe totalement à côté du phénomène.
Bien sur, le single "supersonic" tourne bien sur nos radios françaises. Mais comme tout le monde, pendant des années, Oasis ce sera essentiellement "Wonderwall", voire "Don't look back in anger", tous deux extraits du second album.
Et puis rideau pendant 10 ans.

Une décennie passe avant que je ne retombe par hasard sur "Definitely Maybe". Avec le recul, je sais qu'il y a eu un avant et un après. Comme si tout ce que j'avais écouté alors n'avait plus d'importance.

11 titres composent cette oeuvre, (d'autres seront ajoutés au fil des rééditions ou des coffrets, tel "cloudburst" ou "sad song").
Le premier intitulé sobrement Rock n' roll star fait figure de manifeste.Un titre fédérateur et enthousiaste qui fera l'ouverture de leur premier album et d'un grand nombre de leurs concerts durant toute la vie du groupe et qui résume déjà tout ce qui fait la force et la beauté d’Oasis. Le rêve absolu d’une vie meilleure interprété avec passion, fureur et sincérité.
Les guitares qui semblent se réveiller d'une longue torpeur, un roulement de batterie et la voix de Liam, inimitable, pleine de morgue, seule capable d'envoyer des paroles autant arrogantes.
Une voix unique, qu'il a reçu comme un don puisque le lascar n'a bien sur jamais daigné prendre de cours de chant ni bien sur prendre soin de ses cordes vocales qu'il aura fini par user à force d'excès...mais je m'égare.

Dès le troisième titre, Noel viens poser son chef d'oeuvre: Live Forever .
Le premier titre d'Oasis classé numéro 1 en Angleterre, le premier d'une longue série.
Quelques années auparavant, c'est en présentant ce titre aux autres membres du groupe que l'ainé des Gallagher les a convaincu de les laisser prendre en main la destinée d'Oasis.
Morceau simple, optimiste, subjugué par la voix de Liam (encore!) qui passe par tous ses états jusqu'au final où il hurle à la face du Monde "I'm gonna live foreveeeeeeeeer".

_ " C’est le morceau qui a tout changé… Je l'ai écrit en pleine période grunge, Nirvana et Kurt Cobain chantaient « I hate myself and
I want to die ». J’aime bien le mec et tout mais très peu pour moi
tout ça. Cette chanson n’était pas une riposte mais je me disais : «
Les mômes n’ont pas besoin d’entendre ça. » Il avait tout et était
déprimé. Nous on avait rien mais je trouvais ça génial de me lever le
matin parce que tout pouvait arriver… Mon état d'esprit était plutôt «
I fuckin’ love myself, and I’m gonna live forever, man ».
(Noel)

L'Angleterre est désormais à genoux. Sans surprise, les Brit Awards de 1995 la consacre "meilleure chanson anglaise de l'année".
En 2006, un sondage organisé par le magazine Q place "Live Forever" comme étant la plus grande chanson de tous les temps. Et quand en 2010, la radio XFM lance à son tour sa propre consultation, le résultat est exactement le même.

Puis on tombe sur une (énième) pépite:Up In The Sky .
Un riff rock ’n’ roll redoutable d’efficacité, des paroles en double sens, et une formidable interprétation de Liam Gallagher, dont la voix ne montera plus jamais aussi haut par la suite. Le fait qu’une si bonne chanson soit considérée comme un titre mineur de Definitely Maybe montre la richesse incroyable du premier album d’Oasis.
Pour l'anecdote, en 1993, alors qu'Oasis est absolument inconnu du grand public, ils donnent un concert où assiste le producteur Alan McGee. Au beau milieu de "Up In The Sky", ce dernier saute sur scène interrompt le groupe et leur propose de signer un contrat.

Le 6ème titre de l'album se nomme Supersonic .
D'après Noel, ce titre lui a traversé l'esprit lors d'une nuit en studio. Il l'écrit en 30 minutes.Le morceau est enregistré dans la foulée et ne sera même pas remixé.
Et pour cause: le mur de guitares est imparable, l'intro irrésistible. Et que dire des paroles absurdes assénées par Liam? La presse étant persuadé qu'elle traitait de prostitution alors que Noel évoquait en fait un Rotweiller nommé Elza souffrant de flatulences (sic!).

En 8ème position vient se glisser le titre Ô combien Rock n' Roll Cigarettes & Alcohool et son riff de guitare emprunté au groupe T-Rex (Noel ne s'en est d'ailleurs jamais caché).
Hymne à la condition ouvrière de l'Angleterre en crise, traumatisée par les années Tatcher, il constitue efficacement une formidable description de la société britannique aux yeux du désormais producteur du groupe, Alan McGee.
Comment mieux incarner la vie du prolétaire britannique qu'à travers ces paroles: "Je cherchais un truc à faire, mais tout ce que j'ai c'est des clopes et de l'alcool.".
Et qui de mieux que ce branleur de Gallagher pour interpréter cette chanson?

A ce stade, cet album est déjà prêt à se faire une place au panthéon de la musique, mais Noel est décidé à frapper un grand coup et dégaine Slide Away, avec son outro magique pour laquelle il ne laisse à personne d'autre le soin de s'en charger à grand renfort de "Take me down, take me down" (c'est encore en concert que cette outro prend toute sa dimension).
Titre planant, romantique, nostalgique, la voix de Liam est constamment à la limite sans tomber dans ses travers futurs (même son frère reconnait que c'est la chanson où il chante le mieux). De quoi hérisser les poils pendant 6 minutes. Pourtant, ce morceau ne sortira jamais en single sous le véto du Chief qui considère que le groupe en a sorti suffisamment pour un premier opus. (Elle apparait finalement en face-B de Whatever).

Et puisqu'il fallait bien se dire au revoir, c'est en acoustique que ce Master Piece se conclu avec la ballade Married with children , chanson traitant de la vie de couple avec des paroles qui atteignent des sommets dans le sarcasme et le cynisme.
C'est sur un "good bye I'm going home" ultimes paroles de "Definitely Maybe" que le disque se termine. On sent presque l'ironie de Noel Gallagher, qui sait bien que avec un tel premier disque, il ne va plus rentrer à la maison avant longtemps. Pas avant d'avoir mis le monde à ses pieds.
En intégrant Oasis, il avait juste promis à ses partenaires qu'Oasis deviendrait le plus grand groupe du monde. Il leur aura fallu un album pour le devenir.

Laissons le mot de la fin à Liam, qui fera à l'époque une déclaration prémonitoire:

"Nous ne contrôlons plus rien. C'est comme une voiture lancée à fond,
mais sans freins... Maintenant si on doit se planter, alors on se
plantera. Mais à quoi bon lever le pied ? Si Oasis doit finir dans le
mur, alors je crèverai en même temps que le groupe. Et si crash il
doit y avoir, alors ce sera le plus beau crash de tous les temps."

(Liam)

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