L’histoire de Goatlord commence en 1985, en plein milieu du désert Mojave, dans la fameuse ville de Las Vegas. La scène de l’époque se compose essentiellement de groupes de punk et hardcore.
Goatlord se forme autour d’Ace Still au chant, Joe Frankulin à la gratte, Jeff Nardone à la batterie et Hal Floyd à la basse, rapidement remplacé par Jeff Schwab.
Leur première démo ne sort qu’en 1987 et contient quatre morceaux, qui furent réenregistrés par la suite et même rebaptisés (notamment Possessed Mutants Of War devenu Possessed Soldiers Of War), principalement pour leur seul album, Reflections Of The Solstice.
La musique est très inspirée par le thrash et le death naissant à l’époque sur des morceaux plutôt up tempo. Figure l’emblématique Sacrifice, titre qui figure sur presque toutes les sorties du groupe.
Par la suite, Goatlord, sous l’influence de groupes comme Saint Vitus et Pentagram, va sérieusement ralentir le tempo, et obtenir cette forme inédite de thrash/death/doom/black qui a fait leur renommée.
Les morceaux de la Rehearsal ’88 sont manifestement plus lents et par conséquent beaucoup plus longs que les premières versions. Ces versions étaient inédites jusqu’ici. De même que les deux titres bonus, des versions de pré-production pour l’album Reflections...
Voilà donc un superbe double LP des débuts de Goatlord, sous sa forme la plus primitive. La couverture originale (moche, c’est sûr) de la première démo a été reprise ici.
Dans le doom/death, Goatlord est certes postérieur à Dream Death qui avait déjà sorti son premier album en 1987, le fameux Journey Into Mystery ; mais la musique du groupe d’Ace Still est infiniment plus malsaine et possédée et en cela leur œuvre a atteint sans conteste son rang de culte au fil du temps.
En 1988, au moment où Goatlord sort sa seconde démo intitulée Sodomize The Goat, le groupe a quelque peu affiné son style pour arriver à une approche inédite au sein de la scène extrême américaine de l’époque.
Une chose marquante d’emblée, c’est cette fameuse couverture, naïve mais au message anticlérical on ne peut plus clair ; son côté primitif renvoie à celui de la musique, influencée par les maîtres Bathory, Hellhammer ou Sodom, une parfaite synthèse d’influences black, thrash et death alliées au doom d’un Pentagram ou d’un Saint Vitus.
Ce sont douze morceaux enregistrés avec un Vestafire quatre pistes, dont une grande partie figurait déjà sur les premières sorties du groupe, mais dans une version ici ralentie.
L’ambiance de cette démo est unique : c’est evil comme pas possible avec ces riffs possédés et cette basse vrombissante, et parfois tellement lent qu’on a l’impression de tout est en train s’écrouler ; Ace Still livre sa meilleure performance vocale, complètement habité par le Malin. Goatlord a trouvé un juste équilibre entre les parties doom régulièrement entrecoupées par des accélérations qui apportent une certaine frénésie et d’autant plus de haine dans leur musique. A ce titre, le morceau Sacrifice est édifiant et se présente comme une synthèse parfaite de tout cela ; et on saisit aisément à quel point le groupe a progressé en comparant avec les anciennes versions.
Les paroles traitent de satanisme, bien entendu, mais également de rituels vaudous, le tout entouré d’une aura hallucinatoire et psychédélique –cet élément qu’Ace Still a développé par la suite dans un autre projet parallèle, dont je vous parlerai également.
Cette démo est une sorte d’aboutissement pour Goatlord, c’est vraiment ce que je préfère dans leur discographie.
Avec le recul, Joe Frankulin dit qu’ils se sont un peu emballés à ralentir le tempo à ce point, ce qui a tendance à rendre les morceaux interminables. Mais je trouve que c’est justement ça qui bonifie les morceaux : Twilight Rem, avec ces dix minutes et plus, se présente comme une lente agonie subtilement accélérée sur un pont vers six minutes ; interlude finalement assez bref car le titre repart sur son rythme de départ après ça. Par rapport à la version précédente, il est aussi joué quelques tons plus bas, ce qui rend l’ambiance encore plus sombre et malsaine.
Après la sortie de cette démo, des tensions commencent à naître au sein du groupe : entre Ace Still, désireux d’explorer des univers plus psychédéliques et doom, et Frankulin qui souhaite poursuivre dans une voie plus death et thrash avec plus d’accélérations. Ce qui amène au départ de Still pour le projet Doom Snake Cult.
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