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New York : capitale mondiale d'un chef-d'oeuvre du hip-hop

Avis sur Enter the Wu‐Tang (36 Chambers)

Avatar lehibououzbek
Critique publiée par le

A l'instar de "Endtroducing" de DJ Shadow, ce "Enter the Wu-Tang" est une tuerie dans son domaine. J'avais dû m'y reprendre à deux fois pour l'opus de DJ Shadow, me v'là à en remettre une couche pour le Wu-Tang. Et quand je reviens à la charge, ce n'est jamais sans raison ni pour du beurre.
Je me suis écouté cet album un truc comme 10 fois depuis un mois tellement il m'est resté collé à la peau. C'est le genre d'album qui ne me lâche pas, et qui ne me lâchera jamais. Tu le sais, tu le sens. Seule une poignée d'albums sont de la partie en ce qui me concerne. Pour avoir mes faveurs, faut se lever aux aurores.
Le 9 novembre de cette année ont été fêtées les 20 ans de ce premier opus des gars de New York. Certains diront "déjà 20 ans" !..mais le temps passe toujours à la même vitesse les gens. C'est juste que ça fait 15 piges que vous ne l'avez pas écouté, c'est tout. Ceci explique probablement cela. Bref, le Wu-Tang a foutu une mandale dès le départ et ses membres ont également connu la gloire en carrière solo par la suite dans ces mêmes années 90.

Method Man: novembre 1994 (Tical)
Ol' Dirty Bastard: mars 1995 (Return to the 36 Chambers: The Dirty Version)
Raekwon: août 1995 (Only Built 4 Cuban Linx...)
Genius/GZA: novembre 1995 (Liquid Swords)
Ghostface Killah: octobre 1996 (Ironman)

En l'espace de deux ans, les 5 principaux membres (sur 8, en sachant que RZA est producteur du groupe, auteur, compositeur, chanteur, mais n'a pour ainsi dire pas sorti d'album. C'est lui le "boss" du Wu-Tang en quelque sorte) ont chacun sorti un premier album (le deuxième pour GZA) qui a cartonné, lesquels demeurent aujourd'hui encore des références.
Beaucoup pensaient que le Wu-Tang n'était alors qu'un regroupement de rappeurs qui avaient décidé de plancher sur un album, mais c'est faux. En tout cas, c'est pas comme ça qu'il faut voir les choses. En fait, quasiment tous les membres du Clan se connaissaient personnellement avant quoi que ce soit ne sorte d'un studio d'enregistrements. Tous sont de New York, et la grande partie de Brooklyn; un borough du sud sur Long Island, les autres de Staten Island. Donc pas juste une réunion de types aux quatre coins des States pour faire un disque commercial, mais un clan (à différencier d'un crew). La nuance est importante pour une raison. Dans un crew, il y a une hiérarchie parmi les membres. Même principe que dans une tribu; y a un boss, un taulier, celui qui est au-dessus et qui donne les ordres. En revanche dans un clan (au sens musical), la hiérarchie est abandonnée au profit d'un équilibre des voix, des propositions et du poids des avis. Même si RZA peut être considéré comme le cerveau de la bande (étant donné qu'il en est le producteur, manager et celui qui a négocié le contrat avec Loud Records pour cet album), chacun y a apporté sa patte à la compo. D'ailleurs, on remarque l'équilibre dans les textes et les chants en ce qui concerne les crédits. RZA producteur, ok. Mais des 12 morceaux qui composent Enter the Wu-Tang (36 Chambers), à aucun moment il y a moins de 2 bonhommes qui chantent; et ça peut aller jusqu'à 8 comme sur le génial "Protect Ya Neck" et le titre final "Wu-Tang : 7th Chamber - Part II". Et sur l'énorme "Da Mystery Of Chessboxin'" où ça rappe à tout-va et dans tous les sens, ils sont 7 à se passer les répliques. Les paroles et le débit sont monumentaux. Moment épique. Pour moi un des meilleurs de l'album, un flow de dingue et un beat de fond terriblement enivrant. Et Da Mystery... n'est qu'un exemple...y en a encore 11 comme ça !
Voilà donc en quoi cette association "clanique" doit plus se voir comme un groupe à part entière, d'autant plus que d'autres albums ont suivi. Et l'alchimie est absolument renversante dans ce Enter..., juste incroyable. A aucun moment des 12 morceaux l'on ne s'ennuie. C'est fluide, c'est clair et c'est net. Comme je le dis plus haut, il existe un débit impressionnant tout au long des 61 minutes de l'album. Tous les titres ont leurs touches personnelles, aucune répétition, aucun essoufflement, que dalle, rien de rébarbatif. Pas de copier/coller. Du pur jus original from NYC.

Certes, le hip-hop est un genre qui demande beaucoup de kilomètres au compteur pour l'auditeur (de même que dans le jazz d'ailleurs). C'est un domaine particulier, très vaste et nombre de groupes proposent des albums excellents, voire incroyables. La grande majorité des rappeurs ont des connaissances musicales très hétéroclites, puisant souvent leurs inspirations et sources dans la black music des années 60 et 70; en l'occurrence la funk et la soul. Mais également dans le rock et le jazz justement. Pour exemple, on peut parler de "Tearz" dont le Wu-Tang a utilisé le début de "After Laughter (Comes Tears)" de Wendy Rene (artiste soul inconnu, sauf du célèbre label Stax) qui a enregistré cette chanson en 1964, et l'a samplée, mixée et retravaillée. Bref, là c'est juste un exemple. C'est RZA qui aurait proposé ce After Laughter... aux autres. Ainsi pour aller dénicher une telle artiste au fin fond des années 60 qui a seulement enregistré trois singles, on peut se dire que le type a quelques bases en musique. En sachant que "quelques bases" est un large euphémisme. La cinquième piste 'Can It Be All So Simple' contient elle aussi un sample; celui de "The Way We Were" de Gladys Knight & The Pips ; un morceau de 1975. Et encore de la soul. Encore de la bonne zik de derrière les fagots. Et encore un groupe que seuls les spécialistes connaissent.

Donc sampler est une chose, mais une chose complexe et dangereuse. C'est pourquoi, c'est doublement honorable. Dangereux car, comme la TNT, il faut savoir manipuler le produit avec précaution, sinon BOUM dans la tronche. C'est pas le tout de prendre l'échantillon d'une chanson, autant faut-il savoir quoi en faire mais surtout de quelle manière. Les imbéciles diront que c'est du vol ou des conneries de ce genre, mais c'est par ignorance qu'ils condamnent cette pratique.

Ce Enter the Wu-Tang (36 Chambers) est un album majeur comme je l'ai expliqué plus haut. Certes, celles et ceux qui sont à la base réfractaires ou hermétiques au hip-hop, qu'ils passent leur chemin. Toutefois, ma review est écrite de sorte, non pas à convertir l'inconvertible, mais à mettre en valeur ce en quoi cet album vaut la peine d'être considéré et reconnu comme tel. Je ne suis pas spécialement un adorateur du hip-hop, mais l'ouverture d'esprit nécessite qu'on s'attarde sur des genres qui ne nous sont pas à la base familiers. Dire "j'aime pas ceci ou cela" juste sur des a priori, c'est moche et réducteur. Si t'as pas envie, j'te force pas mon pote, cependant si tu prends le temps de te poser, d'écouter les paroles (chope-les sur le net car des rappeurs US ça va vite, et pire, ils utilisent souvent le slang), d'écouter les détails de cet album, de rentrer dans une espèce de communion avec les types, leurs délires et de considérer le travail effectué tout au long des 12 titres, tu comprendras ce que j'veux dire.

A l'instar d'une poignée d'albums que je vénère, ce Enter the Wu-Tang (36 Chambers) n'est entaché d'aucun défaut. Il est de ceux qui te donne (et donnera) toujours satisfaction. Chaque écoute sera un plaisir auditif, une osmose, cette alchimie si particulière que tu l'élèveras au rang de chef-d’œuvre sans sourciller.
Des beats, un débit de lyrics et des samples idéalement placés dans la mélodie font de lui la référence ultime du hip-hop.

Rien à ajouter.
Pièce unique.
Chef-d’œuvre du hip-hop.

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