Vous ne trouvez pas les toutes dernières sorties ? C'est normal : on rencontre un petit problème avec la base de données Musique. Désolé du désagrément et merci pour votre patience. On revient vers vous dès que la cause du problème est réglée.

E N / E N / E N / E N / E N / EN / EN / EN / EN

Avis sur Everything Now

Avatar Gargantues
Critique publiée par le

Motifs

Attendu que Arcade Fire est le groupe de rock le plus important de la décennie passée, qu'il a défini à lui seul pratiquement la signification du mot "indépendant" en 2004, qu'il a fait sombrer de jeunes adolescents par milliers dans la spirale infernale qu'est l'amour de la musique, que sa seule présence en tête d'affiche à un festival nous plonge dans un océan de bonheur et de nostalgie ;

Attendu que Win Butler et Régine Chassagne continuent d'inspirer un nombre incalculable de jeunes artistes, leur démontrant qu'être beau n'est pas un pré-requis pour lancer une carrière fructueuse dans le music game ;

Attendu que, voir son groupe se faire approuver par David Bowie himself, c'est quand même la grande classe, même 15 ans après ;

Attendu que, à une époque où Drake et Justin Bieber dominent les charts, le Canada pouvait encore se targuer d'avoir fourni de bons artistes, au rang desquels Arcade Fire faisait figure de porte-étendard ;

Attendu que Funeral reste après tout ce temps l'un des albums les plus aboutis des années 2000, que l'on continue à s'époumoner sur le refrain de Wake Up, qu'on n'a toujours pas fini de verser une larme en entendant les couplets déchirants de Neighborhood #1 (Tunnels), que les violons de Crown of Love feront vibrer nos petits coeurs encore dans vingt ans ;

Attendu que, en 2007, Neon Bible a su séduire ce vieux grincheux du nom de Robert Christgau, que dix ans après on n'en revient toujours pas qu'il avait encore assez de joie et d'amour en lui pour flanquer des A+ ;

Attendu que, en 2010, The Suburbs a réussi à nous faire douter une fois de plus sur la nature de notre indie band préféré : Grizzly Bear ? The National ? Fleet Foxes ? Dirty Projectors ? Nope, Arcade Fire consolide sa place de grand favori. Sept ans après, les débats font toujours autant rage sur internet au sujet des ombres dans la voiture figurant sur la pochette : sont-ce les sièges? Ou sont-ce des chats? Merci d'alimenter nos discussions, Arcade Fire. La vie sans vous serait bien triste ;

Attendu que, en 2013, Reflektor a complètement changé la direction artistique du groupe canadien, James Murphy les rendant quasi disco après qu'il eut posé sa patte de producteur sur le disque ; qu'à la première écoute de Reflektor, on y croyait plus du tout, pour qu'au final de nombreux fans considèrent encore aujourd'hui Normal Person, Afterlife et We Exist comme certains des meilleurs morceaux qu'ils aient pu composer ;

Attendu que, la discographie d'Arcade Fire était il y a encore une semaine un monument intouchable, une idée de la perfection, un symbole de l'héritage idéal, un modèle pour tous les artistes en devenir, devenants et devenus ;

Attendu que, en 2017, on se demande toujours si ce marketing ultra forcé autour du merchandising Everything Now est une blague ou pas ; que regarder défiler sur Facebook et Twitter des photos de Win arborant sa nouvelle marque nous fait demander si tout cela n'est pas au fond le reflet de notre société corporatiste, qu'Arcade Fire parodie nos habitus capitalistes et matérialistes, nous faisant réfléchir sur la mondialisation, le culte de l'apparence et du paraître ;

Attendu qu'en lisant la critique de Everything Now dans le NME, je me suis rendu compte que même avec la meilleur volonté du monde, on ne peut nous faire passer cet album pour un '5 étoiles', que défendre cet album est aussi absurde que l'écouter ;

Attendu que, à l'écoute du morceau-titre sorti en tant que premier single, nous nous sommes tous demandés si on ne laisserait pas le champ lexical des étoiles et des rêves à Coldplay, si on ne laisserait pas cette mélodie de piano à un quelconque groupe de pop suédoise ; qu'à l'écoute du morceau-titre, nous nous sommes tous demandés quand est-ce que la flûte de pan était revenue à la mode ;

Attendu que, à l'écoute de Signs of Life, on se demande si Win Butler est au courant que la chanson parle assurément d'Arcade Fire ; que si oui, on peut leur féliciter d'avoir autant d'auto-dérision ;

Attendu qu'à l'arrivée de Creature Comfort, notre seule envie est d'étouffer Régine Chassagne et la demi-douzaine de backing vocals avec les cordes du violon d'Owen Palett ; qu'avoir un membre de Portishead et un autre de Pulp pour produire un morceau n'est apparement pas suffisant pour le rendre bon ;

Attendu que le dubby Peter Pan nous redonne un peu d'espoir au milieu de ce chaos qui paraissait jusque là sans fin ;

Attendu que Chemistry avec sa saveur de ska jamaïcaine nous fait perdre définitivement toute once d'espoir, qu'arrivé à Infinite Content et Infinite_Content, on sait plus si on doit rire ou pleurer ;

Attendu que, si on met les paroles de côté, Electric Blue n'est pas si mal ; que Good God Damn est reposant et loin d'être aussi déplaisant que Chemistry ;

Attendu que Put Your Money On Me reste le moment le plus poétique de l'album, qu'il aurait pu passer incognito sur The Suburbs ou Reflektor ; qu'il aura fallu attendre une trentaine de minute avant d'avoir un refrain digne de ce nom avec des cuivres sympatoches et des choeurs satisfaisants ;

Attendu que We Don't Deserve Love renoue Arcade Fire avec la période Funeral, qu'ils nous prouvent avec ce morceau qu'ils savent encore écrire des paroles sensées et poignantes ;

Attendu que, avec Everything Now, on pourra enfin admettre qu'aucun groupe n'est parfait, qu'il arrive même au meilleur d'entre nous de faire des erreurs, que même Arcade Fire peut sortir de mauvais albums ;

Attendu que, avant la sortie d'Everything Now, Arcade Fire était cool ; que maintenant, à force de nous persuader qu'ils sont cools, ben ils ne le sont plus du tout ;

Attendu que l'on saura, maintenant, qu'engager Thomas Banglater pour produire son album ne fera pas de lui une réussite automatique ;

Attendu que, pour cette année, le meilleur disque d'Arcade Fire n'aura pas même été fait par Arcade Fire mais par les Broken Social Scene ; que voir Broken Social Scene faire du Arcade Fire mieux que Arcade Fire emplit mon coeur de rage et de dégout ;

Attendu qu'entendre Win Butler feindre un chant rappé sur Chemistry restera l'expérience la plus traumatisante que j'aurais vécu cette année ;

Attendu que la somme des mauvais morceaux sur cet album dépasse la somme des morceaux non-mauvais ; que les morceaux non-mauvais ne sont pas pour autant bons ; que les morceaux substantiellement 'bons' sont au nombre de deux ; que les morceaux excellents sont inexistants ;

Attendu que l'attente suscitée par un groupe de la taille d'Arcade Fire suffit à rendre un album inoffensif tel qu'Everything Now encore moins supportable que ce qu'il n'est réellement ;

Attendu que les paroles sont en deçà de tout ce que l'on peut imaginer ("love is hard, sex is easy/ God in Heaven, could you please me?”)

Attendu que ternir son image de la sorte, c'est quand même triste ;

Jugement

Par ces motifs, Everything Now est probablement un album moyen au regard des standards actuels, et assurément un mauvais album au regard des standards institués par Arcade Fire.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1673 fois
32 apprécient · 4 n'apprécient pas

Gargantues a ajouté cet album à 1 liste Everything Now

Autres actions de Gargantues Everything Now