On vous épargnera les cocoricos sur le parcours de ces frenchies expatriés à Los Angeles qui ont, en 2010, formé Yard of Blondes. Car ce duo, devenu quatuor électrique après des débuts exclusivement Pop-Folk, sonne tellement US qu’on les croirait tout droit sortis du terroir local.
Profondément enracinée dans la culture Rock américaine post 90’s (quelque part entre QOTSA, Smashing Pumpkins et Nirvana), la musique de Yard of Blondes ne manque pour autant pas de singularités saisissantes. La plus frappante d’entre toutes émane probablement des lignes de chant : les voix de Vincent (lead singer) et de Fanny (bassiste et vocaliste) autorisent tellement de modulations et ouvrent tellement de portes, que Yard of Blondes sait se faire tour à tour (ou parfois tout à la fois) sauvage, cajoleur et/ou lyrique. Un atout majeur pour les compositions du groupe, qui font tourner à plein régime (et à plein potentiel) des mélodies par-dessus la tête. Jamais Yard of Blondes ne tourne autour du pot et l’album est épatant de concision, d’efficacité et d’homogénéité, sans s’interdire d’être varié. Les grosses guitares dopées aux power chords charpentent une majorité de titres énergiques, appuyant un spectre d’émotions très marquées, la colère tutoyant les doutes et ménageant même quelques moments d’apaisement. Clairement drivé par la virtuosité versatile du chant, l’album impressionne par sa fausse simplicité, cachant derrière des structures immédiatement accrocheuses et des refrains entêtants, une pile d’idées et d’inspirations mélodiques de premier plan. « Feed the Moon » fait ainsi partie de cette rare catégorie d’albums qui s’écoutent d’une traite, car pour qui aura accroché aux premières minutes, les temps faibles n’arriveront jamais. Ça n’a certainement pas l’assise technique d’un QOTSA ou d’un Soundgarden, mais Yard of Blondes rappelle combien la magie d’un bon morceau tient davantage en la créativité de l’écriture et en l’investissement émotionnel consenti, qu’en des effets de manche. « Feed the Moon » n’en touche que plus directement au cœur et aux tripes. Plus encore : il pose les bases d’un groupe déjà accompli, qui a certainement encore beaucoup de choses à dire et que l’on a hâte de suivre dans ses prochaines aventures.