C’était couru dès sa bande-annonce : Shyamalan allait nous faire du pur Shyamalan, écartant encore d'un revers de main les injonctions lui intimant (on ne sait guère trop pourquoi) de se "réinventer". Et c’est à peu près ça, à ceci près que "Old" joue frontalement (et certainement comme jamais) la carte de la surabondance : beaucoup de personnages plongés dans une situation folle, pris dans le tourniquet d’un drame accéléré. Le tout dans un écrin fantastique dont le réalisateur est coutumier. De fait, on peut tant considérer que "Old" assume la frénésie de son sujet, pour en faire une fresque à symboles qui défilent sans qu’on ait le temps (forcément) de s’y arrêter, comme on peut regretter d’être pris de vitesse, lâché les bras ballants par un récit qui n’attend pas que vous croyiez en lui. Plus ennuyeux encore, il faudra se pincer plusieurs fois pour se convaincre que les personnages eux-mêmes croient en ce qu’ils vivent, comme contraints d’accepter l’incroyable, parce qu’il faudra bien passer à la scène suivante (incroyable, elle aussi). Les invraisemblances sont pléthoriques, mais – et c’est tout le génie de Night Shyamalan – elles trouvent pour la plupart des justifications métaphoriques valides autour d’un concept aussi usé qu’inépuisable : celui de notre rapport au temps. Et c’est peu dire qu’il sera mis à rude épreuve ici : si le film vous paraît absurde, c’est essentiellement parce que la mécanique autour de laquelle il est construit ne peut guère conduire qu’à ça, Shyamalan embrassant la chose en ne lésinant pas sur un humour sciemment grotesque, lequel devrait d’ailleurs mettre la team premier degré en état d’inconfort avancé. Car s’il est une chose à reconnaître à ce "Old", c’est qu’il fait du ridicule une arme, davantage qu’un écueil.
Pour autant, si ce grand huit régressif se veut également sombre et porteur d’un discours plus grave, il échoue à rendre ses personnages intéressants et pire encore, il n’évite pas les grosses ficelles hyper explicites (et foutrement caricaturales, tant sur la forme que sur le fond) par lesquelles on s’assure que tout le monde suit. Très ambitieux sur le papier, "Old" peine à transcender l’irréalisme de son pitch et ne parvient que rarement à nous embarquer complètement. S’il ne manque pas de divertir et d’arracher quelques émotions (trop peu, malgré tout), on a ce sentiment désagréable de résister en continu à ce que l’on voit, preuve que la magie n’a pas pris : Shyamalan n’est jamais plus brillant que lorsqu’il rend crédible l’impossible. Ou lorsque qu’il rend l’invraisemblable captivant à l’écran, quitte à user (et abuser) de roublardise. Or, là où le dénuement d’un "The Visit" lui permettait d’asseoir une maîtrise proche de la perfection, l’immodestie de ce "Old" (en dépit du format cadré d'un quasi-huis clos) éparpille le talent du cinéaste dans un film globalement attachant mais inégal, et dont on ne peut s’empêcher de penser qu’il lui aura en partie échappé.