Foreverland, un îlot d'espoir

Avis sur Foreverland

Avatar Hadrien Mathoux
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Quel soulagement à l'écoute de cet album ! Six ans après Bang Goes The Knighthood, Neil Hannon nous avait laissés dans le doute : était-il encore possible de produire en 2016 cette pop élégante, raffinée, orchestrale et mélodique ? L'époque était-elle encore propice à un tel travail d'orfèvre, maintenant que des chanteuses de musique synthétique triomphent dans les charts en choisissant leur fessier comme sujet majeur de leurs chansons ?
La réponse est - heureusement - oui, et douze fois oui, autant que de chansons de ce Foreverland. The Divine Comedy n'a pas perdu une once de ce talent si particulier : offrir une musique à la fois sophistiquée et accessible. Dans une interview à la BBC, Neil Hannon décrivait le dilemme de l'artiste pop : "d'un côté, il s'agit d'offrir aux gens la musique qu'ils veulent entendre : sécurisante, familière, inoffensive. Mais de l'autre côté, il y a ce besoin de donner aux gens la musique que vous pensez qu'ils devraient écouter : quelque chose d'original, de stimulant..."
Dans son nouvel album, le dandy nord-irlandais accomplit cette synthèse parfaite, toujours tout en décalage : se décrivant lui-même comme "un anachronisme ambulant", Hannon parvient à parler de l'amour, des relations et de leurs soubresauts à travers douze pièces qui font rêver, et voyager l'auditeur : on entre dans la tête de Napoléon et de ses tourments ("Napoleon Complex"), avant de s'extasier devant Catherine de Russie ("Catherine The Great"), de partir en mer à la recherche d'un paradis imaginaire ("Foreverland") ou à la rescousse d'une demoiselle en détresse ("To The Rescue"). Qui peut encore se permettre ceci en 2016, excepté le dandy de la pop orchestrale ? Il semble avoir tout compris à ce petit jeu, consistant à parler d'amour tout en discutant d'autres choses : "Ce n'est pas que vous essayez de cacher des choses, mais si vous les dites directement, c'est un peu ennuyeux et pas très poétique. J'aime bien présenter les choses avec une perspective différente".
On touche souvent au sublime. Textes, mélodies et arrangements sont tour à tour drôles ("How Can You Leave Me On My Own"), charmants ("Funny Peculiar"), poignants ("Other People")... Mis à part un petit passage faible en fin d'album ("My Happy Place" et "A Desperate Man"), c'est un bonheur ininterrompu, qui s'intensifiera au fur et à mesure des écoutes. Il est certes interdit de le décréter, mais la conclusion s'impose : le bon goût vit encore. Merci à The Divine Comedy.

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