Un album sans genre défini, plutôt un mélange, mais sombre, avec des tensions et aussi des moments calmes, du folk au début pour entamer la galette, la chanteuse France Cartigny avec sa voix un peu fragile, gracile, entre chant et diction, c’est selon, qui illumine la reprise du traditionnel qui ouvre l’album, « Aux marches du palais » semble renaître et sortir de la naphtaline. Un peu plus tard elle reviendra dire un poème de Tristan Corbière « Trois fois barbare », qui fut autrefois signalé par Verlaine dans son essai « Les Poètes maudits ».
Ce n’est pas tout, la poésie contemporaine est à l’honneur également, avec Anne-James Chaton qui dit deux textes de sa voix grave, tendue, tellement neutre qu’elle en devient implacable, intrusion du quotidien avec « comédie », texte basé sur la lecture de tickets de caisse, qui vous plonge dans l’absurde de la société de consommation, tout en réhabilitant des écrits qui nous environnent et disent tant sur ce que nous sommes. Pour ceux qui ont apprécié « Transfer », déjà présenté.
Un autre invité, Fabrice Planquette à l’électro apporte lui aussi de nouvelles couleurs sur deux titres et François-René Labous joue du bugle sur le dernier morceau de l’album. Tout indique ici que le groupe a voulu contourner l’aspect un peu uniforme de l’essai précédent, les tensions dont il s’est fait spécialiste, sont toujours présentes et le trio se retrouve sur quelques titres qui réaffirment l’identité du groupe. Un album riche et passionnant qui traverse les genres, poèmes, post rock, folk, avant-garde et une petite goutte de jazz.