Sazamyzy, c’est l’un des fantômes les plus fascinants du rap français : un rappeur underground malgré lui, toujours resté dans l’ombre alors qu’il a frôlé les moments clés du game. Il apprend à rapper aux côtés de La Cliqua, passe par la case prison avec Booba — qui lui offrira d’ailleurs son blaze, Samy -> “Sazamyzy”, qu’il gardera, Booba le citant dans Pazalaza pour Sazamuzer sur l’album Panthéon — et collabore même avec Kaaris avant Or Noir. Jusqu’en 2020, il rejoint les théories du complot, où il accompagnera et conseillera Freeze Corleone dans sa carrière. Pourtant, malgré tout cela, il ne percera jamais vraiment. Et c’est peut-être ça qui fait sa légende.


les projets Grand Banditisme 3 / Braquage en YZ, c’est comme si Lex Luger et toute la 808 Mafia d’Atlanta avaient posé leurs matériels de production au cœur des montagnes berbères. Une trap brute, mal mixée, fière et DZ. Les productions majoritairement signées Sazamyzy sont inimitables. Il revendique ses productions sur-mesure, ce qui explique le nom de son label "Haute Couture Musicale". Ses productions tissent des samples de raï, explosent en beat switchs imprévisibles, balancent des cuts secs, des tags hurlés, et cachent des effets de transition derrière des vrombissements de moteurs V8, des bruits de cross ou des rafales d’armes de guerre. Mention spéciale à son clip culte, où un gars de sa cité, déguisé en Mickey, enchaîne des roues arrière en cross sur l’autoroute.

Une esthétique de l’excès, poussée à son paroxysme, jusque dans le nombre de featurings : plus d’une vingtaine de rappeurs alignés. Les paroles ne sont pas en reste : elles rivalisent avec la démesure des productions, avec des punchlines dignes du fiché S — “kidnappe la femme du président et demande une rançon”.

Ceux qui ont eu le CD physique se souviennent de la photo à l’intérieur de la boîte : une grand-mère algérienne en habit traditionnel, brandissant un bazooka sur son épaule.


Le résultat ? Une trap presque expérimentale, radicale, inclassable. Un ovni sonore, jamais entendu ni dans l’histoire du rap français, ni peut-être même dans celle du rap tout court. Le son le plus marquant reste peut être "Braquage à l’algérienne", où Cheb Tarik, chanteur de raï traditionnel, pousse un chant brut, sans traitement, sur une basse 808 no melody pendant près de 20 secondes en introduction. 

Mikhail_Kapuscinski
6

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il y a 2 jours

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