Les années 80 ont parfois mauvaise réputation, jugés trop formelles et donc trop datés. Ce serait oublier l’essentiel et l’émoi suscité par The Cure, And Also The Trees et la cohorte des groupes 4AD qui ont œuvré pour rendre encore plus arty le rock – et là je ne cite que les artistes britanniques. Avec The Fatales, on revit ce même romantisme noir, cette mélancolie assumée, ce soupçon de dandysme bienfaiteur et ce, avec d’autant plus de plaisir que le groupe américain, débarrassé de certains tics de l’époque, tire le genre du coté du classieux et de l’élégance intemporelle. Peu de groupes peuvent s’enorgueillir de ça (Piano Magic mais après ?).
Emmené par Wayne Switzer, un chanteur vertigineux d’émotions, The Fatales propose une musique sophistiquée alliant guitares reverbérées, piano, violon et subtiles programmations. On vibre sur les impeccables Evergreen et Darkened country, on se laisse aller à une langueur délicieuse sur Statdpark (majestueuse digression sur un thème proche de « Twin Peaks »). On se dit même que Vanishing art pourrait devenir un tube, à l’instar d’une chanson de Coldplay (sans que le groupe ne revoit à la baisse ses ambitions). Et par je ne sais quel mystère chimique, The Great surround nous laisse ivre d'émotions et de senteurs. The Fatales nous aime mais a choisi les ténèbres. On les suit les yeux fermés et le sourire béat.