Hidden Tensions, disque jouissif par excellence, possède aussi l’élégance racée d’un post-punk d’exception. De quoi contenter la tête et les jambes.

Il faut dire que ces Nantais d’adoption ont plusieurs atouts dans leur manche. Celui d’avoir un chanteur originaire de Jersey, ce qui garantit d’avoir un bon accent et la présence charismatique idoine à l’exercice. En plus, Sam n’a peur de chanter et de jouer le frontman dans une formation qui affiche crânement ses ambitions : faire un disque post-punk / new wave / gothique ultra efficace, capable de faire la nique à toute concurrence anglo-saxonne. Von Pariahs n’a aucun complexe. C’est là que le groupe sort un deuxième atout, une mise en place au carré, garantie de faire bouger dans les chaumières et de prendre le public à bras le corps.

Les Nantais ont choisi de se caler dans une filiation qui ne mérite pas la médiocrité : Gang of Four, Bauhaus, Public Image Limited. Il convient donc d’être abrasif et direct. Mais à cela, Von Pariahs y ajoute une certaine élégance et un tempérament racé. Sam donne bien cette touche dandy mais à cela s’ajoutent des reverbs sur les guitares qui apportent une distance altière à des attaques percutantes (Gruesome, Someone new). Sur Carolina, le jeu des toms rappellera la tribalité de Siousxie and the Banshees ; Sam s’en donne à coeur joie pour devenir un interprète (encore plus) habité par sa musique. Mais avec Von Pariahs, pas une seconde à perdre : Skywalking vous invite à l’urgence d’une danse chaotique. Ce sera aussi le cas sur Uptight, en plus robotique, ou Nerves qui rappelle le meilleur de The Rapture. Still Human en remet un couche dans un post-punk clinique et rentre-dedans (à coups d’effet flanger). Trippin’ lui préfère le grinçant des guitares et le minimalisme de la batterie, avec une montée d’intensité psychotique où Sam répète apeuré « Paranoid« , dans une réincarnation de Ian Curtis. Morceau le plus brut, Debauchery se complaît dans une débauche de guitares sauvagement punks. A chaque fois, tout au long du disque, Von Pariahs donne des nuances à sa musique tout en gardant cette dualité entre élégance décadente et énergie soutenue. On sera peut-être un peu moins fan dès lors que le groupe choisit de calmer le jeu : pour un 19.09_3 trouble et dès lors réussi, At the fairground rappelle un peu trop les envolées d’un U2 années 80. Comme on a beaucoup joui par ailleurs, on ne leur veut pas.
denizor
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le 15 nov. 2013

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