Je m’étais carrément trompé. En recevant le disque de Guns of Brixton, je m’attendais à recevoir une énième resucée des indépassables Clash. En lisant le mot « dub » sur l’album, je me voyais déjà accoler l’adjectif « festif » au rock de ce groupe de Caen adoptant sans doute dread-locks et pétard au bord des lèvres. Rien de tout cela, mais j’avais une excuse : celle de ne pas les avoir découverts sur leur premier album, near dub experience, joliment loué dans la presse et les webzines. Les Caennais font certes référence aux Clash mais pas pour leur musique ; plutôt pour les ouvertures Dub des Anglais à partir de et sans doute aussi pour l’implication politique dont on fait preuve indubitablement la bande à Strummer (le titre des Clash faisant lui-même référence aux émeutes du ghetto de Brixton). Ce qui permet à Guns Of Brixton, le groupe, d’avoir immédiatement une volonté politique affichée en faisant l’économie presque généralisée du chant.
Ce qui n’est pas plus mal, le texte de 911 expressif et dépressif ne fait pas dans la dentelle. Un petit discours de George Bush samplé vaut mieux que tout autre mot (Operation Bretzel proche dans son traitement de la musique d’Arca). La musique de Guns of Brixton est donc hypnotique, déroulant une frise infernale qui se nourrit de samples, de basses ensorcelantes et de guitares lourdes et métallisées. Le groupe peut être plus franchement dub (avec saxo) il ne perd pas sa force. Le genre de trip marquant, de climats complexes et de puissance de feu qui a rendu Lab° et Idem indispensables. Guns of Brixton ne l’est pas moins quand ils font émerger derrière une voix de corse aux volutes étonnamment arabisantes une guitare et un clavier aérés comme une clairière au milieu d’une forêt d’ortie. Le genre d’album qui pourra réconcilier les fans de Mezzanine (LE Massive Attack), les post-rockeurs, les métalleux et les rockeurs de tout poil.