Prémisses en sol

Avis sur L'Homme à tête de chou

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C'était au Zénith. Rien à voir avec celui du soleil, c'était même plutôt la nuit, je parle du Zénith de Paris, une salle de concert comme il en existe des centaines. Simplement, ce jour-là, je m'étais démerdé pour me placer au coeur du public. Des heures que j'étais arrivé, des mois que j'avais préparé mon coup, pour surtout pas rater ça.
Serge Gainsbourg en live.

Le grand Serge, en vrai. Le poète maudit de la chanson française, le libertin des mots.
On l'a vu arriver sale, mal rasé, titubant, probablement encore un peu bourré. Des lunettes de soleil en travers de la gueule pour atténuer la brillance des projecteurs, et puis un tabouret au milieu de la scène.

Moi j'étais pile en face, vissé sur mon siège. En prenant le micro, Gainsbourg s'est transformé. Habité, possédé, va savoir, mais une force supérieure le guidait alors qu'il nous racontait une histoire terrible. Une histoire d'amour, de jalousie, de folie, de sexe, et de mort. L'histoire d'un type qui tombe amoureux d'une coiffeuse du nom de Marilou.

Derrière son attitude, la flamme de ses paroles, j'ai l'impression d'assister au début de la mutation. Les prémisses de Gainsbarre, parangon de liberté et de luxure. Mais rapidement, c'est pas ça qui m'attire l'oeil. C'est Marilou.
Marilou, je suis persuadé de la voir sur scène. Un fantôme, une apparition ou une hallucination, mais je la vois flotter à côté de Gainsbourg. Et je pense que lui aussi la voit. Son esprit est ailleurs, ses pensées sont hors de ce temps, perdues vers Marilou.

Dans son regard absent, et son iris absinthe, je sens que Gainsbourg n'est plus là. Je me dis d'abord que Gainsbourg se barre, et que Gainsbarre se bourre, que c'est le début de la mutation.
Mais alors que s'achève Variations sur Marilou, un sursaut de conscience me fait ouvrir les yeux. Le Zénith est vide. Je suis seul dans la salle. Gainsbourg n'est pas sur scène, et pour cause, il est mort depuis plus de 25 ans.

Et pourtant, quelque chose d'infini, d'intemporel dans sa musique me laisse penser que c'est comme s'il était présent. Le beauté de ses textes, l'audace de ses compositions, l'irrévérence de son personnage, l'abîme de sa descente aux enfers. En gravant des mots sur son époque, en défiant la poésie en duel, c'est bien le temps qui s'inclinera devant le duo Gainsbourg/Gainsbarre.

Serge Gainsbourg est mort, ou presque.

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