Ce que j’ai tout particulièrement apprécié dans cet album, c’est ce sentiment mixte très troublant, qui fait que, à la fois, on se sent pleinement immergés dans une atmosphère saturée d’incalculables sonorités, et en même temps on a l’impression de demeurer, je ne dirais pas « à distance » de cet univers sonore, mais en tout cas étranger à lui, comme si malgré la présence grouillante et vibrante (c’est le cas de le dire…) de tous ces êtres bruissants, je ne pouvais pleinement pénétrer dans le monde qu’il m’est donné d’entendre. Cela, pour une raison très simple, qui me paraît constituer un nerf esthétique de l’album : c’est que la forêt tropicale, ça fait du bruit, certes, mais ces bruits, à force, on a bien du mal à les identifier. D’autant qu’on n’a pas tous l’habitude de fréquenter ce genre d’endroits, c’est peu de le dire… Alors l’oreille tâtonne : bourdonnement… d’un bourdon ? d’un frelon ? ou de quelque autre insecte volant dont j’ignore le nom et jusqu’à l’existence, par extension ? Crissements… de criquets ? ou d’autre chose ? Ruissellement... d'une pluie diluvienne ? Ou d'autres fois d'une cascade ? Dans cette entrée strictement sonore au sein de la forêt amazonienne, il est bien difficile de savoir ce que l’on entend, sinon une déferlante de vie dont les émissions acoustiques sonnent comme autant de menaces. Si l’album se veut immersif (je pense…), cette immersion reste marquée de l’indice du lointain, de l’étrangeté, tant on peine à démêler l’écheveau des sons qui s’entrechoquent, se confondent en une sorte d’immense cacophonie. Tout se passe donc comme si l’on demeurait au seuil de ce monde au sein duquel on nous invite pourtant à pénétrer. C'est pour moi le pari de l'album : reconstituer un univers, un espace purement sonore, auquel on n'a d'accès que par un seul sens, lequel n'est pas la vue, sens le plus chargé de valeur cognitive. Nous donner la forêt, non pas à voir, mais à entendre, dans la charge d'insaisissable que comprend la réalité toujours lointaine, et qui pourtant nous accule et nous oppresse, de ces sons de bestioles en tous genres.


BobDylan
9
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le 9 juin 2026

Modifiée

le 9 juin 2026

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