Pour son album Endtroducing, DJ Shadow avait écrit : « toute une vie dédiée à la culture vinyle » et d’énoncer ensuite la liste de tous les artistes qui l’avaient marqué et qui avaient abouti in fine à sa musique à lui. Philippe Raimond aurait pu s’en inspirer, tant on sent que son projet Ichliebelove est le résultat d’une vie de mélomane, parfaitement digérée, pour créer une musique télescopant les genres musicaux dans un grand-tout génial. Les références du Tourangeau ne sont pas les mêmes que celle de DJ Shadow (encore que, en cherchant bien) mais l’ouverture est identique. Tout d’abord Ichliebelove adopte le credo des Beatles qui affirme que recherches sonores et musique savante doivent se mettre au service d’une musique facilement abordable et populaire. Life-enhancing Solutions s’écoute donc d’une traite avec gourmandise, ce qui n’était pas gagné au départ car le disque est riche et ses ingrédients ne sont pas tous faciles. On notera dans le désordre et sans hiérarchie,
les influences de Cure, d’Elbow (Rev III, Whisky and Downers) de la folie Madchester (Bad with Faces, worse with names vous invite à un party débridé digne des Happy Mondays), d’un psychédélisme cosmique proche de Spiritualized (Born Again Sinner) de l’électronique tendance de Jay Jay Johanson, de John Barry en filigrane de l’ haletant My Guru Friend. Contrairement à DJ Shadow précédemment cité, chez Ichliebelove pas de sample (si ce n’est des dialogues radiophoniques) : tout est joué et de ce côté là, le Tourangeau s’est donné les moyens de ses ambitions en invitant pas de moins de 15 musiciens (notamment des cuivres) pour faire de Life-enhancing Solutions d’ores et déjà sa grande oeuvre. Parmi eux, Laudanum apporte la puissance de sa guitare noise sur l’ antérieurement zen Low Connection. Ichliebelove a sans doute peur du vide mais en grand ordonnanceur, il utilise chaque son, chaque influence et chaque musicien à merveille.