Lithopédion - C’est rien de bien méchant

Avis sur Lithopédion

Avatar Jonathan_McNulty
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C’est rien de bien méchant. C’est juste l’histoire d’un mec qui se cherche, en pleine crise identitaire. Un mec qui se livre, un mec qui n’a même pas besoin de se justifier sur la véracité de ses propos pour convaincre son auditoire que sa musique est son exutoire. Les faits sont là : troisième album, plus précisément le second dans ce triptyque annoncé et initié avec Ipséité, Lithopédion dessine les frontières fragiles de la maturité artistique et de toute l’ambition musicale de Damso. Alors c’est un peu moins méchant. Le jeu des répétitions est flagrant : chaque titre de Lithopédion fait écho aux temps forts du précèdent album, en moins bien ou en mieux. Le rappeur de Batterie Faible n’est pas mort, il n’est juste plus parce qu’il se paie la liberté de lever ses deux majeurs en l’air au carcan du rap francophone.

Introduction est ce qui se rapproche le plus de l’allégorie d’une allumette incandescente proche de centaines de litres de pétrole. Le réveil ou le coma d’un monstre qui frappe, insulte, crie. La gestion du souffle est subtile, mais perceptible, allégorie de sa détermination à exploser tous les murs qui se mettront en travers de son chemin. Une sorte de force tranquille qui ne surprend pas vraiment, mais qui pique en seulement quelques secondes et qui rappelle à quel point Damso est non seulement un auteur de talent, mais un interprète qui a tout, absolument tout, compris.

Puis à la surprise générale, comme si Introduction était un ultime cadeau à ceux qui se sont pris un soufflet avec son couplet sur Pinocchio, le monstre s’éteint. L’humain commence à parler. Le rap s’efface, l’agressivité verbale laisse place à des mouvements internes, symboles des obsessions et des peurs de l’homme. Assurément les fois où Damso est le plus efficace : quand il parle de lui, de sa paternité, de ses infidélités, et de son mépris des travers de l’être humain. La force de ses déceptions est devenue un terrain de jeu, quitte à tourner parfois en rond.

Dans sa zone de confort, le Belge fait ce qu’il sait faire de mieux, tout en atteignant les limites d’une formule qui avait fait des miracles sur le précédent album. Derrière l’ambition globale de « niquer des mères » ou encore « niquer les fils de putains » (ce qui reste tout à fait louable, soyons bien d’accord), Lithopédion symbolise l’apogée de Damso, mais aussi sa potentielle chute. Julien, présenté comme le moment incontournable, fonctionne beaucoup plus par son rythme que par le sujet qu’il évoque, et fait malheureusement trop écho à Amnésie, soit l’équivalent du point Godwin du rappeur, où il est capable de décrocher des mâchoires en quelques mesures. La formule est presque rodée sur tous les titres. Lithopédion agit comme un miroir et répond à Ipséité, comme si l’album représentait la dualité d’un artiste qui s’éloigne doucement, mais sûrement de ce pour quoi le monde l’aime ou le déteste.

C’est rien de bien méchant. C’est toujours dans le haut du panier, avec des temps forts et des temps un peu plus faibles. C’est sûrement la fin d’un chapitre, toujours dans la droite lignée de ce que Damso fait de mieux : se raconter, se revendiquer d’être un enculé de première, tout en arrivant à vous faire avaler son… romantisme assumé.

Note : Tout est noir donc tout y est /5

Leçon de misanthropie n°1 :
« J’aime pas l’humain, j’préfère les espèces » - Introduction

Leçon de vulgarité n°1 :
« Quatre zéro zéro années, mais c’est rien d’bien méchant non plus / Qu’on nous la met jusqu’à la monnaie, et ça bien profond dans le cul / Des fils de putains, y’en a plus d’un c’est sûr » - Introduction

Leçon de vulgarité n°2 :
« Les hommes mentent mais pas la trique, viens, j’vais te dire la vérité » - Smog

Leçon de misanthropie n°2 :
« Donne-moi ton cœur et j’te donnerai le mien / Sauf qu’il est tout noir et qu’il touche à sa fin » - NMI

Leçon de vulgarité n°3 :
« Inconscient, ma conscience est euthanasiée / Manque d’attention ma semence est déjà crachée » - Aux Paradis

Leçon de vie :
« J’ai couru dans mon cerveau jusqu’au fond de mon être / J’ai trouvé loin de mes vaisseaux tout ce qui faisait mon être » - Humain

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