La France est championne du monde pour mettre des gens dans les cases. Ce qui ne sera finalement pas si facile avec Austine. Pour les uns, elle sera « chanson », pour les autres « pop ». Pour mettre tout le monde d’accord, disons que la jeune femme pourrait représenter ce que devrait être de la chanson de qualité si le terme n’était déjà réservé à des pseudos Brel et Brassens avec la voix outrageusement mise en avant et des arrangements musicaux réduits à une peau de chagrin. La musique n’est alors utilisée que comme accompagnement et faire-valoir. Avec Austine, c’est légèrement différent et c’est en cela qu’est toute la différence. On ne pourra pas lui enlever la précision et l’intelligence de sa plume qui fustige les régimes avec humour (Leitmotiv) ou qui plus généralement parle du sempiternel amour mais en creux et avec un regard biaisé et décalé. On sera forcément séduit par le timbre vocal d’Austine, par sa capacité à chanter juste (pas toujours évidente avec les « chanteurs ») avec douceur et musicalité et une capacité à « mélodiser » sans tapage la musique.
Mais surtout, elle se place sur un terrain qui la rend mine de rien plus fréquentable que la plupart de ses contemporain(e)s francophones. Drivés par ses deux réalisateurs, Robin Leduc et Cocosuma, grands connaisseurs en histoire de la pop anglo-saxonne et jamais à courts d’idées, Austine a associé dans sa musique à ligne claire de la trompette, de l’harmonica, du banjo…une instrumentation qui se met au diapason de la voix, sans la vampiriser mais en la portant vers plus de nuances et de subtilité. La nuance est ténue (et d’ailleurs petite pute sonne trop nouvelle chanson française) mais Austine arrive à proposer une alternative francophone à la pop Us des années 60-70 ou à Belle and Sebastian. Elle pourra être perçue comme un Autour de Lucie solaire (Décalquée). Un petit album mais une grande bouffée d’air pur.