Jon Brooks avait sorti chez Beggars-Banquet L'Illustration musicale, un album en forme de voyage retro-futuriste au pays des synthés analogiques. Il récidive aujourd'hui sur une petite structure (histoire d'être sans doute peinard avec le Music Business) appelé par dérision Rediffusion. On en reprend volontiers tant la musique de King Of Woolworths a les mêmes vertus positives que celle de notre Bertrand Burgalat national. Français, KOW aurait trouvé sa place tout naturellement chez Tricatel pour cette même fascination pour les musiciens pop des années 60, les avant-gardistes électronicistes André Popp, François de Roubaix mais aussi Ennio Morricone (Big sur) ou Lalo Schiffrin (Crazy Lions, touffu et obsédant). Brooks a par ailleurs les mêmes ambitions orchestrales et la même auto-dérision que les tenanciers de Tricatel, un humour ne serait-ce que dans le nom qu'il s'est choisi : Woolworths n'est autre que l'équivalent anglais de Franprix ! On pourrait hâtivement parler d'Easy-listening mais l'Univers de KOW est bien plus complexe que cela. L'ambiance n'est pas toujours détendue et le plus souvent empreint d'une mélancolie résiduelle : Windcrush sur un fil majestueux rappelle "Virgin Suicides" de Air ; Yellow world pourrait être tout droit sorti d'une BO d'"espionnage sous les tropiques" (exercice déjà proposé par Mr Neveux) ; Divertissement peut être presque apparenté à la Cold wave de Cranes (!) et Stimulus Progression badine avec le jazz. Brooks semble aussi marqué par une Electronica plus sérieuse évoquant les Boards of Canada, histoire de vivre avec son temps. Une oeuvre complète, riche et que l'on lâche très difficilement