Pour qui sonne le glas

Avis sur Ride the Lightning

Avatar Yyrkoon
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Cet album a toujours été pour moi le meilleur album de Metallica (même si ces derniers temps la concurrence de ...and Justice for All se fait de plus en plus pressante). Ce titre, me direz-vous, est plus régulièrement attribué à l'album suivant, Master of Puppets (sorti 2 ans plus tard), mais en y réfléchissant tous les ingrédients qui font de Master of Puppets une bombe sont déjà présents dans Ride the Lightning. Les solos sont déjà d'une beauté à pleurer, et les riffs puissamment bourrins. Moi qui les ai découvert en même temps, j'ai tout de suite préféré le premier.

Après l'intro calme vient le riff ravageur de Fight Fire With Fire. 40 secondes d'écoute suffisent pour se convaincre qu'on va se prendre une grosse claque. Et quel solo ! Puis, Ride The Lightning, dans laquelle on partage les derniers moments d'un condamné à mort, simple mais efficace (enfin 7 minutes quand-même). Deux chansons parfaites pour headbanguer, encore aujourd'hui reprises en concert.

Ensuite, c'est au tour de For Whom the Bell Tolls, qui nous fait vivre la folie qui gagne des soldats. Cette chanson est un chef d'œuvre, tant pour son intro apocalyptique (presque la moitié de la chanson) et ce fameux solo de basse, que pour ses paroles inoubliables et son outro non moins apocalyptique.

Take a look to the sky just before you die, it's the last time you will !
For a hill, men would kill, why ? they do not know.
Gone insane for the pain that they surely know...

La suivante, Fade to Black, dénote dans cet album puisque c'est une ballade. Mais elle n'est pas plus joyeuse pour autant : on comprend peu à peu que le personnage dépeint dans la chanson a perdu goût à la vie, et on assiste finalement à son suicide, ce magnifique (et long !!) solo nous faisant imaginer le moment où sa conscience se sépare de son corps... Essayez de l'écouter dans le noir, tard le soir, alors que vous êtes fatigué et seul, l'expérience vaut le détour, j'ai pour ma part eu l'impression de tomber à une vitesse extraordinaire, alors que le plafond s'éloignait (et le tout sans stupéfiant d'aucune sorte, qu'allez vous imaginer bande de galopins !)... Étant plus accessible au grand public, cette chanson est pour moi un classique du rock.

Les deux chansons suivantes sont souvent décrites comme le point faible de cet album. Trapped Under Ice a pourtant une thématique intéressante : essayez, alors que vous écoutez la chanson, de vous imaginer bloqué dans une avalanche, en sachant que vous courez à une mort certaine, sans savoir si elle sera due au manque d'air ou au froid. C'est pour moi une très bonne chanson, peut-être un poil en dessous du niveau carrément awesome de cet album. Escape par contre, dénote vraiment dans l'album : trop longue, pas assez mordante, peu intéressante d'un point de vue technique... Elle n'est pas totalement dénuée d'intérêt et reste agréable à écouter, mais enlève plutôt qu'elle apporte à l'album.

Creeping Death, ou la véritable claque de cet album. Un véritable déluge que ce riff. Si je devais assassiner quelqu'un, ce serait sur ce pont...

Die, by my hand, I creep across the land, killing first born son...

La chanson est d'inspiration biblique, c'est autre chose qu'Exodus, et puis ça apporte de la variété tout en restant dans le thème.

Enfin, last but not least, comme diraient nos amis les anglophones, The Call of Ktulu. Autant vous préciser tout de suite que je suis un lovecraftien convaincu, et que ce morceau, qui suit exactement le cours de la nouvelle de Lovecraft, est pour moi un pur bijou. C'est en effet un véritable coup de maître que de raconter une histoire aussi fidèlement dans un instrumental, et peu de groupes de metal (ou de musique tout court) en sont capables. Mieux encore, la folie est parfaitement 'retransmise' ici. Vraiment, il n'y a que l'orthographe du titre qui n'est pas magistrale, même si cette chanson ne révèle toute sa splendeur que dans le live S&M.

Je pense que l'approche chanson par chanson était nécessaire car chaque chanson est unique et quatre d'entre elles transcendent les limites de genre. Toutefois, cet album possède une unité indéniable, est-il nécessaire de la démontrer ?

Thématique d'abord : huit chansons, huit façons d'envisager la mort (vous me direz, c'est gamin, mais les paroles sont plutôt matures et ne versent en tout cas jamais dans le ridicule), et avec elle, la folie et l'impuissance de l'être humain face à des forces qui le dépassent.

Musicale, bien sûr : cet album bouleverse les standards du metal en l'amenant au niveau supérieur, tout simplement. On a là le premier album vraiment abouti de thrash metal.

Master of Puppets reprendra à peu de choses près la même structure et, la chanson titre exceptée, Ride the Lightning n'a rien à envier à son cadet : je préfère aisément Creeping Death à Damage Inc., Fade to Black à Welcome Home, ou The Call of Ktulu à Orion. Une folie toute lovecraftienne exsude de ce disque, et la technicité est admirable pour des musiciens qui n'avaient que 21 ans à sa sortie, et qui n'ont jamais autant approché la perfection par la suite.

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