Disons le en fanfare : Ian Parton est un génie.
The Go! Team est entré dans nos vies de happy few, sans crier gare, un jour de l'année 2000 avec le single Get it Together ... et puis le groupe s'est imposé quatre ans plus tard avec la sortie, moins confidentielle, de son premier album Thunder, Lightning, Strike.
Rolling Blackouts est le troisième album du groupe. Il est la synthèse à laquelle Parton a pu le mieux aboutir depuis ses bricolages des débuts. Ian Parton qu'on pourrait situer quelque part entre Phil Spector, Michel Gondry et Banksy, nous inonde une fois de plus avec ce qu'il qualifie lui même de "schizo music". Les visuels des pochettes comme des clips, illustrent à merveille l'avalanche de sonorités à laquelle nous allons être exposés sans la moindre résistance et même avec entrain : saturation des couleurs exacerbées, harmonie improbable des contrastes, montage et collage tous azimuts et kaléidoscopiques. Avec Rolling Blackouts nous retrouvons ces mêmes repères qui nous bousculent allègrement. Et se bousculent aussi des invitées de marque comme Bethany Consentino de Best Coast (Buy Nothing Day, Rolling Blackouts), Lispector (Ready To Get Steady) ou Satomi Matsuki du groupe Deerhoof, et même notre Soko nationale (I'm not Satisfied). Car The Go! Team est un collectif protéiforme et éventuellement scénique autour duquel gravite quantité d'artistes contributrices.
Sublimation des samples qui échappe aux boucles répétitives les fragments arrangés magistralement par Parton sont des assemblages prolifiques, inventifs à satiété. Pour décrire la musique de the Go! Team on ne se lasse pas de débusquer des références plus ou moins évidentes dont voici, outre celles déjà citées, une liste non exhaustive glanée dans la presse critique : hip hop, Bollywood, Wall of Sound, Shoegaze, Sonic Youth, rock garage, double dutch... Eh oui ! en écoutant the Go! Team, il peut vous prendre l'envie de faire des figures en sautillant au passage d'une corde sous vos pieds. C'est une perpétuelle recherche de stabilité inscrite dans un constant mouvement fébrile.
En dépit de certaines tonalités mélancoliques et rétro, la musique de The Go! Team incarne, ingère et recycle d'une certaine manière l'air du temps. Les chansons démarrent en trombe lorsqu'elles ne sont pas lancées par une impulsion vocale 1, 2, 3, Go! D'emblée avec T.O.R.N.A.D.O. ça décoiffe et tout s'articule. Le titre de ce morceau morcelé est épelé énergiquement et la machine peut s'emballer. C'est la machine à écrire de Secretary Song qui prend le relai. "Echo echo, echo down the wire...". Les chansons de the Go! Team sont aussi des slogans ou des déclarations comme l'illustre Buy Nothing Day qui pourrait dignement figurer parmi les chansons parfaites et à même de fournir un hymne à la décroissance.
Chaque album de the Go! Team pourrait divulguer, comme une capsule temporelle, aux générations futures, ce à quoi pouvait aspirer une jeunesse urbaine, cosmopolite et mondialisée de ce début de millénaire. Il est aussi un excellent antidote à l'austérité morose annoncée comme seul alternative à la société de consommation.
Du trop plein à la plénitude, il faut passer par le vertige de la vacuité de l'apathie quotidienne à laquelle on pourrait se trouver enchainé. Du métro au dodo, on se surprend à funambuler sur la corde insensible du boulot. Alors sautons le pas avec the Go! Team.
PS : Vous ai-je dit que Ian Parton vient de Brighton ? La seule zone hertzienne outre-Manche où l'on pouvait capter FIP radio à la fin du 20ème siècle. Mais c'est une autre histoire.