Shook
7.8
Shook

Album de Dralms (2015)

Ne pas se fier à une pochette disons pudiquement… minimaliste.

Mais qui ? Qui s’affiche, publiquement, engoncé sous sa couette, avec la gueule encore enfarinée du réveil ? Visiblement Christopher Smith n’a que faire de ce genre de convenances. Un appel à la procrastination ? Un lien à faire, peut-être, avec un projet musical qu’on ne peut pas qualifier de boulimique. Pensez, seulement deux albums en onze ans. Nulle envie non plus de proposer un artwork accrocheur, claquant, clinquant pour aller titiller jusqu'aux moins curieux. Ni un pseudo selfie d’un vieux téléphone à clapet, ni le choix de la police de caractère, ni la couleur uniforme... n’invitent à une découverte majeure et urgente. Les canadiens ne viennent pas nous cueillir. C’est à l’auditeur d’aller les chercher.


Mais, un disque sensuel. Ce n’est pas forcément un adjectif qui nous vient d’emblée quand on parle musique. Et pourtant, une mélodie peut être -doit être- charnelle. Oui, sensuel, malgré des textes plutôt torturés. Nous y reviendrons.

Dralms propose un climat aérien, envoûtant, feutré et profond. Shook n’est pas un opus qui s’écoute en bruit de fond. Pas non plus un pur jus vitaminant pour lancer la journée ou nous maintenir en éveil au volant. Shook est un album par lequel on doit se laisser envahir, pénétrer. Il faut un moment propice. Lumière ultra tamisée, une aurore, un crépuscule. Et volume sonore suffisant mais léger. Un appel, non au vice, mais aux délices ! Bande son idéale d’une introspection solitaire. Ou d’une chevauchée à deux, pas davantage. Et plutôt en nocturne.

Tout cela ne dissimulant pourtant rien d’une sorte de porosité tout au long du disque. Dans ce climat évanescent et planant, impossible de ne pas pressentir une permanente ligne de crête. Un équilibre précaire. Vaciller et tomber du côté sombre parait imminent, chaque instant. Et c’est sans doute ce qui nous raccroche. Et nous émeut. Un clair-obscur merveilleusement traduit en sons. Orchestrations très épurées, et pourtant tant de détails à percevoir, écoute après écoute. On frise même la drone Music avec l'hypnotique "Domino House".

Une dualité, une tension palpable entre les nappes de synthés et la basse. Smith va d’ailleurs déterrer "Pillars & Pyres" (et "Gang of Pricks"), de son album solo Earning Keep (2012). À l’époque, déjà, la basse venait comme en contrepoint atmosphérique de la base mélodique, alors à la guitare, faites d’arpèges en son clairs. Earning Keep est d’ailleurs, également, un disque à découvrir. Avec l’appui de Will Kendrick (claviers) et la section rythmique de Siskiyou, (Shaunn Thomas Watt et Peter Carruthers respectivement à la batterie et à la basse), Christopher explore une face plus électronique, apportant une dimension supplémentaire à son art. Guitariste, autant qu’interprète, il laisse ici son propre instrument assez loin dans le mix de cet album co-produit par John Raham.


Cette énergie vaporeuse, jamais léthargique, il s’agit tout de même de la mettre en balance avec des textes emprunts, eux d’une certaine noirceur. Jamais vraiment noirs, mais la lumière semble lointaine. Contre jour et grande profondeur de champ. La ligne de fracture semble en miroir de la mélodie. Smith explore les vulnérabilités, la confusion des émotions ("Shook", "Crushed Pleats"). Les interroge. Les oppose. Vocabulaire aussi poétique que fleuri ("Divisions of Labour" pour n’en citer qu’un). De l’autre côté de la frontière on biperait pas mal de ses mots ! Contraste saisissant avec la musique et l’arrangement. Écoutez plutôt "Objects of Affection". De l’amour, de la haine, juste à la bascule sur fond de saxophone lead.


Oui, il semble évident que cette dichotomie entre les développements mélodiques et les thématiques attise l’auditeur. Une sorte de sinusoïde. Un disque, posé mais branché sur courant alternatif. Les pôles s’attirent et se repoussent inexorablement. Et jusque dans sa version étendue, contenant deux titres bonus dont une belle reprise de Fever Ray, "If I Had A Heart" (qui ouvrait son album éponyme de 2009) ainsi que la face B de "Pillars & Pyres", "A Slum of Legs".

Shook est un album puissamment magnétique. Il suffit juste... de s'y frotter !

NeWan
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 15 juin 2026

Critique lue 17 fois

NeWan

Écrit par

Critique lue 17 fois

Du même critique

The Boys of Dungeon Lane

The Boys of Dungeon Lane

5

NeWan

11 critiques

ET BOUCLER LA GRANDE BOUCLE (?).

Balayons de suite l’inévitable McCartney’s bashing dont souffrira ce disque. Inévitable puisque c’est un leitmotiv depuis quinze bonnes années. Il n’y a pas de date de péremption étiquetée sur un...

le 7 juin 2026

La suite logique des choses

La suite logique des choses

6

NeWan

11 critiques

INCOMPRESSIBLE CESAR

L'artiste, quand il fonctionne en collectif, est-ce de l'ego, éprouve un besoin naturel d'émancipation. Il fini inexorablement par se sentir pousser des ailes. Parfois ça passe, souvent ça casse. Un...

le 27 juin 2026

SOLO

SOLO

7

NeWan

11 critiques

ELECTRONIC FOR THE SOUL

Quand on cherche de nouvelles vibrations, en cette décennie, et si l’on isole la Grande-Bretagne qui demeure, encore et toujours (quoi que ce soit moins évident depuis quelques années) pourvoyeur de...

le 20 juin 2026