Siskiyou
6.9
Siskiyou

Album de Siskiyou (2010)

Voilà une drôle de bête à poils, peut-être un nouveau chaînon manquant entre un homme primitif et un homo sapiens autrement plus civilisé. En dessous de la chemise de bucheron et de la barbe de vingt jours, trouverait-on des âmes sensibles ? Derrière Siskiyou, se cachent Erick Arnesen (guitares, banjo) et surtout Colin Huebert ex batteur des Great Lake Swimmers qui assure ici le chant d'une voix chargée, mal assurée et néanmoins touchante. Le duo a enregistré son disque au gré de ses voyages, dans des endroits non habitués à l'exercice : pour Siskiyou, la musique fait partie intégrante de la vraie vie, elle en est le prolongement naturel, comme Jack Kerouac avait fait de même pour la littérature (il y a un titre qui s'appelle Big Sur, est-ce dû au hasard). Le ton est donc mélancolique, contemplatif, nocturne mais jamais désespéré. Avec Siskiyou, on commence sur les pas fragiles d'un folk intimiste proche de Sixteen Horsepower. L'ensemble est fait de beaucoup de bois et d'un peu de métal : piano, guitare acoustique, banjo, scie musicale, accordéon. Mais finalement, apprivoisant petit à petit ce petit animal sauvage,


on va trouver dans cette musique rustique une énergie qui ne demanderait pas mieux qu'à devenir rock (l'électrique never ever ever ever again et sa ritournelle Pixies). Comme remède à la noirceur, le duo teinte aussi de pop ses musiques. Les mélodies se veulent plus légères : avec ses cloches, it's all going to end ressemblerait presque à une chanson de noël. Il y a ici des titres courts comme des extraits d'un journal intime, le duo enregistrant sur le vif ses états d'âme. Musique brève mais aussi étirée sur plus de sept minutes avec Big Sur, un titre qui commence une pièce de Vivaldi qui serait joué par des folkeux bucoliques avant de se perdre dans des humeurs fantômes avec comme seuls repères dans la brume un banjo, un accordéon mélomane et la voix de Colin. This land, vraie réussite, va encore plus loin sur ces terres hantées, dissonantes et décalées : le piano bastringue rythme ce monde regardé dans un miroir déformant et la guitare électrique, réduit à une plainte, n'en finit pas de crier au loup. C'est encore là que le duo trouble le plus, reprenant les sèmes connus d'un genre pour en faire un titre totalement personnel et habité. Siskiyou, plus qu'un groupe de folk de plus.

denizor
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le 18 août 2015

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