On en parle au détour d’un concert, d’une apparition, d’un clip. On vous l’a présenté en interview en début d’année. Laissons toutefois Cleim Haring se présenter lui même avec Soledad, EP exutoire.
Soledad, c’est d’abord un titre paradoxe. Non, Cleim Haring n’est pas exactement seul sur son EP, puisque c’est l’extraordinaire Everydayz qui est à la charge du beatmaking. Forcément, vu l’info, les 6 titres composés pour l’occasion font déjà envie, même avant l’écoute. Alors, on lance Soledad. Pour se mettre dans l’ambiance, pour préfigurer l’atmosphère riche et artistique que prône Cleim Haring, voilà presque une minute d’un « Pondy » chéri par les amateurs de micro-sonorités, entre bois s’entrechoquant et mobylettes en distance. Dans cette chambre décrépie aux tons à la fois criards et décolorés, nous voilà déposant nos chaussures à l’entrée pour tâter du sol chaud du projet.
C’est que la solitude de Cleim Haring est suintante, suée, suffocante, presque. Nous qui voulions connaître plus en profondeur l’artiste, le voilà qui se dépeint en un auto-portrait saisissant sur le morceau titre « Soledad ». « J’avance le cœur glacé », nous dit-il, comme pour couper court à notre postulat de départ. C’est que le bonhomme pose ses empreintes sur les cendres qui l’entourent tel un fakir. La douleur du passé est piétinée, contrôlée, canalisée. Il prône le bon son et le bon style quand tant autour de lui semblent se complaire dans la facilité. Au contraire de « Ceux qui buzzaient, seuls à se leurrer », donc.
Voilà peut être un premier élément de réponse. Cleim Haring cherche les experts, ceux qui pleurent une ère, un état d’esprit ? Sauf que. « Nique les puristes, nique les hipsters ». Damn, encore raté. « Les jeunes de classe sociale qui rêvent d’un peu d’espace », comme les décrit ironiquement Cleim Haring, seront déçus. Pierre Desproges déclarait que sa seule certitude était d’être dans le doute. Et s’il était là, le secret de notre interprète ? Arrêtons de vouloir saisir l’insaisissable, et laissons nous porter.
L’EP coup de poing (de suspension)
« L’ambiance est sombre et froide ». Soledad, un EP à mettre entre une lame de rasoir et une corde au nœud volontairement mal noué ? Non, cent fois non. Il n’est pas rare d’entendre le sourire en coin de Cleim Haring lorsqu’il s’aventure du côté de thèmes plus optimistes. Voilà que le « Chat de Gouttière » joue au trip-hop malin, félin, presque condescendant en l’âme comme les matous nocturnes peuvent l’être. Après la lune, « Mon Soleil », bien évidemment, son 2-step inspiré du UK Garage. Un titre en forme d’exercice de style, un clubbing pour les amoureux des bancs publics. Le cœur bat au double du BPM usuel, le flow essaie de suivre la foule de sentiments « rêveurs » qui traversent la tête d’un amoureux transit. A moins que ce soleil ne soit celui d’Icare…
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Ne cherchez pas à catégoriser Cleim Haring. Lui va là où son inspiration le guide. Fouillis ? Aucunement. L’unité est artistique. Une route usuellement casse-gueule, sauf qu’ici, l’honnêteté intellectuelle prime. Alors, on prend « J’ose espérer » sans soucis, au beat syncopé et aux effluves raggae délectables. Un ensemble résolument rieur. On embrasse un « Bleu Nuit » qui s’écoute comme on se juge plusieurs années après nos actes, avec du recul, de l’amertume, de l’espoir et tout un tas de conditionnels futiles.
N’est-il pas un peu frustrant, Cleim, en ne dépassant qu’à une seule reprise la marque des 4 minutes ? Pourquoi ne pas pousser sa plume jusqu’au bout, là où nombre de titres frustrent par des conclusions en suspension, à rendre les fins des films de Terry Gilliam conventionnelles ? Quid du cauchemardesque et paranoïaque « Je vis dans mes rêves », délire crypté à la clef sûrement jetée dans les profondeurs d’un puits sans fond ? Cleim Haring arrive sur les pointes des pieds, et nous met sur les dents. Rien que ça, c’est une sacrée prouesse.
Soledad n'est qu'un EP. Pourtant, avec ses 6 petits titres, 5 en excluant l'intro, il intrigue, questionne, nous sourit et nous cale un doigt d'honneur en même temps. Une plongée au fin fond de son interprète, aux mille facettes, aux mille doutes. A moins que le tout ne soit qu'un personnage, une armure, un alter-ego. Rarement un EP nous aura autant percuté. Cleim Haring n'a pas intérêt à laisser traîner son prochain projet, sous peine de nous laisser martyrisés par nos interrogations.
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