Supermaan
-
Supermaan

Album de Reza (2012)

Petit à petit, Reza fait son nid. La force tranquille d’une folk pop bien sentie devient un songwriter qui compte. Supermaan ou l’album d’un super-héros normal.
Mine de rien, le choix d’une reprise n’est jamais innocent : il témoigne à la fois du bon goût supposé de celui qui reprend et de la filiation qu’il souhaite donner à sa propre création. Dans le cas de Reza et de son nouvel album, c’est Go Betweens et son Love Goes on qui sont à la fête ; un manifeste pour une pop mélodique ligne claire que le Français agrémente de légers vibratos. Ce type de morceaux pop-folk, Reza est capable de les reprendre, il est aussi capable de les écrire (Shame on you, ou Monkey’ s laughter montre ce qu’aurait pu donner la pop des Smiths s’ils étaient nés dans le Midwest, )
Album après album, Reza s’affirme. Avec Moonless, son précédent album, un groupe s’était formé autour de lui ; il est toujours là, toujours aussi brillant dans une subtilité de jeu et de ton. Pour Supermaan, Isabelle Casier (Pollyanna) se joint parfois à la bande, amenant une indispensable touche féminine dans les vocaux. Vocalement justement, le Franco-Iranien n’a jamais été autant à son meilleur, n’ayant pas peur de lâcher quelques jolis trémolos à la Chris Isaac sur Minus Two. La plupart du temps, il reste dans un spectre certes étroit mais qu’il manie avec finesse et sensibilité. Pour le reste, faisant suite au sage Moonless, bien sous tout rapport mais un peu trop bon élève, Supermaan assume quelques prises de risque.
Cela nous vaut quelques perles où Reza, pousse un peu plus loin les climats calmes et mélodiques qui traversent depuis le début sa musique. Sur Shame on you, la guitare électrique et électrisante n’a pas peur de s’énerver, venant troubler la sérénité mélodique du morceau. A Day in my life ose un Fender Rhodes saturé pour un résultat moins bien éduqué que le reste. Quant à Flying Girl II, il détonne totalement par rapport au Reza folk et aérien que l’on connaît bien (et qui donne ici d’autres exemples de ce talent proche de Lambchop) et même par rapport à ce visage plus pop que naguère. C’est bel et bien un clavier rutilant qui prend possession du morceau, le rend enlevé et hâbleur : , Reza est naturellement élégant et mesuré dans son propos et, un soupçon – infime, qu’on se rassure ! – , de vulgarité, ne fait pas de mal pour dynamiser (dynamiter ?) une image polie et discrète. D’ailleurs, ce flying Girl existait déjà sur Broken Kite, le premier album de Reza ; preuve que le songwriter a évolué et se permet aujourd’hui ce qu’il s’interdisait avant. L’homme progresse dans tous les sens du terme.

denizor
8
Écrit par

Créée

le 13 juil. 2019

Critique lue 25 fois

denizor

Écrit par

Critique lue 25 fois

Du même critique

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête

8

denizor

1605 critiques

Critique de Oiseaux-Tempête par denizor

Le monde appartient aux ambitieux et Oiseaux-Tempête ne nous propose pas un simple voyage post-rock mais une véritable Odyssée dans une musique qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Album après...

le 10 janv. 2014

36 quai des Orfèvres

36 quai des Orfèvres

2

denizor

1605 critiques

Critique de 36 quai des Orfèvres par denizor

Ce film est un imposture. Au moment de sa sortie, la production avait capitalisé sur le passé de flic d'Olivier Marchal pour nous vendre le film comme "ultra réaliste", montrant de l'intérieur les...

le 1 févr. 2016

Pain Is Beauty

Pain Is Beauty

8

denizor

1605 critiques

Critique de Pain Is Beauty par denizor

Il est amusant de voir la promo de Chelsea Wolfe ramer pour définir la musique de la demoiselle : « drone-metal-art-folk » tel est le genre-valise utilisé pour catégoriser la musique de l’Américaine...

le 28 oct. 2013