Cet opus de Sophia résume tout ce dont est capable Robin Proper-Sheppard que ce soit au sein de Sophia (pour ce qui représente déjà le 5e album) mais aussi son groupe précédent The God Machine. D’ailleurs, le morceau-titre en ouverture restitue intact l’univers plus expérimental de cette première aventure musicale : un instrumental d’abord printanier qui finit par devenir carrément flippant. Proper-Shepard est amateur de chaud-froid et d’éclair de noirceur insondable. Il est aussi capable de sortir un single calibré, à la batterie millimétrée mais riche et intelligent (Pace…plus tard ce sera Lost tout aussi efficace et prenant à la manière d’un titre de Greg Dulli). Dans sa volonté de paraître plus humain et plus consensuel (virage accentué avec people are like seasons), il pond aussi une petite balade un peu balourde et franchement niaise (Where are you now). En 3 morceaux, Sophia montre toute l’étendue de sa palette, les meilleures idées qui ont germé dans sa tête et l’écueil le plus fâcheux dans lequel il peut tomber.


Robin renie parfois ce qui en fait un songwriter de talent, essayant de trouver un ton plus spontanément (et artificiellement) humain. Dans ces moments-là (réduit ici à un seul titre déjà nommé), l’homme a parfois tendance à en faire trop dans sa volonté d’émouvoir par des voies traditionnelles, alors que le salut peut naître d’une seule voix décharnée et une simple guitare acoustique (Big city riot). Le Sophia que l’on préfère - et de loin - est celui où il construit de petites miniatures qui sur la longueur se révèlent sur la longueur, grandiose. Les pistes et instruments se font et se défont dans un ballet incessant mené de main de maître par son auteur. Dès lors, Les clivages entre électronique, électrique et acoustique n’existent et Proper-Shepard apparaît comme un brillant compositeur d’aujourd’hui. La technologie ne nous sauvera pas, comme le dit le titre, mais utilisé pas comme une fin en soi, avec cette intelligence-là, elle donne un excellent album.

denizor
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le 15 sept. 2015

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