Drums please Fab

Avis sur The New Abnormal

Avatar Lafonthug
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Que dire, que dire, que dire... Les revoilà enfin. Les "sauveurs du rock" comme on les appelait il y a de ça une petite vingtaine d'années. Disparus depuis 4 ans pour certains, depuis 7 ans pour d'autres, voir même depuis 2006 pour les plus rancuniers... Et tout ça pour quoi ?

Je vais y aller franco. Je suis un vrai fanboy des Strokes depuis maintenant un petit bout de temps du haut de mes 20 ans, les riffs légendaires de Reptilia, Modern Age, Heart in a Cage ou encore Last Nite ayant bercé les plus douces et rock'n roll années de ma vie.
Comme bon nombre d'entre nous je crois, j'ai toujours voulu paraître aussi cool et nonchalant que Julian et ses comparses, j'ai toujours rêvé d'avoir leur faculté de balancer cette énergie rock tout aussi présente dans leurs chansons que dans leurs personnes, j'ai toujours tout simplement voulu être un membre des Strokes (comme l'a si bien dit Alex Turner dans Star Treatment).
Clope au bec, veste en cuir, jean skinny, la représentation des Strokes est devenue si clichée et pourtant si représentative qu'elle s'est inscrite volontairement ou non dans la conscience collective.

Et même 19 ans après la sortie de leur légendaire album Is This It?, ils gardent toujours cette "coolattitude" absolument sidérante que l'on retrouve comme jamais dans leur nouvel opus d'ores et déjà incontournable The New Abnormal. Certes ils ont peut-être un peu vieilli, ce que l'on peut sentir dans la production assez "chill" de l'album, mais comment serait-il possible de ne pas se déhancher sur la mélancoliquement cool et déjà classique Adults Are Talking ? Comment ne pas retrouver cette ambiance de fin de soirée, plus d'alcool dans les veines que de sang, plus de tabac dans les poumons que d'oxygène, avec Not the Same Anymore et Selfless ? Comment ne pas pleurer en se souvenant de toutes les personnes qui nous ont été chères et que l'on a perdu, ou que l'on essaye de ne pas perdre à l'écoute d'Ode to the Mets ?

The New Abnormal apparaît être un cocktail délicieusement pétillant de ce que pourraient faire de mieux les Strokes à notre époque. Julian déclara il n'y a pas si longtemps qu'il haïssait "donner aux fans ce qu'ils voulaient" : et bien j'en suis navré mon gars, mais vous nous avez offert absolument tout ce que vos adorateurs attendaient. Une bonne dose de rock'n roll à l'état pur dans la veine de ce que vous avez fait de plus authentique et brillant, tout en vous inspirant des plus grands. Comment ne pas sentir la nonchalance de Lou Reed dans la voix de Casablancas lors de Why Are Sunday's So Depressing, la force théâtrale d'un Roger Waters époque The Wall dans les envolées d'Eternal Summer ?

Et ces paroles, toujours empreintes de ce désintéressement si sexy et de cette légèreté pourtant si profonde, notamment dans Not the Same Anymore, Adults are Talking, ou Brooklyn Bridge to Chorus ? Et les riffs et les solos si caractéristiques de Valensi et d'Hammond Jr, illuminant toujours plus les étincelantes lignes mélodiques propres à chaque morceau ?

Tout est harmonieux, tout est sensé, tout est cohésion et réconciliation dans la nouvelle ère de The New Abnormal. J'ai l'impression de paraître comme un vieux réactionnaire en disant cela, mais j'ai bêtement envie d'hurler à quel point "Ca c'est de la vraie musique !!!", et de forcer tous mes proches à prendre conscience que le rock des Strokes est une vraie bénédiction pour ceux qui s'y livrent. Ecouter The New Abnormal, c'est se retrouver 20 ans après et entendre dans l'un de ses films pour ados débile le protagoniste dire à la go qu'il veut gérer "Tu connais les Strokes ? Je suis un grand fan du rock comme il en existe plus.".
Ecouter The New Abnormal c'est se voir avoir la quarantaine (lol) et le retrouver au fin fond de son IPod ou je ne sais quel appareil du futur, si tant est qu'on en ait un, pour nous retrouver nous-même à l'époque où nous l'écoutions, mélancoliques de tout ce que le temps nous a pris et nous a donné au cours du temps passé.

A travers par exemple la certaine innovation des synthés planants d'At The Door, The New Abnormal semble rassembler toute l'identité passée et fantasmée par les membres du groupe, lui conférant une cohérence absolument jouissive après le désordre et le j'enfoutisme d'Angles et Comedown Machine (qui restent malgré cela incontournables). Et même s'il n'est effectivement pas exempt de défauts et ne mérite peut-être pas objectivement le 10, je ne peux que qu'attribuer la note maximale à The New Abnormal qui semble réunir dans sa complétude mes fantasmes, mes coups de folie, mes délires, et ma mélancolie à venir.

Merci alors aux Strokes d'avoir ramené le rock à ce qui le compose de plus paroxystique avec The New Abnormal : la béatitude d'une jeunesse perdue et attendue, la vigueur d'une vie au-delà de tout dogme possible, la beauté dans ce qu'il y a de plus cool et de plus nonchalant : la danse nocturne de deux êtres qui s'attirent, les éclats de rire d'un groupe de potes accoudés au bar, l'étincelle d'un briquet que l'on allume, la vie qui nous fume à l'instant où l'on fume notre cigarette...

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