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The Raven That Refused to Sing (and Other Stories) par Benoit Baylé

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Si, à de nombreux égards, Steven Wilson pourrait être considéré comme un génie, son stakhanovisme lui vaut quelques déconvenues. Paru en mai 2012, Storm Corrosion, son trop espéré album duo avec Mikael Akerfeldt, s’est engouffré dans les abysses du soporifique le plus dévastateur. La frontière entre neurasthénie et sommeil est aussi mince que la consistance de cette collaboration qui, soyons-en sûrs, n’a de prestigieux que la renommée. Ainsi la carrière solo de Wilson demeure-t-elle sa seule entreprise à n’avoir jamais développé de produit peu attrayant : Insurgentes et Grace For Drowning sont tous deux excellents, chacun dans leur genre dont le point commun est sans doute l’expression d’une déréliction rare. Humaine.

Sur scène, Wilson se réinvente. Il allie la mélancolie de ses ouvrages sonores à la morbidité visuelle via un rideau d’images installé entre l’audience et l’artiste. Nourri par cette relation entre visuel et sonore, l’art strictement musical de l’anglais gagne peu à peu en intensité dans l’élaboration de ses peintures mélancoliques. Les compositions gagnent en maturité, en précision. Là où Insurgentes sonne comme l’expression d’un rêveur dépressif, Grace For Drowning apporte une couleur Crimsonienne, schizophrénique aux déblatérations maladives du jeune homme : le voilà apparenté à un fou méthodique. Dès lors, l’annonce d’un successeur suscite quelques interrogations : de quelle manière la bipolarité musicale de Grace For Drowning va-t-elle évoluer ? Les influences metalliques, oubliées ces dernières années, referont-elles surface ?

Ces questions considérées, l’écoute de The Raven That Refused To Sing révèle son lot de surprises. Dès « Luminol », l’approche apparaît différente, nostalgique, d’un neo progressime influencé par Yes, Spock’s Beard voire même les Flower Kings. Et pour preuve : le travail de Nick Beggs à la basse manifeste une volonté de technicité plus poussée, mais aussi de ressenti plus saccadé, plus ancré dans l’antinomique progressisme nostalgique. Marco Minnemann, ex-postulant à la relève de Mike Portnoy au sein de Dream Theater, traîte les fûts subtilement et suit les peintures musicales élaborées par le reste du groupe avec une grande sensibilité, faisant montre d’une polyvalence précieuse. Les flûteries du fidèle Theo Travis se jouent quant à elles d’une délicatesse discrète, avec le tact et le bon goût de ne pas tomber dans une omniprésence malvenue. L’ensemble des composantes associées font de « Luminol » une excellente introduction, certes déstabilisante car inhabituelle pour le connaisseur de l’œuvre de Steven Wilson, d’autant que le reste de l’ouvrage n’est pas réellement dans sa lignée.

Il doit d’ailleurs s’agir ici de l’album le plus hétérogène jamais proposé par l’anglais : si la patte Wilson demeure bel et bien présente, les horizons progressifs dépeints se veulent très différents à chaque morceau. Tour à tour classique et Floydienne (« Drive Home »), évolutive dans la violence (« The Holy Drinker »), frénétique et destructurée (« The Pin Drop »), l’œuvre se munit d’une disparité qui, précisons-le, n’implique aucune inégalité. Les six morceaux présentés jouissent à peu de choses près du même niveau de maîtrise mélancolique. Restent les préférences, celles-ci se dirigeant plus vers les mélopées n’excédant pas les dix minutes : « The Pin Drop », « Drive Home », et surtout le morceau éponyme et final. « The Raven That Refused To Sing » est un bijou d’intensité simple, à la progression somme toute classique. D’un premier abord sombre et intimiste, il se mue peu à peu en majestueux phare orchestral dans un sublime jeu de dualité piano/cordes. Un très grand morceau pour un album qui ne l’est pas moins, malgré quelques réserves.

D’abord, l’aspect hétérogène décrit précédemment nuit quelque peu à la cohérence générale du tout. A trop passer du coq à l’âne sans réellement travailler les transitions, l’ouvrage s’assimile plus au recueil de chansons disparates qu’au bloc ambiancé que pouvaient être Insurgentes et, à moindre mesure, Grace For Drowning. Ensuite, certains passages plus alambiqués ou simplement moins inspirés, comme les débuts de « The Watchmaker », phagocytent l’attrait global de The Raven Refused To Sing. Mais point de méprise : certes moins abouti que les deux précédents, nous évoquons là un album de grande qualité, à la créativité rare et l’imaginaire débordant. Une nouvelle fois, Steven Wilson surprend par sa constance dans la virtuosité et l’ingéniosité.

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